DON CARLOS A PARIS H
rhiveretle printemps de 1775, jusqu'au mois de juin, date de l'expiration du congé. « Voila mon nonce veau plan, maintenant que j'ai renoncé au premier « qui devait me conduire en Russie et dans d'autres « pays du Nord ».
Mais Fernan Nunez modifia encore ce second plan et renonça momentanément au voyage d'Angleterre et de Hollande. Nous le rejoignons à Strasbourg au mois de mars 1774. Arrivé dans cette ville, il ne peut résister à l'envie de pousser une pointe jusqu'à Paris. Ses voyages en Autriche et en Prusse, qui lui ont donné l'occasion de frayer avec la première aristocratie de ces pays et d'approcher de souverains tels que Marie-Thérèse et Frédéric, n'ont rien laissé du goût de terroir qu'il pouvait avoir emporté d'Espagne. Il est maintenant tout à fait cosmopolite et dégrossi, digne d'affronter la société et la cour les plus raffinées du monde et de s'y mouvoir à l'aise. Le sentiment de la famille agit aussi en lui : cet orphelin aspire à connaître le frère de sa mère ; il pressent à Paris des amitiés, des sympathies autres que celles qu'il a connues jusqu'ici, et il a hâte d'en jouir.
Paris, 14 mars 1774.
« Ma chère sœur, me voici à Paris depuis hier à cinq heures. C'était bien tentant, et comme mon fort n'est pas de résister aux tentations, aussitôt après t'avoir écrit de Strasbourg et remis ma lettre au courrier, je me suis décidé à partir. J'avais annoncé à notre oncle* mon
1. Louis-Marie-Bretagne-Dominique de Rohan Chabot, dac de Rohan et prince de Léon, né le 17 janvier 1710, mort
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arrivée pour le 16, mais, comme les postes d*ici marchent autrement que celles d'Allemagne, je suis arrivé ici deux jours plus tôt ; à cinq relais seulement de Paris, j'ai avisé Toncle afin qu'il n'eût pas le temps de se déranger pour venir à ma rencontre. Il ne l'a pas eu, en effet, et j'ai pris une remis (remise) pour me conduire chez l'oncle, où j'ai été reçu par notre tante * ; son mari est venu une demi-heure après. De l'un et de l'autre je te parlerai par le menu dans une autre lettre, sachant combien tu aimes les détails de toutes choses, surtout de celles qui t'intéressent à ce point. Lui, cela se voit aussitôt, est la bonté même. Elle, avec plus de brillant et beaucoup d'aménité, possède, dit-on, les mêmes bonnes qualités. Il y a auprès d'eux un abbé La Fontaine qui est dans la maison depuis sept ans et qui fait l'eifet d'un homme aimable et intelligent. Il m'a l'air d'être quelque chose comme jadis le Torres * de la maison de l'Infantado. Mais je garde cela pour un autre courrier. Je t'assure que c^est pour moi une grande satisfaction de me voir chez de si bons parents; j'en éprouve une consolation et un plaisir inexprimables. Nous avons beaucoup parlé de toi et regretté de ne pouvoir te faire partager ces agréables moments.... Je t'écris cette lettre de chez Aranda, qui dîne aujourd'hui chez notre oncle ; je te l'envoie par un extraordinaire avec le portrait que j'avais depuis longtemps et n'avais pas pu t'envoyer plus tôt. Les plumes d'Oquendo ' ne valent pas cher et son encre n'est
à Nice, le 28 novembre 1791. Il était alors maréchal de camp des armées du Roi.
1. Charlotte-Emilie de Crussol d'Uzès, mariée le 23 mai 1758 au duc de Rohau.
2. S'agirait-il du fameux Diego de Torres Villaroel ? Il est vrai de dire, cependant, que, dans son autobiographie, Torres ne nomme pas, parmi ses protecteurs, les ducs de l'Infantado.
3. D. Joaquin Oquendo, jeune officier qu' Aranda avait peut-être mené avec lui à Paris. En 1775, il était capitaine
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