Manuel, édit. de 1862, article Hiutado de Mendoza
IIG II. LE lazârille de ïormes.
été vus et décrits de notre temj)S ])ar des bibliographes dignes de toute confiance. Le premier exemplaire, qui appartenait au colonel Stanley, fut acquis à sa vente (1813) pour le sixième duc de Devonshire et se trouve actuellement encore dans la collection de la splendide résidence de Ghatsworth'. L'autre a séjourné dans la bibliothèque d'un amateur milanais, vendue aux enchères, à Paris, en 1857, parles soins du libraire L. Potier". Il nous paraît évident que cet exempLaire-là est celui qui a servi à Brunet pour rédiger la notice bibliographique de l'édition de Burgos insérée dans son Manuel.
Voilà exactement tout ce qu'on sait sur l'imprimé de Juan de Junta, qui, jusqu'à nouvel ordre, mérite d'être tenu pour l'édition princeps de Lazârille. Personne ne l'a coUationné, aucun
1. Bihliotlieca Stanlciana, Londres, 1813, 11° 543. L'exemplaire de ce catalogue conserve à la Bibliothèque Nationale porte, à la marge, en regard de ce numéro : Duke Devonshire. Il est donc certain que le Lazârille de Stanley est le même que celui qui figure dans le Catalogue of tlie library at Chatsworth (Londres, 1879, t. II, p. 324), pulîlié sous les auspices du septième duc de Devonshire.
2. Catalogue des livres rares et précieux, manuscrits et imprimés, composant la hihlioflii'i/ue de M. C. B*** [/?/Va] de Milan, dont la vente aura lieu le jeudi 8 janvier 1S.57. etc. Paris, 1856, n" 1422.
l'édition d'alcalâ. 117
de ceux qui se sont occupés de la nouvelle, éditeurs ou critiques, ne l'a comparé aux éditions subséquentes et ne peut dire au juste en quoi ces éditions difïerent de leur prototype.
En cette même année 1554, un libraire d'Alcalâ de Henares, nommé Salzedo, s'empare du livret et le reproduit. Son édition, en 46 feuillets, achevée le 26 février, s'annonce comme nuevamente impressa, corregida y dp nuevo anadida en esta segunda impression. Gomme celle de Burgos, elle est imprimée en lettres gothiques et a son titre orné d'un bois représentant l'aveugle et son garçon. Le libraire Salzedo est explicite. Il qualifie son livre de seco?ide édition, donnant ainsi à entendre qu'il tenait l'imprimé de Burgos pour la première ; puis il ajoute qu'il est corrigé et augmenté. Que veut-il dire par \h ? Pour le savoir exactement, il faudrait rapprocher l'édition d'Alcalâ — dont un exemplaire existe au Musée Britannique, où nous l'avons examiné — de l'édition de Burgos. A cette heure, cela n'est pas possil)lc. Mais, faute de mieux, substituons à 1 inaccessil^le priiiceps Tune ou l'autre des éditions d'Anvers, 1554 et 1555, dont il va être parlé et qui en sont très vraisemblablement de fidèles copies, et nous obtiendrons à peu près le résultat souhaité.
Or, de cette confrontation résulte que les additions du texte d'Alcalâ se réduisent en somme à deux passages, intercalés, le premier, dans le chapitre de l'aveugle, le second, à la fin, dans le chapitre du bulliste', passages qui Tun et l'autre allongent inutilement le récit sans y rien ajouter de piquant. Il est heureux que les éditions suivantes n'en aient pas tenu compte et qu'elles aient respecté le texte primitif de Burgos. Quant aux variantes, elles sont rares et, en général, de médiocre importance. Nous devons laisser au futur éditeur de Lazarille le soin de les relever toutes et de voir le parti qu'il en pourra tirer ; cependant nous en signalerons une, plus particulièrement curieuse, parce qu'elle montre avec quelle négligence la célèbre nouvelle a été jusqu'ici publiée et étudiée.
Il s'agit d'une réflexion que suggère à Lazarille la vue de son troisième maître, l'écuyer famélique, sortant à pas mesurés et cadencés de son misérable taudis, aussi frais, pimpant et glorieux que s'il venait d'y faire la meilleure chère du monde : « Et, certes, qui ne « l'eût pas connu, Teùt pris pour un très pro- « che parent du comte d'Arcos, ou tout au