CONSCIENCE ET TALENT
ouvrier rassemblait et triait les matériaux de ses fables, commentil les façonnait pour les plier à ses conceptions ou simplement aux exigences de la couleur, de la sonorité et de la rime. Et cela semble intéressant.
Si l'on a aujourd'hui choisi Rmj Blas, c'est que ce drame est, entre tous, celui qui se prête le mieux à une telle enquête, Hugo l'ayant d'ailleurs comme sollicitée, en nous donnant dans une note le prétexte et, en quelque manière aussi, les moyens de l'entreprendre :
« Du reste, et cela va sans dire, il n'y a pas dans /?«?/ Blas un détail de vie privée ou publique, d'intérieur, d'ameublement, de blason, d'étiquette, de biographie, déchiffre, ou de topographie, qui ne soit scrupuleusement exact... Il (l'auteur) l'a déjà dit ailleurs, et il espère qu'on s'en souvient peut-être, à défaut de /.lient, il a. la conscience. Et cette conscience, il veut la porter en tout, dans les petites choses comme dans les grandes, dans la citation d'un chiff're comme dans la peinture des cœurs et des âmes, dans le dessin d'un blason comme dans l'analyse des caractères et des passions. »
Voilà des paroles qui autorisent un examen minutieux et mettent à son aise un critique éplucheur. Procédons par ordre et parlons d'abord du sujet de la pièce avant de descendre aux détails.
Ce qui, huit ans après Hemani, a pu ramenei-
172 m. l'iiistoirk dans ruy blas.
Hugo au pays de l'honneur castillan, ce qui lui a suggéré l'idée de- s'en prendre, cette fois, à une époque de décadence et de mêler son drame à la grandiose débâcle de la puissance espagnole est bientôt trouvé. Vers 1830, il y avait, si l'on peut ainsi dire, du Charles 11 d'Espagne dans l'air. Romanciers, dramaturges et artistes étaient hantés par la sombre vision du monarque décrépit et malsain dont la lonoue aoonie coïncida avec Taffaissement de sa nation. Les uns insistaient particulièrement sur l'impuissance physique de l'héi'itier de Charles-Quint, impuissance qui fut, un temps, la plus grave préoccupation de Louis XIV et de sa diplomatie, et ils essayaient d'en tirer une donnée dramatique. Témoin La Reine d'Espagne de Henri de Latouche \
Représentée au Tliéàtre-Français, le 5 novembre 1831, cette indécente pièce, qui, à ce que nous apprend Sainte-Beuve, devait servir de « véhicule à une intention politique hostile » ", ne recueillit que des sifflets et ne reparut jamais surraflichc. Bien certainement
1. L(t Heine d'Espagne, dranic en cinq actes, représenté une seule l'ois sur le Théâtre-Français (5 novembre 1831), par M. II. de Latouche. I^aris, I80I, in-S".