LES BAINS DE GARRATRAGA
est arrivé depuis peu dans ce séjour assez lugubre, après avoir traversé Antequera où il a passé quelques heures incognito. Le maître de chapelle de cette ville lui ayant trouvé un air de ressemblance avec le comte de Fernan Nunez, a cela peut bien être », a-t-il répondu sans perdre contenance. Le soir, il s'est rendu chez le comte de Bobadilla où il a accompagné sur le clavecin deux violons qui jouèrent une sonate et un duo. A Carratraca, sa santé s'améliore tous les jours ; il ne ressent plus que de vagues douleurs et une certaine faiblesse dans les jointures : les bains vont dissiper tout cela. Mais quel pays et quelles gens ! « On n'y voit que des misérables court verts de plaies qui n'ont d'autre logis que la rue « où ils demeurent exposés à toutes les intempéries « du jour et de la nuit, en sorte qu'ils perdent le « petit bénéfice du bain et contractent d'autres ma- « ladies iqui les emportent. » A ce spectacle navrant, la bonté naturelle et compatissante de Fernan Nunez s'émeut, son esprit prompt aux réformes s'exalte : « Je vais voir si je réussis à fonder ici quelque re- « fuge, même modeste, pour remédier en une cer- « taine mesure à ces misères continuelles et aussi au « désordre qui résulte de la promiscuité des hom- « mes et des femmes. Toutes les filles de Màlaga se « donnent rendez-vous ici pendant la saison des eaux, <( de façon que les plus sains ne tardent pas à être « obligés de s'y baigner. » — Fernan Nunez a reçu avec des transports de joie la nouvelle de l'heureux accouchement de la marquise de Tàvara et il a célébré comme il convenait la naissance du futur treizième
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duc de rinfantado, Don Pedro d*ÂIcàntara de Toledo« Aussitôt informé, il a prescrit des réjouissances (g'a/a y fiestas) qui ont fort réussi. Il en envoie à Salm une relation, en vers et en prose écrite par un chanoine de Cordoue ; lui-même, pour la première fois de sa vie, a composé deux sonnets. La fête a été superbe pour un bourg de treize c<ents habitants et le carrousel [las par ej as) y dirigé parCaamano, des plus galants. — Mais ne perdons jamais de vue que nous avons un régiment dont il faut surveiller, même de loin, la discipline et les intérêts ! Deux choses surtout préoccupaient le colonel : le pas anglais ^ qu'on tentait alors d'introduire dans l'armée espagnole, et l'avancement de ses officiers, a Le pas ance glais me paraît préférable au nôtre, parce qu'il est « plus posé et naturel ; mais je n'approuve en aucune <c façon cette lenteur dans le changement de front et « la manière df former le carré ». La question des avancements est plus délicate et il y reviendra. Pour l'instant, il ne peut que se plaindre de l'insuccès de ses démarches ; ses propositions ne sont jamais écoutées et n'aboutissent pas.
Sur ces entrefaites, Salm avait été enfin pourvu du bénéfice qu'il sollicitait ; la Gazette du 5 juillet apporta à Majorque l'agréable nouvelle que le Roi venait de gratifier le colonel de Brabant de la commanderie de Culla* dans l'ordre militaire deMontesa,
1. La Gazeta porte Cullar et cette prononciation est, en effet, assez usitée; mais la vraie forme du. nom de cette commanderie située dans le royaume de Valence (prov. de Castellon de la Plana) est Culla. Voir J. Yillaroya, Real maeS'