SALM TRAITÉ GOMME EMIGRE
-mander d'avoir le plus grand soin de faire emballer en votre présence mes pauvres livres, qui, je crois, n'ont déjà que trop souffert dans la vilaine chambre où ils étoient et dont Vhyver dernier j'ai trouvé un jour de pluye les fenêtres ouvertes. Mandés moi en quel état vous les aurés trouvés, et si les rats n'en ont pas mangé une partie. Vous savés combien je suis attaché à ma bibliotHèque*. »
Agent salarié d'un ci-dei^ant dont la qualité d'étranger était contestée, Bernard courait dfe gros risques ; et, en effet, ce que Ton pouvait redouter arriva : Bernard fut arrêté comme entretenant des relations avec un émigré. Voilà qui contrecarrait singulièrement les desseins de Salm; surtout son bon. cœur s'émut à l'idée que le pauvre Bernard payait ainsi le dévouement qu'il avait mis à soigner les intérêts d'un maître absent. Il lui adressa donc des indications précises destinées à prouver aux juges qu'il était absurde de vouloir traiter comme Français un Allemand de naissance, non propriétaire et non domicilié en France, et que par conséquent ledit Bernard ne pouvait être accusé de pactiser avec l'émigration :
Lausanne, le 13 novembre 1792.
« Vous auriésdû faire remarquer que je n'ai prêté aucun des serments militaires que les Assemblées constituante et législative ont prescrit pour ceux qui vouloient rester au service, et par cela seul j'ai perdu mon grade de maréchal de camp. Si on objectoit la prestation d'un serment
1. Lettre datée de Lausanne, 28 avril 1792 (Axch. Nat. T 515, 1-2).
civique à la section, il est bien aisé de faire voir que ce serment ne provenoit que de la possession d'une maison que j 'a vois dans la rue de Grenelle et que j'ai vendue il y a deux ans, ce qui fait que je n ai pas un pouce de terre en France. Vous avés beau dire : il est impossible qu'on veuille sérieusement me déclarer français, il serait bien moins absurde de me déclarer espagnol. J'ai servi 14 ans en Espagne, et je n'en ai servi que 12 en France. Après cela, je possède en Espagne un revenu foncier et un revenu viager. J'y possède de plus une commanderie dans l'ordre de Montesa, laquelle me constitue membre des états du royaume de Valence. Enfin j'ai prêté plus d'un serment en Espagne et le roi d'Espagne est mon grand maître; il m'a fallu une permission spéciale de lui pour entrer au service de France. — Il me semble qu'il n'y a rien à opposer à ces argumens. — Si l'Allemagne pouvoit cesser d'être ma patrie, ou si j'en avois ui\e seconde, certaine-, ment ce seroit V Espagne, — Vous pouvés faire usage de ce que je vous mande.
Emmanuel, prince de Salm Wild et Rhingrave*. »
Et, dans une autre lettre, adressée celle-là à un ministre dont nous ignorons le nom, Salm précise et complète encore les renseignements contenus dans la précédente missive :
« En deux mots, je ne suis point françois : mon nom atteste que je suis allemand, mon extrait baptistère prouve que je suis né sur le* territoire étranger, je n'ai pas un pouce de terre en France, je n y avois qu'une petite maison, que je vendis, lorsque la propriété (l'un régiment allemand me fut otée. Depuis lors, je n'ai plus