‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 50 sur 161 · AMOURS ET MÉCOMPTES DE MARINA · texte numérisé non relu

AMOURS ET MÉCOMPTES DE MARINA

poétique de l'époque, il faut éviter d'être dupe d'un langage conventionnel qui n'a que trop sévi depuis Pétrarque dans la poésie italienne et, à son exemple, dans la jioésie espagnole. En l'absence d'autres témoignages plus probants, laissons donc dans la pénombre, dans un vague uiystérieux, les relations de D. Diego et de D* Marina. Ne s'agirait-il que d'un amour de tête, d'un culte purement spirituel ? Ce genre d'érolisme ne conviendrait pas mal au dilettante affiné par la lecture des Grecs, par un commerce assidu avec les maîtres du platonisme et du pétrarquisme italien. Quoi qu'il en soit, l'amour de Mendoza, platonique ou non, lui a dicté quelques vers heureux, quelques pensées touchantes : n'en demandons pas plus. Snr d'autres points, l'élégie semble, au premier abord, assez explicite ; mais, à y regarder de près, le sens exact des mots qui semblaient le plus révélateurs nous échappe. Mendoza insiste sur les nombreux mécomptes de Marina, sur la longue lutte qu'elle soutint contre sa destinée : rien, dit-il, ne lui a réussi. Dans le concert d'hommages adressés à la fille d'honneur, il y en eut, sans doute, qui touchèrent son cœur un peu plus que d'autres, et au jeu des galanteos de palacio peut-être donna-t-ellc des gages qui enchaînèrent sa liberté et lui valurent ensuite

lOO m. DOXA MARINA DE ARAGON

do graves déccplions. Beaucoup de conjectures sont permises, mais il serait impertinent de les formuler. Contentons-nous de savon- qu'à partir au moins dun certain moment la jeune fille ne fut pas heureuse ; rien ne lui réussit plus : saliâte al rêvés quanfo querias '.

Et cependant sa vie eut aussi ses rayons de soleil, ses moments d'expansion, de gaîté franche cl mî^me d'espièglerie. La note attristée, presuue luguhre par instants, de l'élégie de Mendoza ne nous rend pas du tout la Marina telle (pi'elle se ix'véla à d'autres contemporains, et nolammcnl à certain aventurier quelque peu picaresque . du nom de D. Alonso Enriquez de Guzmân. et qui se donnait à lui-même le sobn- «piol significatif de « gentilhomme déconfit » (cahtiUero noble desbaralado '. Le personnage en question, se ti-ouvanl à Madrid en i543, alla ixMuliT \ isile à D* Maria de LUoa, retirée, en su qxudiléde veuve, à Sanlo Domingo el Real el qui avait auprès d'elle trois de ses petitesfiUos. don» uoliv Marina. Dès que D. Alonso fui onliv. la jeune fille, s'adressant à lui. dit à l»r»\U^pourp»»int : iv Connaissez-vous les autels que D* Maria de l IKxt a édifiés dans sa demeure ?

>. « l.ibrv» vk- 1» ïiJ* x tvvtumbies de Doa Xlonso Enri- «l>u-«, oaI>*IU-«\» iu^Mo Jv-sK»r»t»Jo », dans U Colurrion de doca-

AU COUVENT DE SANTO DOMINGO lOî

— Non, )) répondit Tautre. — « Et voulezvous les voir? — A votre disposition.» dit Alonso, pensant que ce serait pour un autre jour. Mais Marina, ordonnant à un page de prendre un flambeau et de les accompagner, conduisit D. Alonso de chambre en chambre, de corridor en corridor, jusqu'à l'autre bout de la maison. Un grand vent soufflait dans ces parages et menaçait d'éteindre la lumière. Alonso, de son naturel assez avantageux, se posa cette question: (( Si cette lumière s'éteint, de deux choses l'une, ou bien je me tiendrai à distance et passerai pour un imbécile, ou bien je m'ap- ' procherai d'elle et, en ce cas, je lui manque de respect. » Et, interpellant le page, il lui recommanda de ne pas laisser la lumière s'éteindre. Marina dit alors : « Cela n'a aucune imporlance. » D. Alonso, de plus en plus ému, s'écria : (( Pecador de ml, qu'est-ce que cela veut dire ^ » Puis, arrivant aux autels, D.

Alonso se jeta aux pieds de celui du milieu « qui incitait le mieux à la dévotion », et, après avoir' récité un Ave, il adressa à la mère de Dieu cette prière : « Par la joie que tu ressentis lorsque l'ange t'annonça que le Seigneur était en toi, secours-moi dans cette détresse et réconforte-moi. » Soudain apparut une duègne comme descendue du ciel, carD. Alonso n'avait

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