‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 22 sur 197 · PICARESQUES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

PICARESQUES FRANÇAIS

montrent que le goût espagnol n a pas ete, en France, seulement mode passagère, manie puérile. En élargissant l'horizon de notre liltérature et en la guidant dans une voie nouvelle, l'Espagne a formé avec nous luie alliance plus étroite que celles qui ont pu résulter de n'importe quel pacte de famille ; par là elle a vraiment pénétré dans notre vie intellectuelle et y a laissé sa trace.

En dehors du théâtre, Timitation espagnole a aussi ses adeptes : nos Sorel, nos Scarron ont traité la nouvelle picaresque, comme les auteurs dramatiques la comedia. Toutefois il faut attendre le xviii" siècle et Le Sage pour trouver en ce genre un digne pendant au Cid, on veut dire une œuvre de premier mérite, où la matière d'Espagne a été transformée par le génie français au point de produire l'illusion d'une œuvre vérilablement originale.

Même dans les milieux plus graves, où l'on fait montre d'érudition et de doctrine, l'Espagne a sa place ; quelques-uns de nos lettrés l'étudient par curiosité de savants qui veulent avoir des informations étendues et précises sur tout ce qui se pense et s'écrit.

Jean Chapelain est le type le plus complet de l'espagnolisant docte. Traducteur du Guzman de Alfarachr au début de sa carrière, il

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avait déjà donné, dans ce travail dont il afïectait de ne faire aucun cas, des preuves d'une connaissance solide de la langue et des mœurs d'Espagne ; cette traduction, d'un style raboteux mais expressif, et les notes qui y sont jointes instruiraient encore aujourd'hui les plus experts. Quelque trente ans après, en 1GG2 et 1663, l'auteur de la Pucelle entretint avec Garel de Sainte-Garde, attaché à l'ambassade de l'archevêque d'EniJjrun près la cour d'Espagne, une correspondance assez suivie. Il y apparaît comme le conseiller littéraire de ce diplomate, qui entendait profiter de son séjour à Madrid pour s'initier sérieusement aux choses du pays. Chapelain lui fait un })elit cours de littérature, lui désigne les bons auteurs et, en échange de ses conseils, lui pose des questions bibliographiques, lui demande des livres. On voit que le précepteur est bien résigné, qu'il se tient au courant; ses jugements, en général compétents, penchent du coté de la sévérité. Chapelain ne pardonne pas aux auteurs espagnols à la mode leur manque d'humanités, leur ignorance des Anciens.

« Il y a quarente ans que je suis éclairci que cette brave nation, généralement parlant, n"a pas le goust des belles lettres et que c'est un prodige lorsqu'elle produit un sçavant entre mille avec quelque idée de

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