RUY BLAS
Victor Hugo est en passe de devenir un classique, même au sens restreint et scolaire (lu mot. Qui sait si, dans quelque temps, nos jeunes rhétoriciens ne {)eineront pas sui- Hernani ou La légende des siècles, comnu; ils peinent aujourd'hui sur Andromaque ou Britannicus, et qui sait si ])ientôt les noms de Triboulet, Ruy le Subtil ou Goulatromba ne leur seront pas plus familiers que ceux lies héros de Tantiquité ou des divinités de rOlympe? Cela dépend, en somme, du caprice d'un ministre ou d'un conseil supérieur.
On peut prévoir le moment où les éditeurs de livres recommandés et imposés auxfamilles se disputeront l'œuvre du poète et la mettront en coupe réglée. La couverture vert académique de l'édition savante comme le petit
170 m. l'histoire daiss ruy hlas.
cartonnage de l'édition destinée aux classes s'étaleront aux devantures des boutiques à l'époque de la rentrée. Il y aura concurrence entre les commentateurs de Hugo : tel, plus érudit et grammairien ; tel, plus littéraire et plus riche en rapprochements heureux.
Essayons de travailler pour ces futurs glossateurs, dont la tâche sera épineuse et immense.
Qu'on ne se méprenne pas, au reste, sur nos intentions. 11 ne s'agit pas ici de se donner le plaisir trop facile et très puéril dénoter des lapsus ou des contresens dans les drames du maître et de livrer son œuvre aux railleries de pédants vulgaires. Et d'ailleurs, quand bien même le théâtre de Hugo ne formerait qu'un tissu d'énormes bévues historiques, la valeur de cette poésie n'en serait pas, pour cela, amoindrie. Ni les fanatiques, qui acceptent tout, ni les timides, qui admirent mais aimeraient à découper ces drames et à composer de leurs meilleurs morceaux une belle anthologie, ne se sentiraient par là le moins du monde atteints dans leur culte : le critique nain disparaît devant le poète géant.
Notre objet est tout autre. Nous ne cherchons qu'à montrer, par des exemples qui ont trait à l'histoire d'Espagne, commentle grand