VIII AVANT-PROPOS
Chaque grand pays a, tôt ou tard, sa période de splendeur. Celle de l'Espagne a immédiatement précédé la nôtre et l'a en une certaine mesure préparée ; car on ne contestera pas que les Espagnols n'aient été pour quelque chose dans le majestueux épanouissement du siècle de Louis XIV. Nulle littérature moderne ne nous touche de plus près que la littérature espagnole, et, si nous lui avons beaucoup donné, elle nous a beaucoup rendu. Au xvii^ siècle, en nous envoyant son Cid, l'Espagne s'est en grande partie acquittée de la dette qu'elle avait contractée, pendant le moyen âge, envers nos auteurs de chansons de gestes, de fabliaux et de poèmes moraux.
Il n'est pas inutile de se souvenir parfois de ces relations et de ces échanges, et peutêtre conviendrait-il de ramener, plus souvent qu'on ne le fait, l'attention de notre public lettré sur les institutions politiques et sociales, les arts, la littérature et les mœurs d'un pays si voisin et que, cependant, nous ne connaissons guère.
Aussi avons-nous formé le projet de raviver autant que possible le goût des choses de l'Espagne, en les expliquant de notre mieux.