I02 III. DO>A MARINA DE ARAGON
pas souvenir de l'avoir vue parmi celles qui étaient au service de D* Maria. (( Soyez la bienvenue, Madame, » lui dit-il ; (( par ma foi, sans vous nous étions fort seuls, et comme le diable ne dort pas... » A ces mots, la malicieuse Marina, qui s'était parfaitement rendu compte des sentiments de son compagnon, riposta :
« Ecoutez-moi, Don Alonso, et sachez bien qu'on n'a jamais rien fait de mal qu'à l'aide d'une duègne. » Le pauvre Alonso se retira assez penaud, et d'autant plus qu'ayant rendu compte de l'incident aux parents de Marina,, la friponne, pour mieux narguer le cavalier, déclara qu'elle recommencerait une fois et cent fois la promenade seule avec lui et même plus seule encore : « Ce dont Dieu me garde I » dit en finissant Don Alonso, non sans dépit : ce coureur d'aventures et de bonnes fortunes venait de recevoir une leçon supérieurement administrée et dont il dut se souvenir longtemps.
Voici en son jargon informe le récit du (( gentilhomme déconfit )) :
Lo que me posa con una dama en Madrid en el aiîo de i5U3, mes de mayo ; y porque es caso de admiracion y endiscrecion, y esta prohibido coniarlo a los vivos, doy por tesiigo à la ilustrisima setlora dona Maria de Mendoza y a la ilastre senora dona Francisca Sarmiento, su hermana, y al éerîor don Alvaro de Mendoza,
Tiene atencion cl caso de admiracion^ porque repre-
RÉCIT DU (( GENTILHOMME DECONFIT )) Io3
scntandolo el auctor, que es al mismo que le acaecîo, le ticmblan las carnes. Habeis desaber que en el dicholugar esta una seiiora de gran linaje y no ménos fama de bonrada y cristianisinna, que se llama D*^ Maria de Ulloa, viuda, madré del S*" Conde de Salinas, la cual tieneen su casa très nîetas muy honradas y hermosas, de tierna edad, aunque no tan niilas que no se podrianya casar. La una es bija del Conde de Ribagorza, en Aragon ; llàmase D* Marina de Aragon. Es una dama que fué de la Emperatriz, nuestra Senora, que esta en gloria, tan hermosa, tandiscrela y valerosa que en verdadyo nohalloâ que la pueda comparar, sino es â la lima D*^ Maria de Mendoza. Yendo yo a ver à su abuela y à estas senoras en Santo Domingo el Real, do real y santamente tienebecba su casa y morada, que era nocbe, y me dijo esta D* Marina, angel o diablo, oquien que es : « S' D. Alonso, (jbabeis visto los altares de mi S"^* D* Maria de UUoa en esta su casa ? » Yo le dije : « No sefiora. » Respondiome : « Quereis que os los muestre ? » Yo le dije : « Guando Vmd. fuere servida, » creyendo fuera otra dia.
Luégo se levante ligera y esparcida, y dijo à un paje : « Toma ese candelero. » Y mandole pasar adelante, y luégo â mi, y ella, y no mas, y pasamos por muchas càiTiaras y recamaras y muchos corredores y ventanas por muy gran rato, andando cabela lumbre muy gran vienlo, y en mi pensamiento tormenlo, y la casa como encantada, sola y grande, considerando j pecador de mi ! que es esto 6 que ha de ser si la vêla se apaga, porque si me desvio délia, déjola sola y quedo necio y apocado; si me Uego à ella, desacâtome y desverguénzome. Yo decia al paje : « Mira no se te mate la vêla. » Ella respondiô : « No va nada en ello, S' D. Alonso. » Yo entre mi : « j Oh, pecador de mi ! ^ que es esto ?» Y ansi como Uegamos â los altares, que son très, fuime al de medio, que me parccio mas devoto, y recé un Ave Maria, como oracion mis brève, y dije à una imâgen de la Madré de Dios :
Io4 m. D05»A MARINA DE ARAGON
« Senora, por aquel gozo que senlisle cuando el Angel le trajo la nueva comoel Senor era conligo, que me socorras en este trabajo, y me des gozo y alegria. » Entonces parecio una duena, que juro por Dios que me parecio que bajaba del cielo, v que no lo dejo de créer ansi, porquc he mirado por todas las dueîîas de la S'* D* Maria de UHoa, y no vî aquella otro diaque fui con mi S""* D* Maria à corner alla, y esluve lodo el dia con ellas. Enlonces dije : « ; Oh, seîiora, seais muy bien venida, que a fé que estabamos muv solos sin vos, v como el diablo no duerme !... » Respondio la S™ D* Marina, que como discreta conocio mi lemor, v como valerosa y generosa quiso gustar dél : « Mira, S*^ Don x\lonso, hàgoos saber que nunca se hizo mal recado sinocon duena. »
Contempla, hombres humanos de carne y de hueso, que tormento tan extrailo, que miedo tan grande, que verguenza. que cor ri mien to pasô por el pobre hombre ; y luégo di mucha priesa para vol ver me do estaba su agiiela y primas, y el S*" D. Alvaro de Mendoza ; e no fué mcnester poca priesa, segun era léjos, y yo estaba penado y congojado, de lo cual dimos luégo cuenta a los dichos ; y despues otro dia [a] mi S""* D* Maria e la S"" D* Francisca, tornandole[s] a decir esta malvada esfozarda que entraria otra vez y otras ciento commigo tan sola y mas, de lo cual meguarde Dios. Amen, amen.
