‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 172 sur 212 · MÈRES QUI NOURRISSENT · texte numérisé non relu

MÈRES QUI NOURRISSENT

qui rirritent et lui font prendre en aversion la vie conjugale. Ainsi, ménageons Tamour-propre de nos femmes.

Ne soyons pas non plus jaloux ou soyons-le modérément.. Se défier de sa femme, sans motif sérieux, est une injustice notoire ; la reprendre ouvertement, quand sa conduite autorise les soupçons, est une insigne maladresse qui ne saurait avoir pour résultat que d'aviver son inclination pour 1' a autre ». Avec des natures sensibles, dociles, capables d'amitié, il vaut mieux ne pas tenir compte de certaines apparences où la vanité a la plus grande part. Le mari tire, à l'occasion, d'une telle conduite des avantages bien plus considérables que s'il se mettait à jouer le rôle d'un amant jaloux; car l'amant, lui, peut y renoncer librement dès que la jalousie lui devient insupportable; mais le mari ne le peut pas.

De la femme en tant que mère, Fernan Nunez ne dit que quelques mots. Tout ce qu'on trouve dans son écrit à ce sujet est une allusion à la manie qu'avaient alors les femmes du monde d'allaiter, bon gré mal gré, leurs enfants. L'influence de Rousseau, on le voit, s'étendait au delà des Pyrénées. « Au- « jourd'hui c'est devenu une mode et même une « vanité que de nourrir ses enfants, et j'ai vu des « mères exposer leurs jours pour soutenir cette (( espèce de gageure. Tout extrême est également <c mauvais. Le raisonnable est que ces mères-là (( seules allaitent leurs enfants que nous choisirions : pour leurs nourrices et que les autres qui n'ont

pas les qualités requises s'abstiennent de ce soin. »

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Après l'éducation et le mariage, le comte devait nécessairement aborder le problème religieux. C'est ce qu'il fait avec une complète franchise et sans esquiver les difficultés de cette question fort scabreuse. Ses solutions assurément pourront surprendre un peu ceux qui s'attendaient à voir Fernan Nunez se poser ici en champion décidé de la « philosophie » ; ceux-là seront déçus. Bien loin de recommander les doctrines nouvelles ou seulement d'indiquer les résultats utiles qu'il est permis d'en attendre, Fernan Nunez les combat résolument, et les distinctions subtiles qu'il tend à établir entre la vraie et la fausse philosophie n'atténuent guère la sévérité du verdict qu'il croit devoir prononcer contre les philosophe^^en général. « Un autre écueil, dit-il à « ses fils, nt l'esprit de la fausse philosophie qui (( domine par toute l'Europe. Rien n'est plus res-

« pectable qu'un vrai philosophe, mais si cette

« catégorie (celle des vrais philosophes), peu nomce breuse, mérite toute votre vénération, il n'en- (c est pas de même de la masse innombrable des (( faux philosophes qui, par leurs légèretés, leurs « extravagances et leur esprit d'irréligion et de, tt désordre, prétendent, sous ce nom qu'on ne peut (( leur donner que par ironie, dissimuler leur igno- (( rance. » Voilà qui ressemble fort à une condamnation sans appel de la plupart de nos grands hommes du XVIII® siècle ; et, d'ailleurs, Don Carlos ne nous ayant pas donné la définition exacte de son ce vrai philosophe », il ne nous est pas possible de savoir quels sont ceux qui échapperaient à cet anathème. Point

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yeux du comte, discrédite les esprits tons, c est leur impuissance à consoler les malheureux, à soulager les infortunes. On retrouve ici le philanthrope pratique qui a expérimenté par lui-même les divers remèdes dont l'humanité dispose pour diminuer ses misères, et qui, constatation faite, pense que rien ne saurait encore remplacer l'action bienfaisante de la religion. « Voyez « ce malade cloué sur son lit par mille douleurs

« qu'il supporte pour l'amour de Dieu Arrétez-

« TOUS dans la rue devant cette pauvre femme qui « plie sous la charge des ans. Et que me direz-vous « de cette secte d'hommes qui, sans fournir à ces « malheureux aucun soulagement à leurs maux, « prétendent en outre les priver de l'ut^que conso- « lation qui leur reste?... Vous ne verrez dans ces « hommes que des monstres. » Pour ces raisons surtout, raisons de morale pratique, le gentilhomme espagnol observera avec soin les dogmes et les préceptes de sa religion traditionnelle qui « procure « tant de moyens de consolation et de félicité en ce « monde et tant d'espérances d'être heureux dans « l'autre. » Cette religion, à vrai dire, rien n'empêche de l'épurer, de la réduire à ses principes les plus simples et de la débarrasser de beaucoup de superfétations inutiles. Fernan Nunez ne le dit pas expressément, mais il laisse entrevoir que sa religion a lui est, avec l'observance des formes extérieures du culte en plus, quelque chose qui ressemble beaucoup au déisme des philosophes, des k vrais philosophes ».

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Ainsi: guerre à la philosophie qui proclame Timpiété et respect iibsolu de la religion catholiqae. Voilà deux principes bien établis et que Fernan Nuâez engage ses fils à défendre envers et contre toas. Mais où l'homme du xviu* siècle prend sa revanche et affirme les droits de la pensée, c'est dans ce qu'il dit des choses en quelque manière accessoires à la religion, et notamment de la tolérance. Ces passages, sans doute, suffisent à rendre le comte suspect aux catholiques intransigeants ; il convient de les citer en entier :

« Une des choses délicates pour un voyageur (et surtout pour un Espagnol) sont les conversations et les disputes au sujet de la religion, de rinquisition, du Pape, des moines et des autorités ecclésiastiques. Il faut les éviter absolument. Car, quoique la barbarie des premiers siècles, les usurpations réciproques des autorités ecclésiastique et séculière, la primitive rigueur de l'Inquisition en un temps où, grâce à cette rigueur, ont été évités des maux qui affligèrent d'autres pays ; quoique lambition démesurée de quelques ordres religieux, l'extinction d'autres ordres auparavant très utiles à l'éducation et qui pourraient l'être encore, mais qui dans l'opinion du public ne le sont plus, la mendicité d'autres qui les a conduits à étendre la piété au delà dé ce qui convient au sérieux de la religion ; quoique, dis-je, la considération de tous ces antécédents-là autorise des modifications appropriées à l'époque et aux circonstances présentes, il est certain que de telles matières ne doivent être traitées qu'avec beaucoup de réflexion et de prudence, et seulement lorsqu'on se trouve dans le cas de corriger des abus ou qu'on parle familièrement avec des personnes instruites et capables de nous éclairer, mais jamais dans des coe versations publiques, par manière de^ passe-temps o

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