‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 42 sur 197 · LA MYSTIFICATION DK HERNANI · texte numérisé non relu

LA MYSTIFICATION DK HERNANI

Avec Heiiiani (1830) nous tombons en pleine mystification. Splendide mystification, à vrai dire, quand, négligeant la vérité historique et morale, on réussit à ne prêter l'oreille qu'cà rincomparablc musique du vers. « Drame dont « le Romancero gênerai est la véritable clef, » nous dit Hugo, ce qui, traduit en langage bourgeois, signifie qu'il est nécessaire, pour l'entendre, de s'être initié à la poésie héroïque des Espagnols. Mieux vaudrait, sans contestation, lire ce romancero que les historiens de Charles-Quint. En effet, si les mœurs de Hernani ont une dose, si minime soit-elle, d'Espagne, ce serait encore plutôt dans un moyen âge indécis et transformé par la poésie qu'il faudrait les chercher. Ce conseil, au surplus, n'a été donné qu'après la pièce jouée. Avant la représentation, Hugo eut d'autres scrupules, il pensa justement qu'il était à la portée de quelques-uns d'être renseignés sur les années de jeunesse de l'empereur Gliarles-Quint et que ceux-là trouveraient la plaisanterie un peu forte. A l'adresse de ces fâcheux il composa donc un petit boniment, qui est un pur chefd'œuvre :

« Il est peut-être à propos de mettre sous les yeux du public ce que dit la chronique espagnole d'Alaya (qui ne doit pas être confondu avec Avala, l'annaliste

94 I. l'espagne en frange.

de Pierre le Cruel), touchant la jeunesse de Charles- Quint, lequel figure, comme on sait, dans le drame de HernaniK »

Suit alors un portrait de T). Gârlos, où sont mis en relief les traits de celui qu'on verra dans un moment s'agiter sur les planches; le tout saupoudré de quelques mots d'espagnol de Caracas pour donner un semblant de vraisemblance à la supercherie, car d'une chronique d'Alaya — gardez-vous de confondre avec Ayala! — nul n'en vit jamais l'ombre, Hugo moins que personne.

Ri(i/ Blas a été autrement et plus sérieusement préparé et conçu. 11 faut croire qu'en 1838 le poète assagi n'a pas voulu avoir recours au procédé passablement étrange qui cependant ne lui avait pas mal réussi huit ans plus tôt. Son second drame espagnol, quels que soient les défauts et les invraisemblances qu'on y pourrait noter, repose au moins sur une donnée historique et se passe, après tout, dans un milieu qui n'est pas si différent de celui que les écrits du temps nous permettraient de reconstituer.

t. E. Birc, livre cité, p. 490. Cette notice fut insérée dans les journaux, sur la demande de Hugo, le 25 février ISIJO, jour de la première représentation du drame.

Page 1