‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 165 sur 212 · ÉCRITS DE FERNAN NUNEZ · texte numérisé non relu

ÉCRITS DE FERNAN NUNEZ

pas précisément du penseur et de Técrivain, ce qui serait trop ambitieux parlant d'un simple amateur qui n'eut jamais de telles prétentions, mais au moins des ouvrages où le comte s'est appliqué, soit à raconter et à juger certains événements de son époque, soit à exposer ses idées morales et philosophiques, sa méthode d'éducation, son système de vie. Puis il convient aussi de ne pas passer sous silence ses entreprises philanthropiques et charitables» vraiment dignes d'admiration, quels qu'en aient pu être d'ailleurs les résultats, et qui rendent un si beau témoignage de la générosité et de la sensibilité de son caractère.

L'écrit le plus important que nous ait laissé Fernan Nunez est, comme on a pu s'en rendre compte déjà, sa Vie de Charles III, qu'il intitula successivement : « Notes réservées sur la vie du Roi notre « sire, Charles III », puis : « Abrégé historique de « la vie.de Charles III, roi d'Espagne et des Indes », voulant marquer par ces titres qu'il entendait écrire, non pas une véritable histoire de ce souverain, mais simplement donner sur sa personne même des renseignements de première main et tels que pouvait les avoir recueillis un serviteur si dévoué, si mêlé à la vie intime du Roi et qui fut témoin oculaire de plusieurs événements notables de son long règne. Il ne faut donc demander à Fernan Nunez. que ce qu'il a eu l'intention d'écrire, et ne pas chercher dans son ouvrage un exposé complet de la situation politique de FEspagne au temps du Pacte de famille, ûi des vues générales sur le système du gouvernement

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OU l'état social du pays, ni, en un mot, une histoire circonstanciée et suivie des faits qui se sont passés sous le règne du plus méritant des Bourbons espagnols. Néanmoins il s'en faut que cette Vie de Charles III soit sans valeur en ce qui concerne l'histoire générale ; à tous moments Don Carlos y touche, il fait même plus qu'effleurer certaines questions politiques ou économiques, il les traite à fond en homme d'Etat et en patriote convaincu. Naturellement les affaires auxquelles il a été mêlé ou dont il a eu la direction sont racontées avec beaucoup de détails dans son livre-: ainsi l'expédition contre Alger, les affaires d'Amérique, en particulier les négociations de Beaumarchais à Madrid avec le ministère espagnol, puis les mariages portugais ; tout cela y est amplement déduit et discuté. Ces passages dépassent de beaucoup le cadre où s'est enfermé l'auteur et figureraient très bien dans une histoire générale. Les historiens qui chez nous ou ailleurs s'occupent du XVIII* siècle auraient grand tort de n'y point recourir et de négliger les renseignements nombreux et sûrs que fournit ce témoin si qualifié et, dans bien des cas, si exactement informé.

Quoique inédite, la Vie de Cliarles III par Fernan Nunez n'a pas été sans exciter la vive curiosité de certains Espagnols et particulièrement de l'historien oflSciel du règne de Charles III, D. Antonio Ferrer del Rio, qui a eu à sa disposition, sinon le manuscrit original, aujourd'hui conservé au British Muséum, au moins une copie de ce manuscrit dont ' s'est beaucoup et d'ailleurs très loyalement ser^

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Tout ce que Ferrei* del Rio rapporte du caractère et des habitudes de Charles III, des intrigues de la cour, notamment tout ce qu'il a consigné dans le chapitre de son livre intitulé ; « Le Roi et l'homme », provient du manuscrit de Don Carlos; et de cette façon les lecteurs de V Histoire du règne de Charles III en Espagne, publiée par ordre de la reine Isabelle II en 1856, ont pu apprécier déjà la très haute valeur des mémoires « réservés » du comte. Ces extraits ne suffisent pas toutefois à donner du grand ouvrage de Fernan Nunez une idée exacte et complète.

D'abord Ferrer del Rio a dispersé en divers endroits de son gros ouvrage et assaisonné de son style ampoulé et « prud'hommesque », particulier, dit-on, à Técole progressiste, les souvenirs simplement et sobrement écrits de Fernan Nuîiez ; il en a ainsi, sans le vouloir, diminué l'intérêt et le charme. Puis, comme il va de soi, il n'a pas tout cité et ce qui demeure encore inédit du Compendio ne vaut pas moins que ce qu'il y a pris. Loin de nous la pensée de louer les mémoires de Don Carlos au détriment de l'œuvre considérable de Ferrer del Rio, qui, malgré ses graves défauts de style et ses tendances un peu trop apologétiques, défie en général les attaques passionnées et injustes des catholiques intransigeants qui ne lui pardonnent pas certaines appréciations « éclairées ». Plût au ciel que nous eussions. pour chaque roi d'Espagne une histoire fondée sur un si grand nombre de documents et composée avec le même •1 n ! Mais ce n'est point rabaisser l'œuvre du très < iigent et bien intentionné Ferrer del Rio que de

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souhaiter qu'on nous rende aussi , dans leur forme première, les mémoires authentiques d'un contemporain de Charles III. Rien ne remplace ce qui a été écrit au jour le jour, sous le coup même des événements, par quelqu'un qui y a participé et qui savait voir et comprendre. Aujourd'hui qu'on. remplit tant de gros livres, un peu au hasard, de documents d'un intérêt souvent assez mince, n'est-il pas permis de demander que les mémoires de Fernan Nunez trouvent enfin place dans un recueil quelconque de « documents inédits » ?

De moindre dimension, mais, dans son genre, tout aussi intéressant est le Journal où Fernan Nunez a relaté avec un soin minutieux sa campa^e d'Afrique, tous les détails de l'expédition contre Alger et en a présenté la critique raisonnée. Ce que nous en avpns dit déjà et ce que nous lui avons emprunté a suffi, sans "doute, à démontrer le mérite exceptionnel de cette relation ; des extraits plus étendus que nous produirons dans l'appendice l'établiront encore mieux. Dans ce journal, qui commence au 25 mai et nous conduit jusqu'au milieu de juillet 1775, date du retour du corps expéditionnaire, le récit jour par jour est interrompu souvent par ce que l'auteur nomme des « réflexions » où sont repris, résumés et discutés, les faits précédemment énoncés. A la fin du journal, la discussion s'amplifie, comprend une critique générale des opérations de l'armée et de la flotte, et même ne porte pas seulement sur ce qui a été fait, mais sur ce qui sera faire, si l'Espagne se décidait à tenter, dans d'au

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