LA COUR PORTUGAISE
blissement en France et souhaite qu'on lui accorde le régiment qu'il sollicite ; il ne doute pas du succès à cause des amis et parents nombreux qui peuvent appuyer le prince auprès de Marie-Antoinette, a dont le pouvoir est assez grand ». — Pour revenir à son ambassade et à Lisbonne, voici quelques détails sur la vie que mène le nouveau diplomate à la cour de Portugal.
« Je passe mon temps assez isolé. Le tempérament et le système du pays, aussi bien que les distances considérables qui, depuis le tremblement de terre, séparent les quartiers les uns des autres, rendent les relations difficiles . Les ministres étrangers ne vont au Palais que six à huit fois par an, et, quoique ceux d'Espagne, de Naples et de Sardaigne y aillent tous les samedis, c'est en audience privée et il n'y a presque personne. Ni promenade, ni spectacles, ni maisons où l'on reçoive. La société se réduit au corps diplomatique qui a ses réunions auxquelles assistent quelques rares indigènes et où les personnes qui ne jouent pas, et j'en suis, font triste figure... J'ai chez moi un jardin qui me divertit et m'intéresse, quoiqu'il m'ait coûté quelques sous qui ne seraient pas mal placés dans ma poche. Avec cela, des livres, ma musique et mes occupations à la maison, je passe mon temps en embasadeur demi bourgoiy ce qui, pour cette
cour, est bien suffisant Le duc de Lafoens (Bragance
partout ailleurs qu'ici) est arrivé assez mal en point et triste ; il est rétabli maintenant, mais peu satisfait de son pays, où il trouve avec raison un très gran vuide et une façon de penser qu'il ne se souvient pas d'avoir jamais constatée. Il dit qu'il ne veut rien et je le crois d'autant plus facilement qu'il lui serait aussi difficile de se plier au système du pays qu'au pays d'adopter jamais le sien ».
Et enfin Fernan Nunez soulève un coin du rideau
GRANDS D ESPAGNE
qui nous dérobait certaines particularités de sa vie intime d'autrefois ; nous allons comprendre ce que signifient ces mots assez énigmatiques du commencement de sa lettre à Salm : « Pourquoi ne me féli- « cites-tu pas d'être maintenant vrai père et à « visage découvert ? » C'est que Don Carlos était, auparavant, déjà père, père un peu honteux de deux enfants. Pour la première fois dans sa correspondance avec Salm, le voici qui nous révèle l'existence de deux fils naturels dont nous ne savions rien du tout jusqu'ici. « Mes deux pendants d'oreille {pelendengues) « sont à Sorés et il paraît qu'ils y travaillent avec (( application. Ils portent le nom de Gutierrez et (( passent pour fils d'un officier espagnol mort aux « Indes. Si par hasard tu passes par là, tu pourras (c les voir en les demandant sous ce nom. » Par SoréSf Fernand Nuîiez entend le collège de Sorèze, près Toulouse, l'ancien collège bénédictin transformé dès 1766 en école royale militaire. Le comte profita de cette institution nouvelle et, avec l'appui des Rohan sans doute, y fit entrer ces deux fils nés avant mariage; exemple qui fut bientôt suivi par d'autres de ses compatriotes. Vers la fin du xvin® siècle, il devint de bon ton, dans la haute société espagnole, de préférer l'éducation du collège de Sorèze à celle du Collège des Nobles ou de tout autre institut national, comme en témoigne, par exemple, cette allusion de la satire de Jovellanos sur le gentilhomme majo :
Mas se educô en Sorez : Paris y Roma Nue va fé le infundieron, vicies nue vos Le inocularon. Càtale perdidc...
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