‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 131 sur 197 · LE VICE FLAMAND · texte numérisé non relu

LE VICE FLAMAND

« puis, le moment venu, se passer la corde « autour du cou et s'élancer dans le vide. La « fidélité à la parole jurée ne les empêche pas (( d'être ingrats ; ils n'ont jamais reconnu les « bienfaits de leurs souverains, pas plus ceux (( de leurs anciens comtes ou ducs que des « rois d'Espagne. ))

Telle est en gros l'opinion de l'Espagnol à votre endroit \ Vous avez remarqué par quelles restrictions il tempère ses éloges.

Et je ne vous ai pas encore déduit tout le mal qu'il pense de vous. Il est un vice qu'il ne vous pardonne pas, vice qui lui est si particulièrement odieux qu'il le grossit, l'étend à toutes les classes de la société, en fait presque la caractéristique du tempérament flamand. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il s'agit de l'ivrognerie. Sur ce sujet, l'éloquence de l'Espagnol est aussi intarissable que la soif qu'il attribue au Flamand, et son indignation est si naïve qu'elle en devient amusante.

Tous boivent, dit -il, et tout leur est prétexte à boire. Vice héréditaire qui se

1. Je la résume ici d'après le livre le plus important qui ait été écrit par un Espagnol sur les choses de Flandre : Los sncesos de Flandes y Francia del tiempo de Alejandro Farnese, j i^ par le capitaine Alonso Vazquez (^Coleccion de documentos i inéditos para la Jiistoria de Espaîia, t. LXXII à LXXIV).

transmet de père en fils. Et comment en seraitil autrement, puisque dès sa plus tendre enfance le Flamand apprend à boire ? Voyez plutôt ces nourrissons auxquels leurs mères, quand elles les laissent un instant, donnent 4- des biberons pleins de vin ou de bière qu'ils

tètent comme si c'était le lait du sein maternel. Ils boivent à tout âge et dans toute occasion. Aucun événement de la vie, naissance, baptême, mariage ou mort, ne se passe chez eux sans libations. « Quand il leur naît un enfant, « ils boivent et s'invitent pour célébrer celte « réjouissance ; quand ils le baptisent, de « même; s'il meurt, ils boivent encore, disant « sottement qu'en s'enivrant ici l'àme repose (( mieux dans l'autre vie. » Cette pratique a un nom, cela s'appelle boii'e l'âme. Mieux encore. Tout Flamand est condamné à boire, car qui ne boit pas passe pour traître et ennemi de la patrie.On le soupçonne d'avoii' peur de trahir dans l'ivresse une intention mauvaise. Il faut boire aussi par point d'honneur et ne jamais refuser de faire raison, ce qui disqualifie un honnête homme et le prive d'assister aux banquets et aux fêtes de sa corporation.

Encore s'ils buvaient tous du vin, nos riches vins d'Espagne, les vins clairets de France ou les crus renommés des bords du Rhin, on leur

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