CONCLUSION
et qu'on retient de la lecture de son roman ■ une image d'ensemble de l'Espagne du xvi^ et duxvii" siècle dont il n'y a pas lieu de suspecter la ressemblance. A lui seul le Don Quichotte vaut beaucoup de livres de moralistes ou d'historiens qui ont prétendu juger ou décrire ex professo cette Espagne, et l'on a pu dire, sans trop d'exagération, que, si de toute la littérature castillane de la grande époque il ne nous restait que le Don Quichotte, cet incomparable livre nous instruirait suffisamment de tout ce qu'il nous importe le plus de savoir de ce monde disparu.
La valeur historique d'une œuvre d'imagination n'apparaît pas toujours à la première lecture ; on se laisse d'abord captiver par le côté romanesque, on suit avec passion les incidents de la fable, on ne pense qu'au héros lui-même et à ses aventures. Mais revenez-y et vous comprendrez alors l'intérêt que présentent les parties accessoires, le fond très réel et très historique sur lequel se détache la fiction. Le Don Quichotte est donc un roman qu'il faut relire, relire souvent, si l'on veut jouir pleinement de tout ce qui constitue sa haute valeur littéraire, morale et sociale. Certes, il n'est pas besoin de prétexte pour rouvrir ce livre et s'en délecter à nouveau ; si
382 V. l'espagne du « don Quichotte ».
cependant les aperçus qui viennent de vous être «présentés sur Cervantes, en tant que peintre et critique de son pays, ravivaient votre curiosité et réchauffaient votre admiration, je n'aurais pas à regretter de vous avoir un peu longuement entretenu du charmant écrivain, et vous-mêmes me sauriez peut-être quelque gré de vous avoir fourni l'occasion de relire une fois de plus son immortel chef-d'œuvre.
Un membre de rAcadémie de l'Histoire de Madrid, ayant, naguères, assez maladroitement confondu maître F'ernand de Cordoue, venu à Paris, en 1445, avec Fernando del Pulgar, qui se rendit à la cour de France trente ans plus tard et pour de tout autres raisons, il n'est pas inutile de produire ici quelques pièces inédites relatives à ce dernier personnage, qui précisent, à la fois, la date de l'un de ses séjours en France et le motif de Tune de ses missions*. Dans sa Crùuica de D. Fernando ê D^ Isahel (livre II, ch. i), Pulgar fait allusion, à mots couverts et sans se nommer, à ses deux ambassades auprès de Louis XI : la première, qu'il remplit tout au commencement de l'année 1475 et qui avait pour principal objet la notification officielle au roi de France de la mort de Henri IV de Castille, frère d'Isabelle; puis la seconde, postérieure de quelques mois à la première, et à laquelle se réfèrent les pièces qu'on va lire et qui se trouvent dans un recueil de Baluze conservé à la Bibliothèque Nationale, sous le n°60!24du fonds latin. C'est pendant Tune ou l'autre de ces missions que Pulg'ar prit connaissance du livre de maître Georg-es de la Vernade, secrétaire de Charles ^'1I, sur les hommes illustres de son temps, livre qui ne nous est malheureusement pas
1. Voyez, dans le Roletin de la R. Academia de la Historia, t. XI (1887), p. 175, l'article de D. Cesâreo Fernândez Duro, intitulé : « Un espanol del siglo xv tenido por Ante- Cristo. »
parvenu et qui donna à Tenvoyé espagnol l'idée de ses Claros varones de Castilla^.
Quoique les pièces publiées ci-dessous portent, les unes la date du mois de février, les autres celle du mois de juin 1475, il est vraisemblable qu'elles concernent toutes la même mission, c'est-à-dire la seconde, car il n'est fait aucune mention, ni dans la lettre de créance, ni dans l'instruction du mois de février, de la mort du roi Henri IV, que Pulgar déclare avoir été chargé d'annoncer à Louis XI, lors de son premier voyage en France. La question pourrait être tranchée sans doute par l'examen d'autres pièces françaises du même recueil, où il est parlé de Pulgar, mais qu'on n'a pas en ce moment le loisir d'étudier.