‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 51 sur 197 · LES FORTUNES DE JEAN REGNIER · texte numérisé non relu

LES FORTUNES DE JEAN REGNIER

blayé le sujet de ses préliminaires, c'est-àdire de l'histoire bibliographique du livre.

Avant de la retracer en détail, qu'on nous permette une observation sur le titre même de la nouvelle.

Ce titre, où le mot fortunas, conformément à l'usasse de l'auteur, sio-njfic mésaventures, calamités, misères, ressemble singulièrement à celui d'un vieux livre français: Los fortunes et adversitez de feu noble homme Jeitan Reynier, escuyer, en son vivant seigneur de Garchy et hailly d'Aucerre\ Aucun rapport, cela va de soi, entre les deux ouvrages, ni pour le style ni pour le fond. Le livre français, qui est versifié, contient les lamentations d'un bailli d'Auxerre, tombé, en 1431, aux mains de partisans qui le mènent à Beauvais et l'y retiennent prisonnier, comptant lui extorquer une forte rançon. Régnier, dans l'attente de son rachat, se désespère et gémit, songeant à la grasse vie qu'il menait en son bailliage :

Gésir me font dessus la paille, Pain et eaue si est ma vitaille.

Helas, vecy trop dure vie!

Je souloye manger volaille,

1. In-8'^ gotliique, achevé d'imprimer le 5 juin 1526. Le privilège est du 10 mai 1524.

Et le poisson à grosse escaille, Mais il convient que je l'oublie.

Poulx et puces me font bataille, Car j'en ay plaine ma drapaille, Desquelz ma chair est assaillie.

Ainsi fault que mon temps s'en aille Et tout, par faulte de cliquaille.

Ma vie si sera faillie.

Mais si le roman satirique espagnol est à cent lienes de la complainte française, rien n'empêche que le litre de celle-ci n'ait attiré Fattenlion d'un écrivain castillan et ne lui ait paru de bonne prise. Cela semble en tout cas plus probable qu'une rencontre fortuite; car on admettra assez difficilement qu'un auteur \( français et un auteur espagnol aient eu l'idée, j chacun de leur côté, d'associer dans un titre précisément les mômes mots fortunes et adversités. Quoi qu'il en soit de cette coïncidence, il convenait de la signaler.

Quelle est la première édition de Lazarille? Grave question et fort controversée. Est-ce une édition d'Anvers, 1553? ^Nlais qui l'a décrite, qui l'a seulement tenue dans ses mains? Brunet n'en parle que par oui-dire et avec réserve. « Cependant nos notes nous four- « nissent l'indication d'une édition d'Anvers, « 1553, in-lG, que toutefois nous n'avons pas

l'édition pringeps. 115

« vue' )). Sans doute, cette édition a été imaginée par quelqu'un qui estimait Lazarille une œuvre trop hardie pour avoir pu sortir originairement d'une imprimerie d'Espagne. C'est en Flandre, suppose-t-on, qu'aurait été risquée pour la première fois, et presque clandestinement, rimpression de la petite nouvelle, et comme les plus anciennes éditions! espagnoles datent de 1554, l'édition princeps flamande aurait paru à Anvers, tout juste l'année d'avant, en 1553. Hypothèse gratuite et démentie par les faits. Du moment que la circulation de Lazarille a été tolérée en Espagne dès 1554, pourquoi ce roman n'y auraitil pas vu le jour et pourquoi les imprimeurs de Burgos et d'Alcalâ ne nous en auraient-ils pas livré la primeur ?

Inutile, au reste, de discuter dans le vide. Qu'on nous montre l'édition de 1553 et nous y croirons.

Ce qui n'est pas un mythe, c'est La vida de Lazarillo de Tormes : y de sus fortimas y aduersidades, imprimée à Burgos, en 1554, par le célèbre Juan de Junta, en un petit in-8 gothique de 48 feuillets non chiffrés. Deux exemplaires de cette rarissime plaquette ont

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