‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 2)Chapitre 32 sur 65 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

en 1867.

en 1876.

Minerais .

francs.

francs.

Lièges .

Alfa et crin végétal .

1 En supposant la laine vendue à 200 francs le

Laines en masse .

Cire .

quintal.

Corail . .

Lin . .

Tabacs .

Fourrages .

Total .

Ainsi, le chiffre de l’exportation des produits du groupe 5 s’est accru de 30 millions en dix ans. Le montant total des valeurs de marchandises exportées en 1876 étant de 166,500,000 francs, on voit que les produits du groupe 5 représentent à peu près le tiers de l’exportation annuelle.

Le Commerce à l’Exposition.

Les industriels, en assez grand nombre, jouissaient jusqu’à présent de la tolérance de vendre les petits articles de Paris : jouets, cordelières, chaînes de lorgnons, tous les bibelots de fabrication courante.

L’administration a cru voir dans le fait de cette vente tolérée jusqu’à présent, une contravention au règlement.

Au point de vue strict, cette vente est évidemment une contravention, puisque le règlement porte que les objets vendus ne pourront être enlevés qu’après la clôture de l’Exposition. Mais la tolérance nous semblait plus intelligente , car le fait d’acheter une poupée à un enfant ou un retrousse-jupe à une dame, et de les emporter de suite, ne cause aucun préjudice au coup d’œil d’ensemble des produits exposés.

Le résultat le plus clam de cette mesure, si elle est maintenue, sera de priver une centaine de négociants de bénéfices peu importants, comparativement à leurs frais d’installation, et un grand nombre d’employés des deux sexes du produit de leur journée de travail.

L’esprit qui a dicté l’article du règlement a évidemment eu pour objet d’éviter un déménagement partiel de l'Exposition. Évidemment si tout était emporté de ce qui est vendu jusqu’à présent, certaines vitrines se trouveraient vides.

Exemple : nous-mêmes avons fait acquisition d’une machine à composer. Que nous ayons eu le droit de l’emporter, cela eût causé préjudice à l’exposant, qui n’avait plus le moyen de la démonstration pratique, et au public venu pour étudier tout ce qui peut l’intéresser dans la sphère de ses occupations habituelles, mais nous le répétons, la vente des petits bibelots ne peut nuire en rien à l’Exposition. Elle est même une attraction de plus, c’est le souvenir et non l’objet que l’acheteur tient à emporter.

La Plume-vapeur.

Le siècle de la Vapeur et de l’Électricité nous ménage chaque jour de nouvelles surprises.

M. Corneil Gomzé expose en Belgique, la Plume-vapeur. Ce chercheur infatiguable, qui lutte depuis 25 ans, est de plus un plébiciste fort connu et trèsapprécié en Belgique, où il a obtenu nombre de témoignages de satisfaction. En qualité de confrère, nous allons lui consacrer quelques lignes.

Victor Hugo, notre grand maître, lui a adressé le compliment suivant :

« Vous êtes inventeur et maître en calligraphie, rien d’ingénieux comme « votre plume : rien de charmant comme vos résultats. »

Que pouvons-nous ajouter de plus, si ce n’est d’engager nos lecteurs à se rendre compte par eux-mêmes des résultats merveilleux obtenus par M. Corneil Gomzé et par Melle Gornélie Gomzé, sa fille, âgée de 10 ans, qui obtenait, il y a 3 ans, une médaille d’or à l’Exposition universelle des Arts industriels à Bruxelles.

Nous aurons occasion de revenir sur celte innovation qui va devenir d’un usage universel.

Samedi 3 août.

Revue de la semaine. — Variétés, Mélanges. Renseignements pour les exposants. — Annonces. — Réclames

et avis divers.

Matières contenues dans le llme fascicule.

Chronique , par M. E. Lacroix , ingénieur civil, pages 149 à 180 du tome ix. — Métallurgie : le fer , par M. Georges Anceau, t. in, p. 65 à 80. — Hydraulique , par M* Dumont, t. ier, pages 77 à 98. — Chemins de fer , par M. Cosmann, t. Ier, pages- 99 à 116. — Chauffage et ventilation , par M. Wazon, t. iv. p. 131 à 152. — V Enseignement primaire, pages 121 à 130, t. iv.

Le 19e fascicule, qui paraîtra samedi, ÎO août, sera composé d’une» Se série de planches.

Une visite en Italie.

