PÈLERINS DE SAINT JAQUES
les ventas espagnoles et la nourriture qu'on y sert : nourriture est ambitieux, puisque la plupart de ces lieux de délices n'offraient tout au plus aux passants que l'eau et le feu. On a conservé quelques itinéraires ou guides du pèlerin de Saint-Jacques ; le plus ancien, du xii^ siècle, et qui passe pour Fœuvre d'un prêtre poitevin, donne des détails assez précis sur les contrées habituellement traversées par les pèlerins et décrit les mœurs de leurs habitants, notamment celles des Basques et des Navarrais, avec peu d'indulgence*. « Pour un sou, ils tueraient un Français », dit l'auteur. D'après ce récit, on peut juger de la terreur qu'inspiraient à nos Français ces Pyrénéens avec leur cor pendu au cou, leurs javelots [auconas] que toujours ils tenaient à la main, leur saya noire et leurs abarques, chaussures faites de morceaux de peau qui se liaient à la jambe ave des lanières de cuir. Ces gens vivaient en vrais sauvages, se livraient .î certains excès dont le détail est
1. Le codex de Saint- Jacques-de-Compostelle (liber de miraculis S. Jacobi), livre IV publié par le P. F. Fita avec le concours de J. Vinson, Paris, 1882, p. 16. Quelques extraits de ce livre avaient été donnés déjà par le P. F. Fita dans ses Reciierdos de un viage a Santiago de Galicia, Madrid, 1880, p 57.
donné dans le livre, mangeaient avec les doigts dans la même écuelle, buvaient au même pot, parlaient un langage inintelligible. « A les voir manger, on les prendrait pour « des porcs ; à les entendre parler, on dirait « des chiens qui aboient ». Et Fauteur alors d'énumérer et de traduire quelques mots basques, juste ce qu'il en fallait sans doute aux pèlerins pour s'orienter et ne pas mourir de faim dans les défilés des Pyrénées. En revanche, il loue la dévotion des Basques ; ils vont tous les jours à l'église et n'oublient pas l'offrande. C'est un prêtre qui parle : on conçoit qu'il soit touché de ce dernier détail.
Voilà le genre d'observations qu'on peut recueillir dans ces guides ; elles ne portent pas très loin et s'arrêtent à la surface des choses : aussi bien n'en saurait-on demander plus long à de tels livres et à de tels auteurs.
Nulle chose d'Espagne pendant fort longtemps n'a fait concurrence en France à Saint- Jacques de Compostelle, resté presque jusqu'à nos jours l'un des sanctuaires préférés de nos pèlerins, — Ozanam encore prit le chemin français, mais s'arrêta en route' —