‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 3 sur 161 · A ÀLONSO PÉREZ DE GUZMAN · texte numérisé non relu

A ÀLONSO PÉREZ DE GUZMAN

SUR LA DÉFENSE DE TARIFA (a JANVIER lagB)

Parmi les épisodes glorieux de Thisloire castillane du moyen âge, je n'en connais guère de plus justement célèbre que la défense de Tarifa par Alonso Pérez de Guzman, en 1294, et Tahnégation sublime du valeureux chevalier qui laissa égorger son fils sous ses yeux plutôt que de rendre la ville et de trahir sa foi. Et ce grand exemple de loyalisme se grava d'autant plus profondément dans la mémoire du peuple espagnol qu'il fut accompagné de circonstances capables de frapper l'imagination, par exemple de ce geste héroïque de Guzman, lançant du haut des murailles le poignard qui devait servir à tuer son premier-né. La chronique du roi Sanche IV, rédigée dans le cours dû xiv^ siècle, raconte Tiur cident en quelques phrases ; elle dit comment r infant Don Juan, allié des Musulmans, amena

ti I. LA LETTRE DE SANCHE IV

SOUS les murs de la ville le fils d'Alonso Pérez, menaçant le père de tuer son enfant s'il ne rendait pas la place, et comment Guzman lança son couteau, disant qu'il aimait mieux qu'on lui tuât ce fils et cinq autres, s'il les avait, que de livrer ce dont il avait fait hommage à son seigneur :

Y el infante don Juan lenia un moço pequefïo, hijo deste don Alonso Ferez, y embio dezir a este don Alonso Ferez que le diesse la villa, si non que le mataria el su hijo que el ténia. Y don Alonso Ferez le dixo que la villa que la ténia por el rey y que non gela daria, que quanto por la muerte de su liijo, que el le daria el cuchillo con que le matasse ; y lançoles de encima del adarve un cuchillo y dixo que antes queria que le matassen aquel hijo y otros cinco, si los touiesse, que no» darle la villa del rey su senor de que le hiziera omenaje. Y el infante don Juan con sana mando matar el hijo ante el, y con todo esto nunca pudo tomar la villa * .

Bientôt Ton ne se contenta plus du simple récit de cette action superbe et qui paraît avérée, puisque, sans parler du témoignage des historiens arabes ^ des documents diplomatiques contemporains, je le ferai voir tout à l'heure, la

I . Chronica del muy noble rey don Sancho el Bravo, Valladolid, i554, ch X, ou bien les Cronicas de los rey es de Castilla, Bibl. Rivadeneyra, t. I, p. 89, où l'orthographe a été remaniée de la façon la plus inintelligente.

3. Voy. M. Lafuente Alcântara, Historia de Granada, éd. de Paris, i852, t. I, p. 826.

Page 1