DON MARCELINO MENÉNDEZ PELAYO
Hommage de grande admiration et de bien cordiale amitié.
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' En 1876, me trouvant à Madrid, j'allais souvent tout au bout de la rue de Don Pedro examiner les curiosités littéraires que renfermait alors le palais de l'Infantado. Quand je dis palais, c'est pour me conformer à l'usage qui désigne ainsi les hôtels de la Grandesse espagnole ; car rien dans l'aspect extérieur de la vaste bâtisse, sans style, nue et blanchie à la chaux, ne rappelait-l'origine de son très illustre propriétaire, D. Mariano Tellez Giron, duc d'Osuna, de l'Infantado et autres lieux. Et l'intérieur ne faisait pas, à première vue, une meilleure impression. . La porte franchie, on se serait cru dans quelque administration où le public besoigneux afHue et stationne: mont-de-piété ou caisse d'épargne. Le grand escalier d'honneur, orn-^ encore de deux ou trois tableaux de chasses, ne servait guère qu'aux commis des gens d'affaires, créanciers du duc ruiné, qui avaient établi leurs bureaux dans sa propre demeure ; seuls leurs pieds crottés foulaient ces marchés qu'avaient
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effleurées jadis les escarpins étroits et les fins souliers de soie de tant de puissants seigneurs et de belles dames. Dans les appartements, l'abandon et le délabrement apparaissaient partout. Peu ou point de ces meubles élégants et futiles qui font le charme et le luxe d'une existence aristocratique ; seulement le strict nécessaire pour les hôtes de passage qui occupaient mais n'habitaient pas la maison.
A la vérité, les collections artistiques et autres, précieux gage des financiers prêteurs, étaient à leur place : l'arsenal, ce fameux arsenal apporté de Guadalajara, résidence seigneuriale des ducs de l'Infantado, puis le médaillier, la bibliothèque; mais les prodigalités du maître, comme aussi, sans doute, des maina infidèles avaient déjà pratiqué de larges brèches dans ces trésors. Aux armures des chevaliers bardés de fer et assis sur leurs chevaux 'de tournoi manquaient à l'une son heaume, à l'autre ses gantelets ou ses éperons; dans le médaillier, des lacunes suspectes attestaient la disparition de mainte monnaie de prix, et, sur les rayons de la bibliothèque, on eût en vain cherché plusieurs de ces manuscrits que le grand marquis de Santillane, ancêtre des ducs, avait fait écrire et enluminer avec tant d'amour pour récréer et polir son esprit dans le commerce des bonnes lettres.
« Quelle maison. Monsieur, et ce qu'ils en ont fait ! », s'écriait avec désespoir le vieux ser-
tt en passant ces perles }lui-là, malgré la misère ilte des antiques gloires et un autre personnage, 1 titre de » bibliothécaire igneur duc », mais dont ail à venir tous les jours, ousser et gémir dans ta plusopulents créanciers dmis à travailler. Je vois ■ le penché sur un magniit entre ses doigts déqu'il essayait en vain à ses lèvres exsangues, orrible toux qui lui décausait à moi-même une
,e-à-tête très peu gai était personnage moins lulint-Jacques ou d'Alcânamper l'ennui d'une disen venant faire tertulia j'étaienl alors d'intermiles événements du jour, il arrive entre Espagnols de critiques acerbes à nent; c'étaient aussi des ;adence des ordres militions fort respectables et i reconnue. Le chevalier uvenl, son interlocuteur
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îsanl guère qu'à balbutier, entre deux les paroles inintelligibles; mais tous * ces en face de moi, m'observaient du ïil avec stupeur.. « A quoi bon, grand impulser des manuscrits, quand il y a livres en belles et bonnes lettres de I, devaient-ils se dire en eux-mêmes, t qu'ils pensassent quelque chose à
IX hommes, l'un par sa décrépitude l'autre par les propos qu'il tenait, me ient également du passé ; aussi pou-
croîre, en leur présence, transporté Vni" siècle. Sans grand effort d'îmagime représentais les derniers moments eur de la Grandesse espagno.le avects et ses seigneuries, ses petits-maîtres jos, et peu à peu je sentis naitre en iir d'acquérir une notion plus exacte ivaît été' cette société -dont, dans ce ibré, les décombres matériels m'en-
Quels furent ces grands seigneurs, représentants de la caste telle que aîte les maisons d'Autriche et de :[uels furent leur rôle dans l'État, leur ie, leurs idées et leurs passions domiutant de questions que j'aurais voulu Mais alors je ne trouvai rien d'assez le ni rien d'assez vivant pour m'éclaîi choses et je dus renoncer au projet t un instant souri. -
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Longtemps après, la. découverte d'ui>e série de lettres adressées par'un Grand d'Espagne, le comte de Fernan Nunez, assez proche parent des ducs de rinfantado,.à un prince allemand de la maison de Salm Salm qui servit successivement en Espagne et en France pendant la seconde moitié du xviii® siècle,- me fournit les matériaux qui me manquaient et qui me permettent aujourd'hui de traiter en partie le sujet que je n'avais Fait qu'entrevoir il y a tantôt quatorze ans. Lres lettres de Fernan Nunez formeront donc comme la trame de ce récit, que compléteront des renseignements pris ailleurs, notam- . ment dans, la correspondance diplomatique des ambassadeurs français en Espagne, source très riche et très sûre.-
Jusqu|ici, Je xviii® siècle espagnol, envisagé par les historiens nationaux et étrangers comme* une époque saris caractère propre, toute d'imitation et d^emprunt, a peu tenté leur curiosité. L'Espagnol patriote veut ignorer ce temps où sa nation n'exerça pas la suprématie, et l'étranger le néglige aussi parce qu'il n'y retrouve pas l'intensité de couleur locale, les manifestations vives et sincères du génie espagnol qu'offre la période antérieure du xvi* et du xvii** siècle. C'est pourquoi nous ne possédons encore sur le xviii° siècle qu'une seule histoire suivie, œuvre d'ensemble et de longue haleine, celle de Ferrer del Rio ; encore le livre en question ne traite-t-il explicitement que du règne réformateur de
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Charles III, compris entre les années 1788. Le reste est encore fort obscur'.
Il faut revenir de ces préjugés et j cette époque qui relie la vieille Espagne pagne moderne toute l'attention qu'elle Pour nous Français, le xviii" siècle e; présente cet intérêt très particulier qu'il notre doctrine politique, nos lettres mœurs aux prises avec les traditions et 1 cipes sur lesquels reposait l'édifice gr de la monarchie de Charles-Quint et de :
cesseurs. La lutte qui se livra au sud d»
nées entre les deux systèmes fut vive i en péripéties instructives. A l'examiner i nous y pouvons discerner, d'une part, et avait encore de solide et de résistant d vieux dogmes espagnols, de l'autre, ce France, par son extraordinaire force d'ex et te caractère universel de sa civilis réussi à implanter dans un pays si isolé lors et si hostile aux influences étrange côté espagnol comme du côté français, i donc grand profit à étudier avec plus >
1. En ce qui concerne l'époque de Philippe V e dinand VI, les trèe utiles publications de D. Ad driguez Villa sur FatiSo. Campillo et le marquis d senada; les études intelligenles de Maldonado Ma la princesse des Ursins, Âlberooi, etc., puis sur portant et si remarquable ouvrage de M. Alfred Bi Philippe V et la cour de France (t. I", Paris, 1890) ces derniers temps, enrichi l'histoire de uombreu distipé bien des erreur*.