‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 9 sur 206 · HÔTELLERIES DE CASTILLE · texte numérisé non relu

HÔTELLERIES DE CASTILLE

que tous les autres pays du monde*, produit en abondance de quoi nourrir tous ses enfants : du blé autant qu'il en faut, du vin à n'en savoir que faire, puisqu'elle l'exporte en Angleterre. Et que dirons-nous du bétail et de son élevage? L'Espagne oserait-elle comparer aux riches pâturages de la Gaule ses champs arides et où l'herbe est si rare qu'il est nécessaire, pour paître les troupeaux, de les transhumer sans cesse ? La Castille n'est guère qu'une plaine de sable, que ses habitants sont obligés d'irriguer et de drainer : en France, l'eau coule partout, verdit les prés, fertilise les champs. Parlerons-nous des routes, ces routes d'Espagne, non pavées, si boueuses rhiver, si poudreuses l'été ; des villes, dont les maisons bâties en pisé ne sont ni belles à voir ni solides ; des chàteaux-forts, mal construits et qui ne valent que par leur situation naturelle, quand on les a perchés sur des hauteurs inaccessibles ? Puis, Gaguin passe aux hôtelleries, cette pierre d'achoppement de tout voyageur français en Espagne. On ne les saurait mieux comparer, dit-il, qu'à des porcheries. Quatre murs, auxquels pendent quelques

1. « Cum enim Gallia sit supra ceteras orbis plagas populosior. »

2ft I. l'eSPAGNE en FRANCE.

pots: voilà l'auberge espagnole. Il y faut tout apporter, tout préparer de ses mains, allumer soi-inôme son feu et le souffler, car les soufflets sont ustensiles inconnus en ces parages. Dans les écuries, au lieu de litière, des ordures, et quels régiments de puces ! — Après les choses, les hommes. Aux gloires militaires de TEspagne, Gaguin oppose Brennus, le vainqueur de Rome, nos Gaulois qui tinrent tété à César, nos croisades et Du Guesclin, à qui les successeurs du roi Henri doivent de r,égner aujourd'hui sur l'Espagne. Et que les Espagnols ne ripostent pas par leur Rodrigue de Villandrando, qui a promené son épée de routier par toute la France, car après tout ce n'était qu'un méchant brigand [latrunculus). Les Espagnols, ajoute Gaguin, sont fermés aux arts et négligent l'instruction de la jeunesse ; satisfaits du peu que donne libéralement la nature, ils ne comprennent pas le Français qui corrige la fortune par son industrie. Ici le portrait du pauvre écuyer qui vit content de son sort à l'ombre du puissant seigneur, médiocrement nourri, médiocrement vêtu, et qui meurt laissant pour tout potage à ses héritiers son bouclier de cuir, son épée et sa dague, son épieu et sa lance, son carquois et son arbalète. N'y a-t-il pas là comme un avanl-goùt de l'in-

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