Hippeau, /. c, t. Il, p. 327 et
2. Florez, Memovias de las reynas catholicas, Madrid, 1790, t. II, p. 982.
rancunière et passionnée qu'il a plu à Hugo de transformer en une Allemande sentimentale et tendre, dont le cœur se fond à la vue d'une touffe de Vergiss-mein-nicht posée sur un banc par un inconnu!
Nous reviendrons tout à l'heure sur d'autres particularités du rôle de la reine dans Ruy Blas ; mais il convient auparavant de décrire le second ouvrage utilisé par Hugo et d'en faire apprécier la valeur.
VÉtat présent de l'Espagne par l'abbé de Vayrac compte trois volumes in-12 d'impression très compacte. Le premier renferme une géographie ancienne et moderne de l'Espagne; le second, un résumé de l'histoire de Castille, suivi d'une description de la maison du roi, des charges du palais, de Tétiquette, etc.; le troisième, la généalogie des maisons de la grandesse et une étude sur « la forme (c du gouvernement politique, militaire, civil (( et économique ». L'ouvrage fut rédigé pendant les premières années du xviii'' siècle, et était « en état de voir le jour en 1710 ». Mais les variations de l'administration espagnole au début du règne de Philippe V, les changements apportés par les ministres du souverain et par les ambassadeurs de France, directeurs et protecteurs du nouveau régime,
l'abbé de vayrac. 193
dans Torganisation des tribunaux, des conseils et des finances, obligèrent Fauteur à en « suspendre l'impression jusques en 1716 (( qu'elle fut commencée ». Le livre ne parut qu'en 1718*.
Si donc ce livre nous renseigne sur l'Espagne du premier roi Bourbon, — et certes l'abbé de Vayrac a mis le zèle le plus louable à nous la faire connaître et comprendre^, — en quoi pouvait-il être utile à Hugo, qui, lui, avait à nous peindre les dernières années de la domination autrichienne, la cour et le gouvernement de Charles II ? Ne nous hâtons pas, toutefois, de reprendre le poète et de lui reprocher d'avoir, en consultant ce livre, confondu deux époques et deux régimes.
D'abord, ces époques et ces régimes ne diffèrent pas autant qu'on le pourrait croire.
1. État présent de l'Espagne, etc. , par M. l'abbé de Vayrac. Paris, Cailleau, 1718, 3 vol. in-12. Autre édition : Amsterdam, 1719, 3 vol. in-12. C'est à l'édition d Amsterdam que se rapportent nos citations.
2. L'abbé de Vayrac a beaucoup écrit sur l'Espagne. On a de lui une Histoire des ré^'olutions d'Espagne (Paris, 1724, 5 vol. in-12), une dissertation historique sur le titre de prince des Asturies, une relation des obsèques du roi D. Luis le"" (Paris, 1724) et deux grammaires : une grammaire espagnole en français et une grammaire française en espagnol (Paris. 1714).
194 m. l'histoire dans ruy blas.
L'avènement du duc d'Anjou n'amena aucun bouleversement dans les institutions de la vieille Espagne ; la grande machine gouvernementale continua de fonctionner à peu près comme par le passé; la rigide et pompeuse étiquette palatine, introduite par Charles- Quint et copiée sur les usages de la cour de Bourgogne, se conserva intacte pendant longtemps encore jusque dans ses plus minces détails. Çà et là, quelques ministres supprimèrent certains rouages pour en inventer d'autres, essayèrent des réformes pour revenir ensuite aux anciens errements, distribuèrent autrement les affaires entre les divers conseils, changèrent les noms de certains offices. Bref, il y eut, pendant tout le règne de Philippe V, bien des tâtonnements et des tiraillements, mais l'ensemble demeura immuable et rien de très essentiel ne fut sensiblement modifié. Et puis, rappelons-le, Hugo n'a eu recours qu'au troisième volume de V Etat présent de r Espagne, et de ce volume-là, surtout de l'un de ses chapitres qui traite des revenus du roi d'Espagne, l'auteur de Buy Blas était incontestablement autorisé à se servir. En effet, l'abbé de Vayrac, dans cette partie de son ouvrage, suit pas à pas un livre bien connu de la fin du xvii® siècle, le Solo Madrid