DON CARLOS ET LES ROHAN CHABOT
<c écrire des lettres identiques est que toutes ayant « pour prétexte le renouvellement de Tannée (époque « où en France on a, je crois, coutume de s'écrire), « il ne m'a pas paru déplacé qu'elles fussent d'une <c même teneur. Après tout, il ne s'agit que d'un « simple compliment qui ne comporte pas plus de <( phrases qu'un faire part de mariage ou de mort. « Je n'ai jamais cru que cette correspondance, qui n'a « d'autre but que de me donner à connaître à des <£ parents et de me rappeler annuellement à leur ce souvenir, s'étendrait à autre chose, puisque je n'ai <c avec eux rien de ce qui peut alimenter une cora respondance : relations, intérêts ou amitié. Cela « posé, je* m'incline bien volontiers devant ce que « tu jugeras le plus conforme aux usages et à la « façon de penser de ce pays. »
Fernan Nunez, à peu près guéri, regagne Madrid au commencement de 1769; il y passe avec Salm un assez joyeux carnaval et s'applique consciencieusement à rattraper le temps p&rdu dans la pénitence et les macérations. Puis, les^:ïeux amis se séparent.
A l'expiration de son congé, le colonel de Brabant va rejoindre son régiment en passant par Saragosse et Barcelone, et, pour se délasser des longueurs du voyage, se ménage d'agréables étapes et se pour- .voit d'une Paquita. Don Carlos, dans le premier billet qu'il adresse à Salm à Saragosse, le com|)limente de son compagnon de route et lui envoie ses meilleurs vœux : « La Paquita sera mieux traitée par toi qu'elle « ne l'eût été par moi, si nous nous étions trouvés « tête à tête dans une auberge ; voilà pourtant
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(( comme la fortune favorise qui ne la cherche pas ! « Enchanté d'apprendre que tu es arrivé à Sara- « gosse, et que tu as soupe avec l'ami Flegny *. Je (c désire que le reste du voyage ne soit pas moins « heureux et que Ricla te reçoive presque aussi bien « qu'il recevrait la Nina ' ». Après quoi Fernan Nunez passe à un sujet plus sérieux. C'est le moment de la réunion du conclave qui doit choisir le successeur du pape Clément XIII ; les Jésuites d'une part, les « Couronnes » de l'autre se remuent à qui mieux mieux pour gagner les cardinaux à leur cause. A Madrid, l'on se montre fort offensé des premières réunions de certains cardinaux romains, partisans des Jésuites, qui ont prétendu forcer l'élection du pape avant l'arrivée des. cardinaux étrangers *. « Je (c ne te parle pas de l'extravagance des cardinaux (c parce qu'elle est trop publique ; leur conduite a (C mécontenté tout le monde ici, à commencer par Sa « Majesté qui traite Leurs Eminences de collones. » Autres nouvelles : un grand mariage, celui du duc de Villahermosa, D. Juan Pablo de Aragon y Azlor avec D* Maria Manuela Pignatelli, fille du comte de Fuentes ; et puis un examen militaire : ce Lundi, après « midi, a eu lieu au quartier un examen de mes
1. Wolfang de Bournonville, comte de Bournonville et de Fleigny, grand d'Espagne de !■'« classe, alors capitaine général d'Aragon, et qui, après la mort de son frère le duc de Bournonville, le remplaça comme capitaine de la compagnie flamande des Gardes du Corps (novembre 1769).