‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 14 sur 197 · OEuvres de Brantôme, éd. citée, t. \, p · texte numérisé non relu

OEuvres de Brantôme, éd. citée, t. \, p

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Mais Brantôme n'est-il pas l'auteur des Rodoinontades et ne serait-ce pas pour se gausser de la forfanterie espagnole qu'il aurait compilé ce précieux recueil d'énormes vantardises? Nullement. Malgré son ton plaisant et qui nous paraît plus malicieux qu'il ne l'est en réalité, Brantôme admire sincèrement ces « belles paroles profterées à l'improviste » de la nation « brave, bravaschc et valleureuse, (( et fort prompte d'esprit », comme il la nomme avec une entière conviction. C'est plus tard seulement, quand les Espagnols mêlés à nos guerres civiles avaient fini par se rendre insupportables et odieux, que les Rodomontades ont été prises en mauvaise part, défigurées et délayées dans de petits livrets satiriques ou au bas d'images burlesques de capitans matamores^ dont le débit fut grand sous Louis XIII.

Brantôme est le prince des espagnolisants du XVI*' siècle. Nul plus que lui n'a contribué à orner notre langue de grâces espagnoles. Brantôme ne discute pas, il blasonne, dit des hourles, busqué fortune, hable, ne lance pas une pierre, mais la tire, trepe au lieu de monter, se donne une care ou un g.arbe (un air), marche à la soldade bizarrement. Quelquesuns de ces mots sont restés dans noh^e voca-

MOTS ESPAGNOLS EMPHUNTÉS. 31

biliaire avec des acceptions plus ou moins éloignées de leur sens primitif, comme hàbler et bizarre, d'autres n'ont pas survécu à la décadence du goût espagnol en France.

En résumé, jamais Français n'a mieux compris le caractère espagnol dans ce qu'il a de courageux, d'héroïque, mais aussi d'arrogant, de pompeux et de vantard : cela tient sans doute à ce que Brantôme, gentilhomme périgourdin, était lui-même fortement entiché et entaché de « braverie ». On ne comprend bien que ce que l'on aime.

« Coustumièrement, dit toujours Brantôme, « la plupart des François aujourd'huy, au « moins ceux {[ui ont un peu veu, sçavent « parler ou entendent ce langage' », c'est-àdire soit l'italien, soit l'espagnol. De l'espagnol, ce qu'il avance là est vrai certainement, et l'on en pourrait donner mille preuves, par exemple le fait que des livres espagnols s'imprimaient couramment en France et y trouvaient acheteur. A la cour on cherchait à se donner un vernis de castillan, l'éducation du prince n'eût pas paru complète sans quelque teinture de ce langage. Aussi de nombreux Espagnols, professeurs improvisés, s'y em-

i. OEiHTOS de Brantùnic, éd. citée, t. IX, p. 251.

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ploient-ils, témoin ce Julian de Medrano, gentilhomme navarrais au service de Marguerite de Navarre, qui, sur la demande de cette reine, compile et publie à Paris, en 1583, un recueil d'historiettes et de proverbes en langue de Gastille, intitulé : « La forêt merveilleuse, où « sont narrées diverses choses fort subtiles « et curieuses, très utiles aux dames et aux « messieurs^ ».

Dans cette tourbe vagabonde d'aventuriers espagnols, que les guerres de Flandre ou de la Ligue et les proscriptions de Philippe II avaient jetés sur le pavé de Paris, se détache le fameux Antonio Perez. La situation considérable qu'il avait occupée dans les conseils d'Espagne, les circonstances mystérieuses de sa disgrâce et les péripéties dramatiques de son procès et de sa fuite en France en faisaient un objet de curiosité à la cour et à la ville. Henri lY l'accueillit d'abord avec empressement, le choya, mais finit par se lasser de l'exilé besoigneux et devenu vite inutile dès qu'il n'eut plus de secrels d'Etat à vendre. Perez traîna longtemps à Paris une très misé-

1. La silva curiosa de Julian de Medrano (Paris, 1583), dont la dédicace est datée : « De esta ermila del Bois de Vincenncs, â 23 de encro 1583. »

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