‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 32 sur 197 · Essais sur les mœurs, cli · texte numérisé non relu

Essais sur les mœurs, cli

70 1. l'eSPÂGNE en FRANCE.

de l'Espagne. Commentateur de Corneille et, par là, contraint de s'enquérir des origines littéraires de son auteur, il s'était mis en relation avec un savant considérable et qui jouit partout d'un bon renom, Gregorio Mayans. Il n'en profita nullement pour s'éclairer sur un" pays dont il parlait si souvent et qu'il connaissait si mal; il n'en profita même pas pour tirer au clair la question des empiiints de Corneille. Un professeur très distingué de notre université a montré avec quelle étourderie et quel sans-gêne Voltaire a disserté sur les sources de VHéracliiis et du CicV. Aux renseignements bibliographiques que lui communique ]\Iayans, il répond sur un ton d'impertinence rare :

o Monsieur, je ne vous écris pas en chaldéen, parce que je ne le sais pas ; ni en latin, quoique je ne l'aie pas oublié; ni en espagnol, quoique je Taie appris pour vous plaire ; mais en français, que vous entendez très bien, parce que je suis obligé de dicter ma lettre, étant très malade... Entre nous, je pense que Corneille a puisé tout le sujet d'Héraclius dans Caldéron. Ce Caldéron me paraît une tête si chaude (sauf respect), si extravagante, et quelquefois si sublime, qu'il est im-

1. ^^.yi^niav, Anecdotes littéraires sur Pierre Corneille, dans Fragments et correspondance, Paris, 1875, p. 32 et suiv.

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possible que ce ne soit pas la nature pure. Corneille a mis dans les règles ce que l'autre a inventé hors des règles. »

Remarquons ici qu'il est maintenant avéré que Corneille n'a pas imité la pièce espagnole de Calderon. Et Voltaire termine ainsi:

« Votre lettre est aussi pleine de grâce que d'érudition. Si vous voulez faire passer quelque instruction de votre voisinage de l'Afrique à mon voisinage des Alpes, je vous aurai beaucoup d'obligation '. »

Au moins ceux-là avaient-ils de l'esprit à revendre. Mais que dire des encyclopédistes? Tout aussi malveillants et mal renseignés, ils sont de plus lourds et plats.

De l'article Espagne de la grande Encyclopédie, on peut s'abstenir de parler, parce qu'il est trop insignifiant et trop bref. Le principal factum de l'école s'étale ailleurs, dans VEncijclopédie méthodique', sous la signature d'un Masson de Morvilliers, aussi ignoré en France qu'il est célèbre en Espagne ; son nom est devenu là-bas synonyme de détracteur, on y traite de M. Masson quiconque dénigre et rabaisse les institutions nationales. L'article

1. Voltaire, OEuvres complètes, éd. Garnier, t. XLII, p. 136. La lettre à Mayans est du 15 juin 1762.

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