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LE GOUVERNEMENT D ORAN

gouvernement, le lofévrier de Tannée suivante. Là encore, sur la terre d'Afrique, entouré de mille dangers et toujours sur la brèche pour défendre cette possession espagnole contre les attaques incessantes des Arabes, sa foi le soutint et ne l'abandonna jamais. Peu de temps après son arrivée, il donna même un témoignage éclatant de sa profonde piété. Il associa, pour ainsi dire, la Vierge de la Pena de Francia à la défense de la place, priant le roi — qui était alors Charles II — de faire célébrer en Espagne, au sanctuaire de la Vierge, une grande fête afin d'obtenir son aide et sa protection.

Sa Majesté, avec son habituelle piété et bonté, ordonna <{ue cette fête eût lieu et que le corregidor de Salamanque, accompagné de tous les habitants de la contrée, se rendît ^u sanctuaire de Notre-Dame. On y manda un prédicateur de Salamanque. La fête qu'on célébra là, comme en témoigne une lettre du corregidor que me communiqua le comte d'Oropesa, coûta mille ducats, et jamais, disait la lettre, ou n'avait rien vu de semblable en ce pays. Le roi aussi m'avisa qu'il avait accédé à ma demande. Cette nouvelle me remplit de joie et me persuada que rien de fâcheux ne se passerait à Oran.

Il eût été peut-être plus immédiatement utile d'envoyer à Oran des soldats et des canons ;

mais Charles II, tout aussi pieux que son subordonné, trouvait sans doute plus simple et moins

coûteux de s'en remettre à Notre-Dame de la

Pena. Une bonne romeria valait, à ses yeux, l'envoi d'un corps expéditionnaire. Cette confiance absolue et naïve dans Tintervention de la Divinité présentait au reste ce petit avantage qu'on s'irritait moins des revers, qu'on acceptait avec soumission, presque avec indifférence, les échecs, répétés qu'éprouvaient à peu près partout les armes du Roi Catholique. « Dieu et sa glorieuse mère l'ont voulu » : ainsi se consolait-on. Fata« lisme chrétien, qui n'avait rien à envier à celui des musulmans.

De tels principes, assurément peu faits pour relever une nation en train de déchoir, ne ruinaient pas d'ailleurs, toute énergie individuelle. Il restait encore, dans cette Espagne de la fin du xvn'' siècle, quelques vaillants officiers, quelques, zélés et intègres administrateurs, quoi qu'en dise Ruy Blas. Don Félix Nieto de Silva fut un de ceux-là: bon chrétien, bon soldat et bon serviteur de son roi, il mérite à tous égards notre sympathie. C'est aux heures sombres qu'il est le plus difficile de comprendre exactement son devoir ; sachons-lui gré donc d'avoir accompli courageusement une tâche souvent ingrate et ne rions pas des sentiments un peu puérils parfois, mais après tout respectables, qui le guidèrent dans sa conduite.

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