La section italienne, comme les autres pays, possède une façade monumentale donnant sur l’avenue centrale du Palais du Champ de Mars, (rue Internationale). Par une heureuse coïncidence, les arcades réservées à l’Italie sont contiguës au jardin qui occupe le centre même du Palais, autour du pavillon de la ville de Paris Le palais italien est le seul qu’on puisse examiner à loisir et dans unesituation favorable pour la perspective. La fig. 5, donne une idée assez complète de cette construction.

Fig. 5. — Palais italien.

Quel bonheur, si au lieu d’examiner ce pastiche réclame , on avait pu admirer la belle façade du palais ducal de Venise ! Malheureusement, la première Jdée n’a pas prévalu; voilà pourquoi, au lieu d’avoir une façade artistique, on n’a qu’un spécimen de plusieurs systèmes de décoration.

UNE VISITE EN ITALIE

La façade actuelle se compose d’une loggia formée d’une grande arcade, à laquelle quatre autres plus petites sont accolées. Ces baies sont ornées de deux grandes colonnes en stuc imitant le marbre vert assez brillant. La corniche de la façade est rehaussée par une frise sur laquelle on voit des médaillons en mosaïque représentant les grands personnages italiens ; ainsi la première arcado symbolise la musique par Donizetti, Bellini et Rossini ; la deuxième représente l’architecture par Baldassare Peruzzi, Bramante’ et Palladio ; la troisième du milieu symbolise les beaux-arts par Michel Ange, Dante, Léonard de Vinci, Titien et Raphaël ; la quatrième le commerce par Christophe Colomb, Mefrco Polo et Flavio Gioja; la cinquième et dernière symbolise la science par Galilée, Volta et Jean-Baptiste Vico.

La corniche principale, bas-relief en terre cuite, renferme des médaillons représentant Bevenuto Cellini, Machiavel, l’Àrioste, Pétrarque et Le Tasse.

Le vestibule est d’un goût irréprochable; le critique le plus méticuleux ne trouvera rien a y reprendre.

Les panneaux et les voûtes portent des ornements dans le style du xvc siècle (peints avec beaucoup d’habileté par M. Brugnoli de Pérouse. Le plan est trèsheureux ; la disposition des entre lacs est gracieuse ; la teinte générale est à la fois vive et harmonieuse. C’est un excellent spécimen de l’une des plus belles époques de l’histoire artistique. de l’Italie.

Des draperies et des portières en reps rouge médicis garnissent les arcades et les entrées des salles de la section.

Sur le portail on voit le portrait à l’huile du roi Humbert et les portraits en mosaïque de la reine Marguerite et de feu roi Victor-Emmanuel.

Au fond du vestibule on a placé un mauvais buste en terre cuite du même roi auquel fait pendant, au côté opposé, un haut relief en porcelaine sur fond bleu représentant Jeanne d’Arc, qui contraste horriblement avec l’harmonie des teintes de la belle décoration de M. Brugnoli.

A l’entrée principale un fort beau plâtre : YInnominato, triste personnage qui a inspiré l’auteur des Fiancés , et les bustes de deux grands patriotes italiens : Mazzini et Garibaldi.

L’Italie occupe aussi plusieurs salles dans la section des beaux arts et trois annexes près de la porte Desaix à côté de l’Autriche-Hongrie.

Beaux arts. — Le principal défaut de la peinture italienne c’est le manque d’originalité, de ce cachet particulier qui distingue une nation et qui s’appelle École. On peut dire qu’en Italie il n’y a pas d’art national.

Il est vrai que les meilleurs artistes italiens tels que Ussi, Bellucci, Ciceri, Morelli n’ont rien, ou presque rien envoyé, de façon qu’à vrai dire on ne peut pas juger l’Italie par son exposition; mais il n’est pas moins vrai que l’Italie manque d’un homme qui ait le génie, le talent et l’autorité pour fonder une véritable école nationale.

Trop de liberté, le manque de direction et d’encouragement sont les causes principales de l'éparpillement des forces vitales qui, réunies sous une direction puissante, donneraient des résultats remarquables. Les artistes réduits à leurs propres forces sont obligés de faire de la peinture de genre pour satisfaire le goût du public. La grande peinture n’étant pas encouragée est peu cultivée en Italie. En France et en Angleterre les artistes qui font du classique sont assurés de

placer leurs toiles, mais en Italie la chose est bien différente. Le gouvernement Italien n’achète pas comme la France, un certain nombre de tableaux par an et l’aristocratie italienne est bien loin d’avoir l’esprit d’initiative de l’aristo cratie anglaise !

