ESI\\GNOLS EN FLANDRE
par tempérament, et qui assura la suprématie absolue de l'Espagne sur toutes les parties du vaste empire qui lui était échu.
Ce roi, — un grand roi, quoi qu'en dise l'histoire superficielle, et qu'il ne faut pas juger seulement d'après les résultats de sa politique aux Pays-Bas, — ce roi n'eut pas, en ce qui vous concerne, la main très légère ni très heureuse, et les exécuteurs de sa volonté aggravèrent bien souvent, par des pratiques odieuses, les mesures sévères que lui prenait certainement sans haine ni colère, après de longues réflexions et de pieux exercices, dans la solitude de son Escurial ou de son Bois de Ségovie.
Ce fut sous son règne que l'Espagnol vint décidément se mêler à votre existence, vivre sur votre sol de votre vie, en ami ou en ennemi, toujours en dominateur; ce fut alors qu'il apprit véritablement à vous connaître, qu'il saisit sur le vif votre peuple dans son milieu propre, qu'il observa curieusement votre caractère et vos mœurs et étudia le jeu de vos fortes et libres institutions.
L'Espagnol, à l'apogée de sa gloire et de sa puissance, très gonflé de ses succès politiques ou militaires, ne se fait pas d'illusions sur les sentiments qu'il inspire aux autres nations. Il se sait à la fois cniint et détesté, et cela ne le
chagrine guère. Heureux cravoir la réputation du plus fort, peu tendre d'ailleurs de sa nature et assez fataliste, il se résigne de bonne grâce à n'être point sympathique; il s'y résigne si bien qu'il n'est nullement influencé par la haine qu'on lui voue et traite avec équité ses ennemis ou ses adversaires, toutes les fois qu'une rancune personnelle ou la passion religieuse n'altère pas son jugement. C'est le grand Lope de Vega qui a dit quelque part ces paroles dignes d'être ici rappelées : « Quoique « l'Espagnol, par ses titres acquis dans la « guerre et dans la paix, par sa gloire et sa « réputation, soit un objet de haine pour « toutes les nations, lui les aime, les honore (( et les estime toutes*. »
Vous pouvez donc compter, de la part de l'Espagnol, sur une assez grande impartialité, et s'il lui arrive de vous mal juger, ce n'est pas par mauvais vouloir, c'est tout simplement faute de vous bien comprendre.
Rappelons d'ailleurs que les témoignages qui nous découvrent la pensée vraie des Espagnols à votre sujet émanent principalement de militaires ou de fonctionnaires, que les allusions aux choses de Flandre que nous