THÉOPHILE GAUTIER
assurément ce n'est pas beaucoup plus que rien. De tout il y a dans ce nouveau drame, mais d'Espagne authentique un peu moins que de tout le reste.
Comme le xvii" siècle, notre époque a eu ses voyageurs en Espagne et dans le nombre d'éminents, qui, à leur manière, ne le cèdent en rien à M'"° d'Aulnoy. En tout premier lieu cet éblouissant Théophile Gautier. Son récit, il faut le lire avant d'aller en Espagne, de même qu'on lit les lettres du président de Brosses ou les Promenades de Stendhal avant de partir pour l'Italie, et il faut le relire après y être allé, et, après plus qu'avant, on demeure émerveillé, aussi bien de l'extraordinaire puissance et luxuriance du peintre, que de l'intelligence, de l'exactitude et du bon sens du voyageur. Si Mérim.ée a ouvert des jours sur l'âme espagnole, Gautier a expliqué le sol et l'art de l'Espagne, comme nul ne l'avait fait et comme probablement nul désormais ne le fera.
Avec une érudition qui va plus dans le détail, cette curiosité sans cesse en éveil du collectionneur qui furette et flaire les spécialités locales, le baron Charles Havillier a pu écrire, après Gautier, un livre qui se lit très agréablement et instruit abondamment ; mais
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pourquoi ces illustrations prétentieuses et fantasques de Gustave Doré, détestable romantisme du dessin ?
Des autres, du menu fretin des voyageurs en Espagne mieux vaut ne pas parler. Pour deux ou trois qui auraient réussi à n'être ni ignares, ni sots, cent et plus le sont comme il n'est pas permis de l'être.
Et il en a plu et il en pleut même encore de ces Étapes ou Souvenirs, de ces Paris à Cadix, et de ces A travers les Espagnes! Pas de commis voyageur en tournée, ou de professeur en vacances, ou de journaliste en campagne de reportage, qui, après un séjour de six semaines en Espagne, ne se croie tenu et en état de nous révéler les mystères du puchero, qu'il nomme, selon les dictionnaires, olla podrida, ou qui ne traite ex professo, sur des renseignements fournis par des garçons d'auberge, des suertes de la dernière course, des faits et gestes des toreros fameux [toréadors, bien entendu).. Nous devons nous estimer heureux que l'Espagne moderne ait supprimé l'Inquisition, sans cela nous verrions reparaître pour la centième fois la description rebattue de l'autodafé et les beaux mouvements d'indignation (ju'un tel spectacle arrachait jadis aux âmes sensibles et aux esprits libres de ce