I. — BIBLIOGRAPHIE DU LIVRE
Quoique de format bien mince, le livret qui s'intitule : La vida de Lazarillo de Termes, y de sus fortunas y adversidades, et qui commença de circuler en Espagne et en Flandre vers la fin du règne de Charles-Quint, a une importance exceptionnelle.
Et d'abord, ce roman est le modèle d'un genre nouveau, le père authentique des nouvelles picaresques, de ces innombrables gueuseries espagnoles du xvi*" et du xvii^ siècle, qui plus tard nous ont valu Gil Blas. Tous les novelistas espagnols relèvent de Lazarille, tous lui doivent quelque chose; Cervantes comme les autres.
Mais il v a mieux. Lazarille possède en oiitre
deux mérites peu communs. Avec la Célestine et les Épitres de Guevara, il est le texte de langue le plus friand du grand siècle espagnol à ses débuts, le type le plus pur de la prose castillane du genre familier, que n'ont point encore altérée ni la pompe et le clinquant des périphrase urs andalous, ni la période alambiquée et enchevêtrée des latinistes, ni les pointes ou autres roueries du conceptisme. Et le fond ne vaut pas moins. Que représente, en effet, cette trilologie — portraits de l'aveugle, du prêtre et du pauvre gentilhomme — sinon, en raccourci, la société espagnole du xvi° siècle, dont toutes les variétés se ramènent sans trop de peine à ces trois types du gueux, de l'homme d'église et de l'homme d'épée ?
Un attrait non moins vif du petit livre est le mystère qui n'a pas cessé de planer sur son auteur. Composée et lancée par une main inconnue, la libre et verte satire demeure anonyme comme au premier jour et le restera probablement à jamais. Les contemporains se sont tus et les modernes n'ont rien découvert. Nous verrons ce qu'il faut penser de la tradition qui rapporte Lazarille à Diego Hurtado de Mendoza et des autres attributions proposées à diverses rej)riscs, quand nous auions dé-