ANTONIO FEREZ
rable existence, quémandant à droite et à gauche dans de jolis billets élégamment tournés qu'il adressait aux grands seigneurs ou aux ministres et qu'il signait volontiers : «Chien de Votre Excellence. » Dans son abjection, rinfortuné secrétaire de Philippe II garda du moins le respect de sa plume; impossible d'implorer une grâce en meilleur style, de flatter plus délicatement et en termes plus parfumés. Ferez est un excellent épistolier, et qui sait si Voiture et nos autres virtuoses dans l'art d'écrire une lettre ne lui doivent pas quelque chose ?
L'année 1598, date du traité de Vcrvins, marque le terme des progrès de la puissance espagnole : le colossal empire est ébranlé. Non seulement l'Espagnol n'avance plus, mais il a même, sous le jjremier successeur de Philippe 11, bien de la peine à se maintenir dans ses positions et à ne pas reculer. L'axe de la politique du monde s'est déplacé définitivement à notre profit. Toutefois, en vertu du principe de la vitesse acquise, qui opère ici comme en physique, le prestige subsiste quand môme. L'Espagne, dans l'opinion commune, balance le pouvoir naissant de la France et sa déchéance ne se manifeste qu'aux yeux exercés de ceux qui ont le maniement
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de la chose publique; le peuple, la grande masse de la nation ne la sent pas autant. On craint moins l'Espagnol, sans doute, mais on le jalouse encore, on le raille.
C'est le moment des emblèmes et des caricatures, où le segnor espagnol, ange en Téglise, diable à la maison, loup en table, pourceau en sa chambre, paon en la rue, renard pour les femmes, mouton quand il est pris, etc.', se carre dans son manteau que relève la pointe d'une épée démesurée; le cou étranglé dans une fraise à plusieurs étages; aux jambes, des jarretières fermées par une botte de raves, allusion à ce que le populaire croyait être la nourriture exclusive de ces hidalgos :
« Je suis fespouvantail des braves de la terre, Toutes les uations lléchissent soubs ma loy ; Je ne veux point la paix, je n'aime que la guerre Et Mars n'est point vaillant, silnerestcomme moy^.»
A le voir, on sent que ce crocodile, pourfendeur de rondaches — ce sont les épithètes usitées, — est prêt à se retourner sur vous et
1. Emblesmes sur les aclio/is, perfections et mœurs du Segnor Espagnol, traduit du castillien. Mildelbourg, 1608. Autre édition, Paris, 1626.