‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 136 sur 212 · LE CHEVALIER DE JERNINGHAM · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER DE JERNINGHAM

Le bon Colonna, transporté de joie, donna la nouvelle toute chaude à Milord, dans le grand escalier. Tu vois d'ici la figure qu'ils ont faite tous deux : Milord en apprenant la chose, et Golonna après le premier moment à'etourderi.,.. »

Dans la lettre suivante, qui est du 14 août 1777, Fernan Nunez s'occupe beaucoup moins de son prochain mariage que de questionner Salm sur les faits et gestes des Infantado et de la colonie espagnole de Paris. Il s'intéresse infiniment, dit-il, aux succès de la duchesse en France ; il a appris qu'elle a assisté avec plaisir à un dîner à Lyon, il la voit bientôt en petite coterie au milieu des élégantes de Paris qui la considéreront comme une femme descendue du ciel. « Il serait à propos que notre grosse La Trémoille * (( et sa suite s'appliquassent à l'imiter et à mettre la (( dévotion à la mode ; mais cela ne leur revient (( guère. Fais mes compliments à toutes ces bonnes (( gens et à notre Gerningham^. Dis à ta sœur que « son souvenir de Lyon m'a véritablement touché et « augmenterait encore, si c'était possible, la recon- « naissance et raflfection que je lui ai vouées. » Le mariage du comte est toujours fixé au mois d'octobre et se fera probablement par procuration en

1. Marie Ma^imilienne, princesse de Salm Kirhourg, femme de Jean Bretagne de la Trémouille, duc de Thouars.

2. Charles Jerningham, appelé à Paris le chevalier de Jerningham ou le chevalier de Barfort, était fils cadet du cinquième haron de Stafford et frère du poète Edouard Jerningham. Il fut nommé colonel en second du régiment de Dillon, au service de France, en mai 1776. En 1784, il fut promu maréchal de camp.

GRANDS D^ESPAGNE

Galice où Fernan Nunez ira chercher sa femmes les parents de celle-ci ne devant pas venir en Castille. En attendant, Don Carlos a reçu un portrait de sa fiancée, (c horriblement mal peint et nullement ressemblant » . Puis il passe la plume à sa sœur :

« Mon ami, vous aurez trouvé à Paris une lettre qui ne vous aura appris rien de fort nouveau, mais qui vous aura prouvé que vos amis sont toujours les mêmes pour vous, quoiqu'ils ne vous le disent pas plus souvent. Vous ne m'en demandez pas, dites-vous, la raison. C'est ce que* vous auriez grand tort de faire; ce seroit oublier que nous sommes convenus que vous n'aurez jamais des doutes sur ce qui regarde ma constante amitié. La façon incommode dont j'écris cette lettre en est une bonne preuve. C'est un petit livre, qui par-dessus le papier suit ma plume, qui me sert de table ; je suis dans mon lit, pas fort malade, mais souffrant de la tête, à mon ordinaire. Continuez de nous parler en détail de la colonie, cela m'intéresse, m'amuse et me fait grand plaisir. Je suis charmée de celui que vous avez eu en les voyant tous bien portants ; portez-vous de même et embrassez votre sœur de ma part le plus tendrement- qu'il vous sera possible. N'abusez pas de sa complaisance pour vous en l'obligeant trop souvent à quitter sa solitude, car vous lui donnerez l'envie de retourner à San Andres*. Si je ne' pensois qu'à moi, je vous prierois du contraire. Mille choses à mon bon Tabara^ et à toute la famille )>.

Enfin, le pas difficile a été heureusement franchi; Fernan Nunez est marié et, en somme, satisfait de

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