‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 83 sur 212 · D. LUIS PIGNATELLI · texte numérisé non relu

D. LUIS PIGNATELLI

tête de toutes les intrigues qui ont enfin forcé ce ministre à la retraite. M. de Grimai di, fort peu courageux naturellement, redoutoit singulièrement le peuple de Madrid. En conséquence, un des moyens dont on se servoit pour l'obliger à se retirer étoit de lui faire parvenir des lettres anonimes de tous les cotés, dans lesquelles on le menaçoit de Tassassiner. Ces lettres ne produisant pas encore leur effet, on mit le feu à sa maison. Or, si j'en crois ce que Ton m'a assuré, ce dernier moyen étoit de l'invention de M. de Villa-Hermosa, et c'étoit lui qui l'avoit fait exécuter*. »

Ce politique vindicatif et peu scrupuleux avait de la littérature. Sans doute, il devait se piquer d'écrire correctement notre langue, puisqu'il présenta à rAcaaémie Française une traduction du Criticon de son compatriote Balthasar Gracian, cet auteur si prisé en France au xviii® siècle par les théoriciens du s^rai orné. L'Académie Espagnole aussi accueillit avec empressement le patricien et lui ouvrit toutes grandes ses portes ; lors de l'avènement de Charles IV, Yillahermosa fut chargé de haranguer le souverain au nom de la compagnie^. Il mourut à Madrid, le 19 septembre 1790, à Tâge de soixante ans et demi.

Des deux derniers fils du comte de Fuentes, le plus âgé. Don Luis, eut une triste destinée. Marié, en 1768, à la fille unique de Casimir Pignatelli d'Egmont, comte d'Egmont, lieutenant général en

1. Lettre à Vepgennes, 1" septembre 1778 (Aff. Etr. ; Espagne, vol. 590, fol. 320 v.).

2. Marquis de Molins, Discursos leidos ante la R. Aca^ dtmia Espahola en la recepcion pûblica del duque de Villahermosa, Madrid, 1884, p. 87.

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France et grand d'Espagne, i de son beau-père, de se fixe d'EgmODt, en effet, prévoy; d'enfants de sa seconde femn ce moyen, sa succession. CI arrangement ; il créa une Gra Don Luis, à l'occasion de soi tion que cette Grandesse sï ment où sa femme hériterait la maison d'Egmont. Don L France, fut nommé colonel c de Schomberg et contioua de de folie et enfermé, sa femi de celle-ci, son beau-père nommés par les autorités ji d'Espagne curateurs des bie de ses enfants. La famille i qui, d'abord s'était peu souc rent si piteux, contesta plus de Don Luis et demanda qut déchargé de la curatelle et d( Pendant quelques années, 1 et ceux de France se disputi fut enfin rendu à son pays d Le second fils. Don Juan heureux de ses deux frères aragonais et à la camarilla

e et correspondant (Aff. Etr. ; Eap.gne. vol. 625, fo 130, 131, ISO et 214).

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cesse des Âsturies qui poursuivait de sa haine le ministre Grimaldi, les Italiens et les golillas, Don Juan s'employa surtout à servir les intérêts de son oncle, le fameux chanoine D. Ramon Pignatelli, recteur de l'université de Saragosse et protecteur du canal d'Aragon, l'homme le plus grand d'Espagne \ dont l'ambition était, paraît-il, de succéder à Grimaldi et de livrer le pouvoir aux Aragonais * ; ambition qui fut complètement déçue, puisque Charles III, quand il dut renoncer à Grimaldi, eut recours à un Siuite golillay D. José Moîiino, que l'histoire connaît sous le nom de Floridablanca.

Rien ne ressemblait moins au comte de Fuentes, à ce diplomate ennuyé, taciturne et chagrin, que son successeur, l'arrogant, bruyant et encombrant Âranda. Aragonais d'origine, de naissance et de tempérament, Aragonais pur sang, bien plus Aragonais que Fuentes, dont la famille était à demi italienne, D. Pedro Pablo Abarca de Bolea, dixième comte d' Aranda, présente un amalgame singulier de dispositions et de tendances très opposées et qui semblent, à première vue, tout à fait inconciliables. Il y a en lui, à la fois, du ricohombre d'Aragon, avec

1. Il avait plus de six pieds et l'expression hautaine de son visage ajoutait encore à l'efTet de cette taille gigantesque (Comte de Sastago, Elogio del muy ilustre senor D. Ramon Pignatelli^ Saragosse, 1796, avec un portrait de Don Ramon gravé par Mateo Gonzalez). Casanova, dans ses Mémoires (t. YII, p. 509), donne sur les mœurs du chanoine des renseignements fort épicés.

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