Ajoutez à tout cela qu’une grande partie des tableaux qui figurent à l’exposition italienne ont été envoyés dans un simple but de spéculation et puis vous aurez réduit les choses à leur véritable expression.

Pourtant on ne peut pas nier qu’il n’y ait un certain mouvement et que l’Italie ne fasse des efforts considérables pour atteindre ce but.

Ne pouvant pas disposer d’une place suffisante pour faire la description des meilleures toiles, nous nous bornerons à les citer.'

Les scènes orientales de M. Pasini ne sont pas seulement remarquables, elles sont tout à fait excellentes. M. Pasini est un coloriste de premier ordre et sa place est marquée parmi les orientalistes les plus éminents.

Il expose onze tableaux; le faubourg de Constantinople et le marché du lundi sur la place de la mosquée de Jeni-Giani paraissent intéresser plus vivement le public.

M. De Nittis, aussi bien que M. Pasini, est une ancienne connaissance pour les Parisiens. Il a débuté au Salon par un chef-d’œuvre : Une route de Brindisi qui figure aujourd’hui à l’exposition italienne. Quoi qu’on en dise le chef-d’œuvre d’hier est encore le chef-d’œuvre d’aujourd’hui et les vues de Paris et de Londres ne sont pas arrivées à effacer le petit tableau qui eut tant de succès au Salon, lorsque son auteur n’avait pas encore l’honneur d’être appelé parisien.

M. De Nittis a envoyé treize tableaux : Green Park, la Place des Pyramides , National gallery , Westminster, Trafalgar square, Nelson monument, Retour des Courses du Bois de Boulogne , le pont Royal, Bank of England, Canon Bridge , Piccadilly, Avenue du Bois de Boulogne , Une route de Brindisi.

M. De Nittis, avec un assortiment aussi varié qu’exquis, nous fait voir qu’il sait peindre aussi bien les routes lumineuses de son pays natal que l’atmosphère argentée de France et les brouillards de la Tamise. Il y a très-bien réussi.

Il est vraiment étonnant qu’un peintre puisse traiter avec autant d’habileté et de finesse des sujets si opposés; le contraste est piquant. M. De Nittis est un peintre doublé d’un observateur.

Les paysages de M. Rossano sont aussi très-appréciés , ils sont une promesse pour l’avenir. M. Vertunni plait moins, à cause de certaines teintes un peu hardies, mais après tout c’est un artiste de valeur, et ses tableaux, les Pyramides et le Sphinx ont du succès.

Napoléon répudiant Joséphine, et la Revue de Vhèritage de M. Pagliano ne sont pas trop goûtés du public quoique ces tableaux aient un mérite réel. M. Pagliano a été mal inspiré par le sujet; en outre les teintes ne sont pas trèslieureuses. Les tableaux de M. Altamura ne sont pas à la hauteur de sa renommée.

Les toiles de M. Michetti obtiennent un grand succès de curiosité. Les connaisseurs ne veulent pas rendre justice au talent réel de cet artiste. Son Printemps est une composition étrange, bizarre, fantastique, pleine de qualités et de défauts, mais elle révèle un vrai talent.

Les portraits sont rares et ne sont pas bien intéressants ; mais il y en a deux

UNE VISITE EN ITALIE

qui sortent du médiocre. Le portrait de Gambetta par M. Spéridion, celui de Manzoni par M. DeNotaris.

11 faut encore remarquer la lecture de M. Quadrone, le retour de Montevergine de Mme Sindici, le retour de la fête de la madom de l'Arco de M. Mancini, la Rixe de M. Detti, un mariage d’État de M. Juliani, les régates sur le grand canal de M. Deleani, les jolies aquarelles de MM. Rotta, Joris et Ciardi; les compositions de M. Gôrolamo Induno : Un amateur d’antiquités, costumes savoyards, les premières neiges sont très-remarquables

Enfin une charge de cavalerie de M. Fattori, l’intérieur de la sacristie dans l’église de Saint-Jean à Rome de M. Marchesi, Bianca Cappello de M. Ussi et les six tableaux de M. Mancini complètent ce qu’il y a de mieux dans la section italienne.

La sculpture italienne est beaucoup plus intéressante que la peinture par le nombre et par le caractère. Il y a 170 ouvrages de peinture tandis qu’on compte 180 ouvrages de sculpture et ce n’est pas tout. Une trentaine de statues ont dû être exposées au Salon, faute déplacé dans l’espace réservé à la section italienne.

