VICTOR HUGO NÉ A MADRID
terre ensoleillée, ce n'est plus le poète seulement, c'est l'homme tout entier qu'ils nous réclament aujourd'hui.
Victor Hugo, entendez-vous bien, est né à Madrid. L'Académie royale de l'Histoire d'Espagne l'a récemment afïirmé en une occasion solennelle, et qui oserait s'inscrire en faux contre le témoignage d'un corps si savant ' ? Voilà pourtant ce qu'il en coûte de se laisser dire Espagnol, alors qu'on n'est pas du tout Espagnol ou qu'on ne l'est guère.
La question de l'espagnolisme de Victor Hugo, c'est-à-dire la part que l'Espagne peut réclamer dans les conceptions du poète et dans la forme qu'il leur a donnée, dépasse notre sujet. Pour ne pas en sortir, il suffit de rechercher ici dans quelle mesure Hugo a connu l'Espagne et comment il nous l'a traduite. Le reste ne nous concerne pas.
Douze ou treize mois de séjour à Madrid, à l'âge de neuf ans et dans l'enceinte murée du
1. « Creo que no es lo mismo ser cleEspaiïa, que ser espaùol : serfa lo mismo que llamar â Victor Hugo francés espanol, por haber nacido en Madrid )i (^Discursos leidos ante la R. Academia de la Historia en la recepcion piiblica de D. Francisco Codera y Zaidin, Madrid, 1879, p. 90, note 1). Ce jour-là, c'était D. Vicente de La Fuente, une des gloires de la compagnie, qui portait la parole.
90 I. l'espagne en fkance.
Collège des nobles, et quelques incidents de voyage à l'aller ou au retour, — car à cela se réduit la « jeunesse espagnole « de Hugo — se seraient, dit-on, assez profondément gravés dans la mémoire de l'enfant pour ramener plus tard l'homme et le poète à l'Espagne. Tout le monde n'en demeurera pas persuadé. Si Victor Hugo a fait de l'Espagne en littérature, c'est beaucoup plutôt parce que le goût, vers 1825, portait de ce côlé, pafce que d'autres, notamment Mérimée, en avaient fait avant lui. D'autant mieux que Hugo, et il n'est pas inutile de le rappeler, n'a jamais su que très peu d'espagnol.
Sans doute, im témoin de sa vie a prétendu, au contraire, qu'il en savait beaucoup, en le désignant comme l'auteur véritable d'un savant mémoire sur Gil Blas, présenté, en 1819, à l'Académie française par le comte de Neufchàteau et que ce pervers académicien aurait signé de son nom, abusant malhonnêtement de l'érudition espagnole du jeune Hugo, qu'il avait appelé à son aide, et le frustrant du bénéfice d'un long labeur'. Mais justice a été faite, par un critique exact, de ce récit controuvé^
1. Victor Hugo raconte par un témoin de sa \'ie, Paris, 1868, t. I, p. 346.