‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 35 sur 197 · LES BARBIERS DE SÉVILLE · texte numérisé non relu

LES BARBIERS DE SÉVILLE

de Séoille et le Mariage de Figaro. Une influence lointaine, à peine saisissable, voilà ce que l'Espagne pourrait réclamer dans le théâtre de Beaumarchais. Le costume et les mœurs — quoique l'auteur dise lui-môme qu'il fait « cri- « tiquer des usages français par un plaisant de rt Séville » — ont bien aussi quelque chose d'espagnol, de cette Espagne licencieuse de la fin du xviii° siècle, dont les sainetes de Ramon de la Cruz nous donnent la vraie note. Il y a comme répandu dans ces deux pièces un léger parfum exotique qui leur prête un charme indéfinissable.

Les Espagnols, qui, lorsqu'ils se mêlent d'être jjédants, le sont avec extravagance, ont pris au sérieux l'Espagne de Beaumarchais, ont épluché ses pièces pour y relever des inexactitudes de faits et de noms. Il s'est trouvé parmi eux un sot, Garcia de la Huerta, pour déclarer solennellement qu'Almaviva ne figure pas au registre de la grandesse d'Espagne, — tant pis pour la grandesse, dironsnous, car le nom est délicieux — ou bien que les barbiers de Séville n'ont jamais joué de la guitare qu'après sept heures du matin.

la Vallière, publiée par L. de Loménie, Beaumarchais et son temps, Paris, 1856, t. I, p. 502.

76 I. l'espagne en frange.

Mettons qu'ils n'en jouent pas du tout et laissons à ses commentaiies le pauvre homme qui trouvait « soporifique » la prose de Beaumarchais !

Chose curieuse, ce nom de Figaro, qui semble si castillan, ne l'est pas. Où Beaumarchais l'a-t-il pris? On l'ignore'. Mais l'Espagne, comme elle avait déjà prétondu faire pour Gil Bias, a repris ce qu'elle n'avait pas donné. De notre Figaro, elle a fait, avec une accentuation particulière, un Figaro, et ce nom ainsi modifié fleurit, non seulement dans le monde des barbiers, mais même dans la littérature. C'est sous le pseudonyme de Figaro qu'un célèbre écrivain de ce siècle-ci, Mariano José de Larra, a publié ses jolis articles humoristiques.

Beaumarchais — qui le croirait ? — est encore le Français du xviii' siècle qui a peut-être le mieux pénétré le caractère espagnol, jugé avec le plus d'équité et d'intelligence le gouvernement et les institutions d'une nation si

1. La dérivation de figura, figuron, indiquée par de Loménie, est invraisemblable. Hartzenbusch prétend que Figaro est un nom catalan (Figaro, Figuerà), qu'on aurait d abord prononcé en Castille avec l'accent sur la dernière voyelle, comme en français, puis Figaro, à l'imitation des Italiens qui en firent un sdracciolo (R. M. Baralt, Diccionario de galicismos, 2' édition, Madrid, 1874, p. xiv).

BEAUMARCHAIS ET l'iNQUISITIOîS . 77

pitoyablement appréciée par la plupart de ses contemporains. Comme Chateaubriand, qui dira un peu plus tard des Espagnols: « On ne « remarque chez cette nation aucun de ces « airs serviles, aucun de ces tours de phrase « qui annoncent l'abjection des pensées et « la dégradation de Tàme ; la langue du grand « seigneur et du paysan est la même, le salut « le même, les compliments, les habitudes, « les usages sont les mômes' m ; comme Th. Gautier, comme tout récemment encore M. Jules Simon, Beaumarchais a été frappé de Tesprit démocratique (au bon sens du mot) de cette société, où régnait cependant, dans l'ordre gouvernemental, l'absolutisme le plus complet: « Dans le haut état, dit-il, il n'y a « pas d'autre considération que la personnelle ; « je ne m'aperçois pas que le rang en donne « à ceux qui n'ont ni crédit dans les affaires, ni « ce qu'on appelle qualités transcendantes, w Sur la question toujours controversée de l'Inquisition, il ne fulmine ni même ne raille :

« Cette terrible Inquisition, sur laquelle on jette feu et flamme, loin d'être un tribunal despotique et injuste, est, au contraire, le plus modéré des tribunaux par les sages précautions que Charles III, à pré-

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