Il y a certainement une grande différence de tendances entre la sculpture italienne et la sculpture française, voilà pourquoi la sculpture italienne n’est pas assez appréciée en France

La France aime le classique et veut voir du classique, l’Italie au contraire, sans abandonner tout à fait le classique, tend à opérer une véritable révolution. L’école réaliste et l’école de genre semblent occuper davantage les artistes italiens, et les premières tentatives n’ont pas été sans être heureuses et ont été suivies avec succès.

La sculpture italienne, quoiqu’on en dise, brille par des qualités toutes particulières et quant à l’habileté de facture elle est incomparable. On dira que le sculpteur italien porte trop de soin à son œuvre, qu’il y a trop de détails et qu’il tombe dans le maniéré. Dans tout cela il y a peut-être un peu de vérité, mais le fini et le poli sont plutôt des qualités que des défauts.

La liberté d’enseignement qui est peut-être dangereuse pour les peintres est utile aux sculpteurs italiens, car ceux-ci puisent aux sources de la Renaissance, dont les maîtres possèdent le sentiment de l’art moderne aussi bien que l’élévation du style. La statuaire, formant partie de la construction, est beaucoup plus encouragée que la peinture par l’initiative privée ; voilà pourquoi les sculpteurs imitent davantage les grandes œuvres.

C’est en suivant cette voie qu’il y aura une école italienne, c’est dans l’expression des sentiments modernes, dans l’observation des caractères nationaux, que les artistes trouveront les éléments d’une renaissance et non dans les traditions de civilisations disparues.

La sculpture italienne, aussi bien que la peinture, manque de ses plus vaillants champions. Dupré, Fedi Vêla et Tantardini n’ont rien exposé. Je dis rien parce que les petites choses exposées par Dupré, Vêla, etc. ne sont pas assez pour des artistes de cette trempe. En effet, qu’est-ce que deux portraits pour Dupré, qu’est-ce qu’une petite statuette pour Vêla?

On peut considérer cette exposition comme une simple carte de visite. Pour moi, je trouve cela absurde. Si l’artiste expose, il doit exposer quelque chose de nouveau et à la hauteur de sa renommée, ou il n’y tient pas et alors il doit s’abstenir complètement.

Personne n’a oublié le grand succès du Napoléon mourant de Yela, de la Pietà de Dupré et de la lectrice de Tantardini à l’Exposition universelle de 1867.

Pourquoi ces artistes ne sont-ils pas là avec de nouveaux chefs-d’œuvre?

L’œuvre capitale de la section italienne et qui a valu une médaille d’honneur à son auteur, c’est le Jenner pratiquant la vaccine sur son enfant de M. Monteverde.

Ce groupe en marbre, de grandeur naturelle est l’œuvre d’un maître.

Penché sur l’enfant qu'il tient sur ses genoux, Jenner approche la lancette du bras du bambin. Sur la figure pleine de noblesse de Jenner, on lit une inquiétude profonde sur la réussite de sa découverte; le regard pensif est attaché sur la pointe qui effleure l’épiderme de l’enfant; c’est la tête d’un chercheur et d’un penseur.

L’enfant est dessiné et modelé avec une rare perfection, l’ensemble de l’œuvre est distingué; c’est vrai, sincère, vivant; la conception est grande, l’observation soutenue, l’exécution irréprochable. Ce jeune artiste qui est déjà, à juste titre, si célèbre en Italie doit exercer une influence salutaire sur ses compatriotes. Le Jenner de M. Monteverde est non seulement l’œuvre la plus belle de l’École italienne, mais incontestablement une des meilleures de toute l’Exposition.

Il y a parmi les nombreux ouvrages exposés par l’Italie d’autres œuvres, que sans être de la force de celle de M. Monteverde, sont aussi dignes d’être signalées. La Péri de M. Tabacchi, la Cléopâtre et le Bacchus de M. Braga, l’Italien couché de M. Belliazzi, la Bérénice de M. Borghi, un Moïse de M. Barzaghi, le Michel- Ange de M. Majoli, Canaris a Scio deM. Civiletti, le Fanfulla de M. Bortone, la Rose des amours de M. Argenti.

L’école réaliste nous présente des œuvres tout à fait remarquables. Les artistes qui la composent ont de très-grandes qualités, beaucoup d’habileté, un profond sentiment d’observation, le don de la vie et du mouvement; elle a pour chef M. d’Orsi qui expose un groupe : Les Parasites, deux ivrognes, ivres et abrutis, l’un étendu sur le banc, bercé par les rêves de l’ivrogne, l’autre accroupi plutôt qu’assis, hébété et idiot. C’est une œuvre réaliste au premier chef, devant laquelle on est obligé de s’arrêter, car on y sent la touche d’un homme de talent.

