‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 166 sur 212 · GER · texte numérisé non relu

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la côte alpe-

stres les faits comme j'ai'cru les voir et les remarques qui m'ont paru le plus utiles, J omets quelques détails, par exemple combien de navires et combien de troupes seraient nécessaires pour triompher des difficultés qu'on rencontrerait en débarquant sur un point quelconque, et quelle serait l'étendue de nos pertes. Bref, il y aurait lieu d'écrire un mémoire de ce qui arrivera à la prise d'Alger, où seraient notés jour par jour les progrès et les pertes de l'armée jusqu'à l'occupation définitive de la place. Ce serait l'affaire d'un militaire consommé, ce que je ne suis pas, et encore bien que je me rende compte des moyens de réaliser ce projet, il me' manque quelques principes. Dans le présent écrit, je me suis contenté de dire certaines choses; j'en ai passé sous silence d'autres que chacun peut comprendre ; j'ai omis des puérilités dont se repaît le vulgaire. Qu'on y pense bien et l'on constatera la vérité et la vraisemblance des renseignements sur lesquels repose ma relation ; en même temps, l'on se formera une idée- exacte de ce qui s'est passé, chose impossible à qui prête l'oreille aux propos de ceux qui ont pris part à l'expédition, car chacun la raconte de façon à se faire valoir ou à faire honneur à son corps, sans négliger aucun moyen que peut lui suggérer son intelligence ni omettre de rapporter les faits les plusinvrai.iemblables, po^wvu qu'ils parlent en faveur de l'intéressé. De tout ce que j'ai dit, et quand bien même l'entreprise eût réussi, il ne peut me revenir aucun honneur. Je n'ai rien fait ni rien pu faire ; je n'ai aucune valeur et ne suis autre chose qu'un patriote qui porte l'uniforme. »

Parmi le fatras considérable de papiers relatifs ■ i l'expédition de 1775 qui encombrent nos biblio-

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thèques et dont les trois quarts — - qui altèrent ou brouillent les faits — servent seulement à montrer l'état d'esprit de la nation et de l'armée espagnoles à cette époque, le journal de Fernan Nunez occupe une place à part et conserve une véritable valeur. Sa publication ne semble donc pas moins désirable que celle de la Vie de Charles III dont il forme en quelque manière un complément.

Si ces deux ouvrages valent surtout par les notions qu*ils fournissent sur tel ou tel épisode de l'histoire d'Espagne et offrent, en eux-mêmes et abstraction faite de la personnalité de l'auteur, un intérêt essentiellement historique, il est un autre écrit de Don Carlos qui nous attire pour le motif contraire, précisément parce qu'il ne traite que de choses personnelles au comte, qu'il nous représente comme son portrait moral et nous livre la quintessence de ses idées et de ses principes. Cet écrit, qui s'intitulerait le mieux « Conseils d'un père à ses enfants » est la Lettre qu'il rédigea à Lisbonne, en 1786, k l'adresse de ses fils * et qu'il fit imprimer cinq ans plus tard à Paris par Pierre Didot*.

Fernan Nunez, on le voit, n'avait pas oublié VHombreprdctico de son grand-père; il se propose de le récrire en tenant compte des faits et des idées qui, depuis la fin du xvii® siècle, ont modi^é les condi-

1. Fernan Nunez avait en 1786 au moins trois fils : Don Carlos, Don José et Don Francisco.

2. Carta de Don Carlos de los Bios, XXII senor y VT conde de Fernan-Nunezj a sus hijos, Paris, ï*edro Didot, 1791 in-i8.

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le premier. La mode étant alors aux systèmes, il ne faut point s'étonner que Fernan Nunez, ii son tour, ait cru devoir, exposer le sien ; nous devons seulement nous estimer heureux qu'il ait, dans cette lettre, consenti à donner aux observations personnelles une plus grande place qu'aux idées générales, trop souvent plates et insignifiantes quand elles n'émanent pas d'esprits tout à fait supérieurs. Il semble, au demeurant, que l'exemple de l'aïeul commandât en quelque sorte au petit-fils de continuer cette œuvre doctrinaire et que la charge de mettre par écrit des règles de conduite et de bonne vie se transmit dans cette famille comme un majorât. Don Carlos luimême conte qu'il fut de bonne heure obsédé par la lecture de YHombre prâctico. Ce livre ne le quittait pas et le persuada tellement de la nécessité de l'éducation qu'un jour, étant encore au collège, âgé de douze ans, il se mit bravement à écrire toute une dissertation sur cette matière. Le devoir de l'écolier devait être repris et développé plus tard- En 1786, Don Carlos avait quarante-quatre ans: derrière lui, une carrière militaire assez remplie et des voyages ; de plus, il occupait depuis dix années environ un poste diplomatique important qui l'avait initié au maniement des grandes afi'aires et à la connaissance des hommes. Il pouvait donc, sans trop le présomption, se croire permis de résumer ce que ai avait enseignéjusqu'alors sa propre expérience et

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d'en extraire quelques préceptes et conseils à Tusage de ses fils. C'est à eux qu'il s'adresse, c'est pour eux uniquement qu'il écrit, et le fait qu'il a jugé convenable d'imprimer cet opuscule ne doit pas tromper sur les visées modestes de son auteur et le but peu ambitieux qu'il poursuit. « Mon idée n'était pas « d'imprimer ce mémoire, l'ayant composé seulement « pour laisser à mes enfants un témoignage de moD « affection, et c'est pourquoi j'en ai joint l'original, « sous le titre de Lettre posthume, à mon testament. « Mais voyant que ma famille s'augmente si rapidece ment que les diverses copies qu'on tirerait de « l'original pourraient en altérer le texte, et me trou- « vaut dans le cas aujourd'hui d'éviter un tel incon- « vénient, grâce à une impression correcte, j'ai « décidé d'user de ce moyen, afin que mon mémoire « parvienne à mes enfants et aux leurs, sans qu'on « y change rien. » L'avertissement est sincère, et en admettant même que l'amour-propre d'auteur ait été pour quelque chose dans la détermination prise par Fernan Nunez, il faudrait reconnaître en tout cas qu'il ne sut pas soigner jusqu'au bout sa réputation, car le petit livre, tiré à peu d'exemplaires, ne fut.pas donné au public ; il est devenu fort jare.

Adressée à ses fils, la Lettre de Don Carlos, qu'il définit lui-même « un abrégé de leurs obligations (( chrétiennes et civiles», traitera d'abord de l'éducation qu'il convient de donner à de jeunes hommes de leur condition, c'est-à-dire « appelés à remplir (( dignement un jour les premiers emplois de « nation ».

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