Ce passage des Mémoires du Desbaratado a, en tout cas, le mérite de dissiper l'impression mélancolique que nous avait laissée l'élégie de Mendoza. On aime à penser que la jeune fille, dont les dernières années ont été obscurcies par des tristesses et des souflrances, a ri aussi, a plaisanté, a vécu des moments de vie joyeuse et folâtre ; il y a donc eu pour elle des jours heu-
JOIES ET TRISTESSES lO.)
reux comme il y a eu des jours sombres : destinée commune u beaucoup d'autres. C'est tout ce qu'il est permis de dire, et Ton commettrait une imprudence si Ton prétendait deviner davantage ; mais saciions gré au moins à son fervent adorateur D. Diego et à d'autres témoins d'avoir levé pour nous quelques coins du voile et de nous avoir montré, sous des aspects divers, ia gentille âme espagnole de Dona Marina de Aragon .
« VTE RELEGATA ET MINERV A RESTITUTA »
« ATE RELEGATA ET MINERVA RESTITLÏA »
Dans le volume consacre au théâtre de T Humanisme et de la Renaissance de sa belle histoire du drame moderne, M. W. Creizenach a récemment appelé l'attention sur une petite comédie latine de circonstance, intitulée Aie relegata et Minerva resiituta, qui fut représentée à Alcalâ de Henares devant le prince héritier Philippe, soit en lôSg, soit seulement en i5/io*. Le sujet de cette pièce, comme je me propose de le montrer, est — sous l'allégorie du triomphe de Minerve sur la méchante Ate et le médisant Momus — la réconciliation de r Université d' Alcalâ avec son jiatron, le cardinal-archevêque Juan Tavera. Le manuscrit qui nous Ta conservée porte le n° 8762 du fonds latin de la Bibliothèque nationale de Paris ;
I. Geschichte des neueren Drainas, Halle, M. Niemeyer, 1901, l. II, p. 80.
IlO IV. UNE COMEDIE DE COLLEGE
c'est un cahier de 4i feuillets du format petit in-Zi'*, qui, outre VAte relegata, contient une partie des Suppositi, comédie latine de Juan Pérez de Tolède imitée de TArioste, et quol- ([ues vers latins en l'honneur du prince Philippe. Il semble bien que ce manuscrit soit autographe, car les corrections qu'on y note font tout l'effet de corrections d'auteur * . Pourquoi tout le contenu du manuscrit ne serait-il pas de Juan Pérez ? A première vue, cela semble assez probable et ce que nous savons de la carrière de cet humaniste parle en faveur de cette attribution. Lorsque l'Université d'Alcala se décida, vu la grande affluence des élèves, à dédoubler la chaire de rhétorique du successeur de Nebrija. Juan Ramîrez de Tolède, dont l'enseignement avait obtenu un vif succès, le recteur et les pr<:>fesseurs portèrent leur choix d'abord sur Juan Fernândez de Séville, qui passa bientôt à l'Université de Coïmbre, puis sur Juan Pérez de Tolède : (( Haec [altéra cathedra rhetoricae] primum loanni Fernandio Hispalensi, cuius nu ne doctrina Conimbricensis Academia permultum iuvatur, deinde lo. Petreio Toletano commissa
I . En tout cas, le manuscrit est d'une main espagnole, commo l'indiquent les graphies bibrarem. (vibrarem), explevit (explcbil , obserbans (observans)^ vicisitudo (vicissitudo) , discesi (discessi], pertaessum (perlaesum) ^ fletat (Jleclal)^ etc.