Parmi les disciples de M. d’Orsi on peut ranger le petit Pêcheur de M. Gemito qui eut un succès éclatant au Salon annuel.

Les petites statuettes de M. Focardi sont des œuvres réalistes d’un vrai mérite et qu’on ne peut pas passer sous silence.

Nous aurions encore, si nous voulions citer toutes les œuvres qui se distinguent par une habileté de facture, beaucoup d’ouvrages à citer ; la perfection de la pratique est une des qualités distinctives des artistes italiens, mais pour ne pas avoir a copier tout le catalogue, nous y renvoyons nos lecteurs.

Les œuvres citées ont des qualités sans doute très-remarquables, mais la véritable école italienne est surtout dans les œuvres d’un caractère et d’un style élevés, comme le Jenner.

Verres et mosaïques de Venise . — Le nom du docteur Salviati est légué à l’histoire. Il est trop connu pour qu’on puisse se dispenser de lui rendre la justice qui lui revient naturellement, c’est-à-dire d’avoir fait revivre d’abord l’art des mosaïques à Venise et ensuite celle des verres à Murano.

UNE VISITE EN ITALIE

Dès le douzième siècle, les verriers vénitiens décoraient les églises de leurs mosaïques, et, en 1272, ils formaient une corporation puissante. C’est de Murano situé à deux kilomètres de Venise, et déjà connu au treizième siècle par son immense commerce de verroterie avec toutes les parties du globe, que sont sortis ces merveilleux artistes, peintres verriers et mosaïstes dont nous admirons aujourd’hui les chefs-d’œuvre.

Au xvii® siècle l’art des mosaïques était en décadence et avait fini par se perdre tout à fait ; il était si complètement perdu, que les mosaïques de l’église de Saint-Marc se trouvant dans un état pitoyable, on paraissait décidé à les laisser tomber en ruine, car on disait qu’il n’y avait pas des mosaïstes capables de les restaurer et qu’on avait perdu le secret des émaux

Pour opérer le miracle de la renaissance il fallait un homme, et cet homme est le docteur Antonio Salviati.

Avocat de talent, connaissant 5 langues, et ayant une position des plus brillantes, en 1859 il fit un voyage à Rome dans le but de visiter les ateliers des mosaïques du Vatican.

Il resta ébloui et pensif en pensant à l’art de Venise perdu après être arrivé à un si haut degré de perfection. Pourtant il ne se découragea pas; il prit la pâte de verre des mosaïstes romains et retourna à Venise dans la ferme inten- . tion d’étudier et de tout tenter pour ressusciter cet art admirable.

Après de longues et laborieuses études, comptant sur l’aptitude toute spéciale des verriers de Venise et surtout sur le talent hors ligne de l’un d’eux, Laurent Radi, il tenta et obtint l’application des pâtes de verre travaillées avec l’or; c’est alors qu’il fonda un établissement (cédé plus tard à la Compagnie Venise et Murano), une école de dessin et de décoration, encouragea les artistes, développa leur génie. Renonçant à sa profession, il sacrifia son patrimoine et eut le bonheur de rendre à Venise l’art de la mosaïque qui n’existait plus. En 1861, l’administration de l’église de Saint-Marc traita avec lui pour la fourniture de tous les émaux qui seraient nécessaires à la réparation des anciennes mosaïques.

Sept ans plus tard, après avoir obtenu un succès éclatant à l’Exposition de Londres, en 1862, il faisait revivre l’art des verres soufflés.

Le Dr Salviati n’a pas seulement fait revivre une branche d’art classique et spéciale, mais il a ouvert aussi de nouvelles voies à son progrès et à son développement; ainsi il a refondu et soufflé le 'premier la composition très-spéciale appelée avenlurine ; c’est lui qui a découvert un genre de graffito (manière de travail connu sous le nom de fiammna ) tout à fait nouveau, par la combinaison de plusieurs teintes de verres et de dessin dans le même objet, c’est lui qui a inventé la combinaison du verre opalin avec toutes les autres natures du verre (même avec la composition de l’aventurine) eh dépassant les verres opalins anciens, très-rares aujourd’hui, qui sont toujours unis; c’est encore à lui qu’on doit la splendide découverte d’une imitation du craquelé dans les verres soufflés ’ et enfin c’est à M. Salviati qu’on doit la reproduction des types les plus artistiques en verre de Murano, épars dans les musées de l’Europe.

