‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 39 sur 197 · LA COMIDIA JUGEE PAR MERIMEE · texte numérisé non relu

LA COMIDIA JUGEE PAR MERIMEE

rimée, avec son flair crartiste, Ta jjarfailement jugée ; personne n'a si bien fait voir dans quels genres les Espagnols ont excellé et dans quels genres ils se sont montrés inférieurs. Voyez plutôt ce qu'il dit du théâtre comparé au roman :

« Tandis que les romanciers, observateurs exacts et souvent profonds, ont reproduit avec succès des individualités ou des vices répandus, les poètes dramatiques n'ont créé que des personnages de convention, agissant toujours d'après certaines règles invariables, accessibles seulement à certaines passions héroïques et dont la forme est toujours la même... A vrai dire même, la jalousie et le point d'honneur sont les seules passions qui défrayent le théâtre espagnol. L'intrigue change, grâce à l'inépuisable fécondité des auteurs, mais le fond demeure immuable ^ . »

Ce jugement peu vulgaire tranche fort heureusement sur les dithyrambes qu'il est devenu habituel d'entonner en l'honneur du théâtre espagnol, depuis que les Schlegel et !M. von Schack ont donné le branle. Mérimée a vu clair ; ce grand prosateur ne s'y est pas trompé. La vraie gloire litéraire de l'Espagne réside dans le roman, dans l'histoire et dans la poésie héroïque, qui est encore une manière d'histoire.

1. Mélanges historiques el littéraires , Paris, 1868, p. 257.

88 I. l'espagne en frange.

A-t-on assez parlé du génie espagnol de Victor Hugo, de la couleur espagnole de son imagination, de l'allure espagnole de son style et, pour comble, de sa parfaite connaissance des choses d'Espagne ! « Victor Hugo « reste, parmi nous, le Grand d'Espagne de (( première classe de la poésie ! s'écrie Paul

« de Saint-Victor L'Espagne, avec des

« ao-randissements immenses d'horizons, est « la patrie dramatique de Victor Hugo, comme

« elle fut celle de Corneille Les années

« d'enfance qu'il y a passées l'ont marqué à sa « forte empreinte ; le pli de la cape des preux « du Roniamei'O est resté sur l'attitude de son

« style Qui les sait mieux que lui, ces

« Choses de l'Espagne « ! Chaque fois

(( qu'il revient en Espagne, par le drame ou (( la poésie, c'est le roi dans son royaume, c'est « le seigneur rentrant dans son fief* ».

A force de répéter une chose, on finit par la croire, et, ce qui est plus grave, par la faire croire à d'autres. A force d'entendre exclamer que notre plus grand poète leur appartenait, les Espagnols nous ont pris au mot, et, comme l'imagination marche à pas de géant dans cette

1. Victor Hugo, par Paul de Sainl-Yictor, Paris, 1885, p. 11, 32 et 125.

Page 1