‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 169 sur 212 · MARIAGE DE L*AINÉ · texte numérisé non relu

MARIAGE DE L*AINÉ

compagne, à ce qu'il semble très affectueuse et mère dévouée de ses enfants. Sans donc prétendre qu'il ait déniché un oiseau rare et précisément donné dans le blanc, il trouve que son mariage est de ceux qu'un homme de sa condition doit faire et il le propose à ses fils comme un exemple à suivre. On dira qu'il y était bien un peu forcé et qu*il eût été très désobligeant pour la comtesse de Fernan Nunez de ne point être présentée dans cet écrit, par son mari, comme le modèle des épouses. Assurément ; mais il est bien des manières de dire les choses^ et si Don Carlos n'avait pas été intimement persuadé qu'une union telle que la sienne offrait de grands avantages, il n'en aurait pas avec tant d'insistance recommandé une semblable a ses fils ; il eût passé plus vite sur ce point délicat et laissé indécises plusieurs questions qu'il résout en faveur du système auquel il avait accordé la préférence.

Comment se marieront les fils d'un grand d'Espagne; ou plutôt, comment se mariera surtout l'aîné, les cadets, ainsi que Fernan Nunez va nous l'expliquer, étant presque toujours exclus du mariage. ? D'abord, il faut vouloir. Un homme d'âge moyen, habitué à une agréable indépendance, a besoin de faire effort sur soi-même et de triompher de bien des objections pour se décider. Néanmoins, tôt ou tard, il importe de prendre son parti, « afin (( que le monde, ou tout au moins que notre nom ne « périsse pas » . Donc le senorito se mariera. Pourquoi lui seulement ? C'est un déplorable usage et qui se répand de plus en plus, de réserver à l'aîné le soin

GRANDS D ESPAGNE

de perpétuer la race. « Les aînés sont habituellece ment, dans les maisons de la Grandesse, les seuls « qu'on destiné au mariage ; les autres fils sont « considérés comme hors de cause, parce que, par ce une vanité mal entendue. Ton trouve mauvais <c qu'ils épousent d'autre femme qu'une héritière de « la Grandesse. Et voilà comment il arrive que les «( grandes familles d'Espagne qui ont manqué d'héa ritiers se sont réunies au préjudice considérable ff de l'État.... Voilà ce qui a fait diminuer le nombre «( de la première et plus antique noblesse, aujourc( d'hui réduite aux aînés, qui, à cause de la né- « cessité moindre qu'ils éprouvent d'acquérir de la a gloire et, au contraire, à cause des facilités plus « grandes qu'ils ont de se livrer à l'oisiveté et au « luxe, ont perdu en valeur, en aptitudes et en ré- <( putation ; en sorte qu'ils sont exposés à ne posséder <c plus que le nom de ce qu'ils ne savent pas être. » Il faut réagir contre cette coutume. Fernan Nunez désire que ses fils cadets se marient tout comme l'aîné, choisissent dans la noblesse titrée, ancienne et riche du royaume, une compagne assortie, qui sans doute leur sera plus facilement accordée qu'à d'autres prétendants moins bien nés, à la condition toutefois qu'ils n'aient pas l'air de faire un trop grand honneur aux parents de la jeune fille en recherchant leur alliance. Puis, une fois mariés, ils pourront, par de bons et loyaux services, procurer une Grandesse à la maison à laquelle ils sont alliés, et tout sera pour le mieux.

Mariez-vous entre trente et trente-cinq ans i

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