‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 100 sur 197 · LE BUDGET DE LA REINE · texte numérisé non relu

LE BUDGET DE LA REINE

somme pour le règne de Charles II, sans un maravédis de plus ou de moins. »

On peut, en effet, consulter toutes les éditions de Solo Madrid es carte, mais, dans toutes celles qui ont enregistré cette dépense, on trouvera, en chiffres d'a])ord, en toutes lettres ensuite, la somme de « cinq cent soixantecjuatorze mille huit cent soixante-six ducats », sans un maravédis de plus ou de moins'. A cette petite différence près, Hugo a raison. Qu'importe, dira-t-on, et qui serait assez ridiculement pédant pour exiger d'un poète qu'il chiffre une telle dépense avec une précision de comptable ? Ne voyez-vous pas qu'ici Hugo a voulu se moquer du critique ergoteur, de Térudit tatillon ?

Que la dépense de la reine d'Espagne ait éteTmajorée ou non, dans Ruy Blas, de 89,200 ducats, — ce qui est pourtant un beau denier — peu importe, assurément ; car qui pensera jamais à se servir de ce drame comme d'un répertoire d'économie politique ou de science financière ? Hugo aurait pu mettre un chiffre quelconque, qu'on n'y verrait nul incon-

1. Solo Madrid es carte, 3= édition, Madrid, 1675, p. 218. Ladite dépense, qui figure aussi dans la deuxième édition (1669) et dans la quatrième (1698), manque dans la première (1658).

224 III. l'histoire dans ruy rl\s.

vénient et qu'on l'accepterait les yeux fermés. Mais, pédanterie à ])arl, cet à-peu-près n'estil pas choquant ? et si ces vers avec le commentaire qui les accompagne sont une plaisanterie à l'adresse des érudits, nous avons beau faire, nous n'en sentons pas le sel. D'ailleurs, on entrevoit une autre explication, à notre avis préférable, de cette inexactitude. Hugo n'aurait pas demandé mieux que de mettre dans son vers la somme juste ; n'y ayant pas réussi du premier coiij) [quatorze et huit cent allongent singulièrement le vers), il se serait contenté d'une approximation, bien sOir que personne n'irait y voir. Les tours de force sont permis, mais à la condition expresse de ne pas les manquer.

Si on voulait Téplucher, la grande scène du Conseil d'État, au troisième acte, provoquerait bien des critiques. Nous n'en pouvons pas noter ici toutes les improj)riétés d'expression, toutes les erreurs de fait : il sufTira de relever les plus graves et les phis gaies.

Voici d'abord un comte de (]amporeal et un marquis de Priego qualifiés de « conseillers de cape et d'épée de la contaduria-mayor ». Mais la contaduria mayor était un des départements du Conseil des finances et l'emploi de conseiller de cape et d'épée y était tenu par

LA CONTADURIA MAYOR. ?25

de simples roturiers ou de fort chétifs gentilshommes. Jamais un comte de Camporeal, jamais surtout un marquis de Priego, grand d'Espagne, ne se seraient fourvoyés dans ce milieu-là. Hugo auiait-il été trompé par un passage de Tabbé de Yayrac, où il est dit de la contaduria mayor qu'elle était composée de « quatre Contadors MmjorH^ pris de ceux du « nombre, et d'un Fiscal, tous gens de Cape « et d'Epée »*? Cette expression cape et épée a tourné la tête de beaucoup de nos romantiques, qui ont vu tout autre chose que ce qu'elle signifie réellement. Le conseiller de cape et d'éjjée, sous l'ancienne monarchie espagnole, était celui qui portait l'habit du gentilhomme, l'habit de ville, au lieu de la robe du magistrat, parce qu'il n'était pas juriste de profession ; aussi n'intervenait-il pas dans les affaires judiciaires, mais simplement dans celles d'Etat ou, comme on disait, de gouvernement [negocios de gobierno). Conseiller de cape et d'épée désigne donc un civil, un laïque, par opposition au fonctionnaire de la carrière, nullement un homme de qualité, encore moins un noble titré.

Qu'est-ce ensuite que la charge de « secré-

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