‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 41 sur 197 · E. Bin\ Victor Hugo avant 1S30, Purh, 1883. p · texte numérisé non relu

E. Bin\ Victor Hugo avant 1S30, Purh, 1883. p

COLLABORATION d'aBEL ET DE VICTOR. 91

D'après une autre version d'ailleurs, le Hugo volé par Neufchâteau aurait été, non pas Victor, mais son frère aîné Abel. « Je m'excusai, « aurait dit le premier, de savoir très imparfai- « tement cette langue (l'espagnol), et je répon- « dis qu'on m'avait sans doute confondu avec (( mon frère Abel, qui la savait à fond ». Et comme l'académicien insiste et veut absolument V enfant sublime pour collaborateur, Victor s'incline et se met à l'œuvre. « Je me fis aider « "par ynon frère Abel qui avait étudié la ques- « tion, et, dans l'espace de quinze ou vingt (( jours, j'eus achevé ma besogne * ».

Quoi qu'il en soit de ce second racontage, qui ne paraît pas plus véridique que le premier, retenons-en un trait intéressant, c'est c(ue le frère cadet, selon son propre aveu, ne savait guère l'espagnol. 11 en a donné la preuve depuis.

Dans les Orientales (1829), où le poète aborde pour la première fois l'Espagne, son frère aîné lui sert encore de guide. A propos d'une romance mauresque, Victor cite complaisamment les Romances historiques d'Abel. Et ici percent déjà ces prétentions érudites, qu'on

1. Conversation du Bibliophile Jacob avec Victor Hugo, rapjjortée jjar E. Biré, livre cité, p. 108.

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hésite parfois, de peur d'être dupe, à prendre au sérieux. Ainsi Hugo affirmera quelque part, avec une assurance magnifique, Texistence de romances arabes sur les épisodes connus de l'histoire d'Espagne. Et se tournant alors vers les doctes : « Il serait bien « temps, leur dit-il d'un ton de connaisseur, « que l'on songeât à republier, en texte et (c traduit, sur les rares exemplaires qui en « restent, le Romancero gênerai, mauresque et (( espagnol, trésors enfouis et tout près d'être « perdus. L'auteur le répète ici, ce sont deux « Iliades. l'une gothique, l'autre arabe*. )> A cela, il n'y a qu'un malheur, c'est que l'Iliade arabe n'a jamais existé que dans l'imagination du poète.

Autre manie puérile : les épigraphes bizarres, en langue étrangère, pour intriguer le lecteur timide. Les Orientales, par exemple, contiennent deux épigraphes espagnoles, tirées d'un vieux poète du xiii" siècle et piquées sous le titre de Noitrmahal la Rousse et des Bleuets, uniquement pour servir de prétexte à une petite dissertation grammaticale, qui a dû faire pâmer d'aise les cénacles, où jurer par saint Jean d'Avila passait pour le comble de l'espagnol.

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