‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 168 sur 212 · LES FEMMES ET LE JEU · texte numérisé non relu

LES FEMMES ET LE JEU

« plus tard. » II faut tout prévoir : une passion ou un caprice peut aveugler le jeune homme; et les occasions sont nombreuses pour un sehorito de la Grandesse d^avoir au moins bien des amourettes de passage. Si cela doit être — et cela sera, n'en doutons point, — « alors, n'oubliez pas les principes de « l'honneur avec lesquels vous êtes nés ; n'aban- «c donnez jamais Tinnocence, si vous avez eu le (( malheur d'en abuser, sans la mettre auparavant à (( l'abri des injures dont vous pourriez par votre « conduite être rendus responsables. » L'autre grand péril, bien entendu, est le jeu. Fernan Nunez se croit d'autant plus autorisé à prémunir ses fils contre ce dangereux vice, que lui-même s'en était vite et complètement guéri. Jouant un jour avec des jetons, il s'était mépris sur la valeur que leur attribuait le banquier et avait perdu une fort grosse somme. Donc apprenez à tenir les cartes, cela peut rendre des services dans le monde, mais ne risquez que ce que vous avez dans votre poche et surtout ne jouez jamais avec des jetons !

Un tel système d'éducation, quelque bien conduit qu'il soit, ne protège pas le jeune gentilhomme contre tous les vices et ne lui inculque pas toutes les vertus. Cette discipline essentiellement domestique, qui isole l'élève à la maison au milieu de servneurs dont il est adulé et l'éloigné des jeunes gens de son âge, tend à nourrir son orgueil et à lui laisser croire qu'il est supérieur à tout ce qui l'environne ; en un lot, l'expose à trancher du personnage. Les collèges, ernan Nunez le reconnaît, corrigent volontiers ces

GRANDS d'eSPAGNE

tendances en mettant en contact les petites vanités des élèves et en les émoussant par le frottement; mais il se persuade que, « même à la maison, le père « peut obtenir un résultat semblable en combattant, (( dès qu'elles paraissent, ces idées de vanité et ces a besoins d'adulation, et en faisant comprendre k (( ses enfants qu'ils sont des hommes au même titre c( que leurs domestiques. J'espère, ajoute-t-il, que « vous n'avez pas oublié les occasions. où je vous ai « contraints de leur baiser les pieds pour vous faire <c pardonner vos hauteurs. » Beau mouvement d'humilité, certes, où la charité chrétienne aussi bien que la philosophie trouvaient son compte. Fernan Nunez pratiquait donc ces vertus que tant d'autres se contentaient d'étaler dans leurs livres; cela n'est pas commun et méritait d'être signalé.

A propos du mariage. Don Carlos parle d'abondance. C'est un sujet qu'il goûte, qu'il a approfondi et dont il connaît les détours. Le comte, on l'a vu, avait fait un mariage de convenance et épousé une femme d'éducation assez peu soignée et d'intelligence moyenne ; mais, ce mariage, il ne l'avait contracté ni par intérêt — rien du moins ne le prouve — ni SL la légère. Il pesa mûrement le pour et le contre, analysa avec soin les défauts de sa fiancée et ne se décida qu'à bon escient et après avoir constaté qu'en somme les qualités .solides l'emportaient sur le reste et lui assuraient la part de bonheur conjugal à laquelle il pensait pouvoir aspirer. Et il neparaît pas qu'il eût jamais à se repen*^' d'avoir arrêté son choix sur la femme qui devint

rjvs^

Page 1