LE « VOYAGE DE FIGARO
La brochure, on l'accorde, est anonyme, mais les contemporains et les bibliographes compétents désignent Aranda, et il est permis, croyons-nous, de la lui attribuer sans la moindre hésitation : tout au plus Ta-t-il fait retoucher, et par quelqu'un qui y aura mis de la discrétion, car le style du mémoire est bien de la même venue que les billets à Vergennes.
Cette brochure, intitulée Dénonciation au public du Voyage d'un soi-disant Figaro en Espagne ^ par le iféritable Figaro^y et qui porte l'épigraphe « currente flagello », vise et tend à réfuter le fameux Voyage de Figaro en Espagne^ de Fleuriot de Langle, dit le marquis de Langle, dont la première édition parut à Saint- Malo en 1784. Il est facile de se rendre compte pourquoi Aranda crut devoir répondre à ce libelle indécent et insultant pour l'Espagne. Outre qu'il blessait certainement le patriotisme et le « punto » du comte, ce méchant écrit compromettait aussi l'homme public, l'ambassadeur du Roi Catholique, qui devait à son caractère et à ses fonctions de repousser toute attaque injurieuse contre l'Espagne. Et Fleuriot de Langle compromettait d'autant plus Aranda, qu'il avait jugé à propos de l'accabler d'éloges, le nommant par exemple « le seul homme de qui la monarchie espace gnole puisse s'enorgueillir à présent », et lui attribuant toutes sortes de projets ridicules ou insensés, comme de faire graver sur le frontispice de tous les temples d'Espagne, « dans le même écusson, « les noms de Calvin, de Luther, de Confucius, de