LE CHAPITRE DES ALLEMANDS
et 1616, l'allongent d'un chapitre emprunté à la seconde, précisément de ce chapitre des Allemands, qui fut trouvé drôle et qui, à vrai dire, complétait bien le premier épisode de bonne vie du pauvre Lazarille, parvenu enfin, grâce à sa complaisance, au comble de la prospérité. C'est, en effet, après l'incident des ripailles tudesques que la Fortune, donnant un tour de roue, })récipite ce plus heureux des trois dans de nouvelles misères, et que recommence pour lui une nouvelle série d'adversités.
L'idée de scinder ainsi le livre, de grossir l'une de ses parties aux dépens de l'autre, remonte à la première traduction française de Lazarille (1561)'; Plantin a suivi et les éditions postérieures onl consacré cette division, dont il n'y aurait pas lieu, après tout, de se formaliser beaucoup, si l'on était sur que les deux Lazarille sont sortis de la même plume. Mais on croit être sûr du contraire, et, en ce cas, une telle coupure devient inacceptable.
En 1573, Lazarille avait subi une première
1. L'histoire plaisante et facétieuse du Lazare de Tonnes, Espagnol, en latfuelle on peull recongnoistre bonne partie des mœurs, vie et conditions des Espagnolz. Paris, iti-16, s. d. ; mais le privilège est daté du 24 avril 1561.
révision destinée à en efFacer les taches morales, mais qui laissait intacte la forme du livre, à ce point intacte que le reviseur n'hésitait pas à proposer ÏMzarille comme un modèle de bonne langue'. Cinquante ans ])lus tard, en 1620, notre roman, dont la réputation ne baissait pas, en subit une seconde d'un tout autre genre ; il est vrai qu'elle s'opéra, non pas en Espagne et sous le regard sévère de Philippe II, mais à Paris et dans ce milieu de l'émigration espagnole qui ne se piquait guère de principes bien rigides. Cette ibis, il ne s'agissait nullement de purger le livre de ses pointes mordantes contre le clergé et l'Eglise, — on les eût aiguisées, si l'on avait pu — il s'agissait d'en rajeunir le langage, sur lequel près d'un siècle avait passé, d'en polir le style maladroit et estimé fort barbare par les euphuïstes de l'époque".
1. Lôpez de Velasco s'est permis cependant quelques corrections de texte qui ne sont pas toutes mauvaises.
2. Vida de Lazarillo de Tonnes, corregida y emendada por I. de Luna, Caslellano (sic), interprète de la lengua espafiola, Paris, M. D. XX.(s/c),- relié avec la Segunda parte de la vida de Lazarillo de Tonnes, sacada de las cronicas anliguas de Toledo, por I. de Luna, etc. Paris, M. DC. XX. Il existe de ce livre une réimpression textuelle sur mauvais papier, qui porte au bas du titre : En Zaragoca, por Pedro Destar, a los srnates dol fcniz. M. DC. I.II, el (|\ii a dû