LE TABLEAU DE .1. FR. BOURGOING
à consulter sur l'économie politique, Torganisation du aouvernement, l'histoire des familles nobles ; justice lui a été rendue par les Espagnols eux-mêmes*.
Plus tard, en 1774, une revue, intitulée L'Espagne littéraire, se charge de tenir notre public au courant de ce qui se publie d'important en Espagne, des travaux des académies, etc., d'enseigner en un mot aux Français rintérieur d'un pays « peut-être moins « connu, même de ses voisins, que l'intérieur « de la Chine », dit l'éditeur de cette gazette. L'Espagne littéraire, due à la collaboration d'écrivains des deux pays et dont l'existence fut d'ailleurs éphémère, rendit quelques services ; elle montra à la France que tout n'était pas fanatisme et ignorance dans l'Espagne de Charles III et que M. d'Aranda, grand ami de Voltaire et son fournisseur attitré de vins d'Espagne, n'était pas seul de sa nation à jouir des bienfaits de la saine philosophie.
Œuvre d'un esprit exact et modéré, le Tableau de l'Espagne moderne de J. Fr. Bourgoing, dont la première édition date de 1789, renferme beaucoup de bonnes parties ; il fut
1. Sempcre y Guarinos, Ettsayo de una biblioteca espanola, t. I (Madrid, 1785), p. 3.
74 1. l'espagne en frange.
bien accueilli en Espagne et put y faire oublier une autre description, de quelques années antérieure, l'indécente plaisanterie du Voyage de Figaro en Espagne par le marquis de Langle (1784).
On ne saurait certes plus agréablement prendre congé du xviii" siècle qu'en compagnie de Beaumarchais. Les espagnolisants de France ont le droit de se réclamer de lui ; ne lui devons-nous pas les deux plus charmantes fantaisies dans le goût espagnol que possède notre littérature ?
Mais est-ce bien là de l'Espagne ? Beaumarchais, pendant le séjour qu'il fit à Madrid pour les causes que l'on connaît, trouva le temps de s'initier au théâtre espagnol, non pas au théâtre sérieux qu'il déclare détestable mais aux pièces légères, aux intermèdes, qui alors se jouaient volontiers dans les entr'actes de la pièce principale. « La chaleur, dit-il, la « gaielé des intermèdes, tout en musique, « dont ils coupent les actes ennuyeux de leurs « drames insipides, dédommagent très sou- « vent de l'ennui qu'on a essuyé de les ence tendre*. » De ces sainetes, qu'il goûtait donc, il a pu se souvenir quand il écrivit et le Barbier