‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 5 sur 197 · MOINES FRANÇAIS EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

MOINES FRANÇAIS EN ESPAGNE

espagnole. Et, dans l'ordre intellectuel, l'action de ces moines n'est pas moins considérable, car c'est sous leurs auspices que notre litérature savante ou dévote, particulièrement notre théâtre liturgique', s'est répandue par delà les Pyrénées et a favorisé le développement de la litérature nationale.

Les moines français donc, tout de même que les chevaliers, ont traité l'Espagne en pays de conquête ; y portant d'ailleurs les fruits d'une civilisation plus avancée, ils ne trouvaient dans ces petits états à demi barbares, toujours en guerre contre l'ennemi de la foi quand ils ne se déchiraient pas entre eux, rien qui fut digne d'être remarqué et raconté en France.

Quant aux pèlerins, le pieux motif de leur entrée en Espagne les absorbait ; pour eux, l'Espagne était avant tout le tombeau de saint Jacques, et quand ils avaient, après mille misères, atteint le sanctuaire du glorieux apôtre et y avait accompli leurs vœux, rien ne les retenait plus outre-monts ; ils avaient hâte de rentrer au logis pour y jouir des bienfaits

1. Le jeu des trois rois mages, le plus ancien drame liturgique espagnol, semble bien être d origine clunisienne (^Romania, t. IX, p. 468).

6 I. l'eSPâGNE en FRANCE.

qu'ils croyaient tenir de l'intercession du saint. Conquérants à leur manière, ils avaient gagné, qui la guérison d'une maladie, qui le pardon d'une faute, qui la paix de l'âme.

Et pourtant, quelque obsédés qu'ils fussent par leur dévotion, il restait parfois à certains d'entre eux le temps d'observer et de noter au passage les choses étranges ou terribles qui les frappaient le plus. Ce long chemin de Gompostelle, que les Espagnols ont nommé le chemin français, tant il était sillonné et constamment piétiné par nos compatriotes, passait par Burgos, la ville du Gid, Gastrogeriz, que les pèlerins nommaient plaisamment Quatre-Soirris\ Sahagun, le siège du grand monastère bénédictin, Astorga, la vieille cité léonaise. Gà et là des hospices, placés au bord de la route, recueillaient les plus infirmes et les plus affaiblis ; les autres devenaient la proie d'hôteliers rapaces, qui les rançonnaient et les volaient: « Au chemin français le chat se vend pour de la viande », dit le proverbe espagnol. De cette époque datent les premières récriminations des voyageurs français contre

1. Le chemin de Paris à Sainct Jaques en Galice, dit Gompostelle, et combien il y a de lieues de ville en ville (H. Harrisse, Excerpta colombiniana, Paris, 1887, p. 67).

Page 1