PROJETS DE SALM
tilshommes, sans protecteurs puissants et sans attaches avec la cour ?
Il ressort des véhémentes apostrophes de Fernan Nunez que Salm, de son côté, avait aussi à se plaindre de la direction des affaires militaires ; le prince en voulait au ministre et à l'inspecteur de ne pas prêter une oreille assez attentive à ses projets de réforme dont, au demeurant, il ne nous est guère possible d'apprécier le mérite et l'importance. Quoique Salm ne mît pas, sans doute, la même généreuse ardeur à défendre ses idées et se résignât plus facilement à ne pas les voir triompher, rien n'empêche de croire qu'il sut être, à l'occasion, bon militaire, officier zélé et instruit. Et de ce qu'il vint en Espagne pour y vivre confortablement à l'ombre de son très opulent beau-frère, on ne saurait conclure qu'il ne vit dans le service du Roi Catholique qu'un moyen d'augmenter son mince pécule de cadet allemand et qu'il ne remplit pas avec ponctualité ses devoirs de colonel. La reine Marie Antoinette qui le protégea plus tard, lorsqu'il passa au service de France, a écrit de lui qu'il était (c estimé dans le militaire )>. Cette attestation de la gracieuse souveraine peut n'avoir pas grande valeur en soi ; elle n'est point contredite cependant par ce qiie nous savons de la carrière de Salm dans les armées espagnole et française. Mais il y a temps pour tout. Quand on est jeune, de jolie tournure, fort bien apparenté et sûr de trouver dans l'entourage du Roi des protections efficaces, il faudrait être trois fois saint — et Salm ne l'était pas même une fois — pour ne pas profiter de
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GRANDS D ESPAGNE
tant d'avantages et ne pas se faire rappeler le plus souvent possible, sous un prétexte ou un autre, de la garnison lointaine où les moins dissipés même sèchent d'ennui. En ce temps-là donc, dans les derniers mois de 1768, Salm est à la cour, en congé, tandis que Don Carlos continue d'habiter ses propriétés d'Andalousie.
A l'approche du renouvellement de l'année, le colonel de V Immémorial juge convenable de se rappeler au souvenir de ses parents de France ; mais craignant de ne pas savoir tourner assez correc- . tement et dans les formes son compliment, il s'adresse à Salm plus au courant des usages français et plus maître aussi de notre langue. « Jusqu'ici, j'ai poussé « comme un champignon, ne connaissant, du côté (( maternel, d'autres parents que la terre : c'est ce « qui m'a incité de demander au duc de Rohan une « liste de mes parents les plus proches. J'ai donc , (( résolu, à l'occasion de la nouvelle année, de me (( faire connaître d'eux, et comme je tiens à ce que (( mes lettres ne me fassent point connaître sous un « jour trop défavorable, je te prie de me corriger <( les brouillons ci-joints et de me les renvoyer par « le retour du courrier * ». Don Carlos ne s'était pas mis en frais d'imagination ni de style ; il n'avait rédigé qu'une lettre, une circulaire avec différentes • adresses, ce qui lui valut quelques railleries de son ami Salm, auxquelles il répondit le 13 décembre, d'un ton un peu piqué : <c Le motif qui m'a porté à