Fernan Nunez, Vida de Carlos III, fol
GRANDS d'eSPAGNK
toutes ses intransigeances, ses rudesses, ses hauteurs, et un philosophe à la mode, un impie, le seul véritable impie peut-être de son milieu, ajoutons aussi un galantin des plus intrépides, sinon des plus heureux, et pour cause. Comme ces divers penchants ne pouvaient vivre toujours côte à côte et faire bon ménage, il en résulta dans sa conduite des heurts, des contradictions et des inconséquences qui l'exposèrent à bien des mésaventures et des mortifications, et lui préparèrent une fin triste, presque humiliante, et qu'il n'avait pas entièrement méritée. Disons ce que fut la carrière de cet homme très particulier, qui, aujourd'hui encore, jouit du privilège d'exciter la passion de ses détracteurs comme de ses panégyristes *.
Né le l*"^ août 1719 au château de Siétamo, à deux lieues d'Huesca, en Aragon, D. Pedro Pablo de Abarca fut dès Tâge de dix ans élevé et instruit à Bologne et a l'École militaire de Parme, d'où il sortit pour prendre du service dans l'armée du Roi Catholique. En 1740, Ferdinand VI le nomma capitaine de grenadiers au régiment de Castille (plus tard Rey) dont son père était colonel-propriétaire. La nature n'avait pas beaucoup gâté le jeune officier: nez gros et recourbé, teint bistré, cheveux châtain foncé, grands yeux gris dont le droit louchait*, tels
1. La meilleure biographie d'Aranda est celle qu'a publiée D. Jacobo de la Pezuela dans la Revista de Espana, t. XXV, (1872), pp. 30 à 49 et 341 à 367. Nous lui avons fait quelques emprunts.