En 1867, après de nombreux succès, consacrés par toute une série de récompenses, il forma, avec de riches anglais, une compagnie qui s’appela d’abord Salviati et ensuite compagnie de Venise et Murano dont il resta le directeur artistique jusqu’en 1877.

Depuis un an M. Salviati a repris son indépendance et il expose à côté de l’an-

cienne compagnie dont il fut le eréateur. On peut dire que tout ce qu’il y a là a été inspiré par son souffle; donc parle fait M. Salviati a une double exposition.

On a beau dire qu'une fois qu’on a quitté une compagnie tout ce qui reste appartient à cette compagnie. On peut vendre l’objet mais on ne vend pas le génie créateur. La gloire d’un artiste dépasse les limites des raisons commerciales , elle a des ailes, elle se répand dans l’univers. Les misères humaines ont une courte existence et finissent par s’oublier, mais il y a une chose qui reste et défie les siècles, c’est la gloire d’un artiste.

Les mosaïques de M. Salviati sont tout à fait supérieures.

La tête du Christ couronné d’épines, d’après l’original de Guido Reni qui se trouve dans la Galerie de Dresde, et la madone d’après Carlo Dolce, sur un fond d’or ombré sont les chefs-d’œuvre de l’exposition italienne.

Une lunette qui représente le Père Éternel, inspiré de Michel-Ange; un grand Christ, style byzantin du treizième siècle, fac-similé de celui qui se trouve au-dessus du portail de l'église de Saint-Marc ; quatre anges d’après Fra Angelico destinés à une église anglaise ; un portrait de Charlemagne sur fond d’or^ les portraits du roi Humbert et de la reine Marguerite sur fond couleur ombrée, d’un modelé surprenant, dont ce dernier se trouve dans le vestibule de la section italienne ; le portrait du Dr Salviati, en mosaïque romaine ; et enfin plusieurs échantillons de figures, ornements, médaillons, etc. en différents styles, pour servir à l’histoire de l’art de la mosaïque.

Les verres soufflés sont presqu’une spécialité de l’ile de Murano. Il existe une grande différence entre le verre de Murano et les verres des autres nations, qui sont essentiellement coulés, moulés, taillés. La verrerie autre que celle de Murano tient plus à la nature du cristal que l’on cherche à imiter. Le verre a beaucoup de transparence et de brillant, il est plus lourd, se refroidit plus vite et ne permet pas d’y travailler, d’y retoucher longtemps.

Le verre de Murano , bien inférieur à l’autre pour ses qualités, a l’avantage de permettre à l’ouvrier de tirer parti de sa nature spéciale et de faire ressortir d’autres qualités qui sont inhérentes à sa nature. Travaillé à la main, sans l’aide de moules, ni sans nécessiter de taille successive, il peut être réduit aussi mince et léger que possible, et tout en gardant un éclat spécial et une apparence étrange toute particulière, il donne à l’ouvrier le loisir d’intercaler dans les parties incolores toutes les nuances que la science et l’expérience ont su découvrir et d’imprimer à l’objet, maintenant dans un état de fusion partielle,. toutes les formes plus ou moins capricieuses, mais complètement élégantes, que son talent, son goût et sa fantaisie lui suggèrent.

L’ouvrier de Murano n’a pour tout outil, qu’un fer creux à souffler, quelques pincettes et des ciseaux; ce qui fait que les produits de son talent ne peuvent atteindre la perfection des verres de Bohême et de France, etc., mais par contre ils présentent d’autres qualités, tout en se faisant remarquer par leur légèreté, leur élégance, par la beauté et la variété de leurs couleurs et de leurs formes, sans ‘compter la modicité de prix qui est la base indispensable de toute industrie.

Ce qu’il y a de plus remarquable dans les verres soufflés de M. Salviati, c’est d’abord une grande coupe dont la partie supérieure (ainsi que le pied) est d’une nature de verre à couleurs multiples, mêlés même à l’aventurine, auquel, on donne le nom de variopinto et qui a le diamètre de 0,73 et mesure 0,51 cent-

UNE VISITE EN ITALIE

de hauteur avec un bord ondulé; à la tige il y a cinq dragons en verre, vert •aventurine. Cette pièce est un vrai tour de force sans pareil dans le palais de l’Exposition.

Viennent ensuite trois calices avec couvercle (d’après l’original possédé par M. Guggenlieim) dont deux plus petits en verre jaunâtre ancien (pagliesco) l’autre très-grand, ayant chacun la tige à plusieurs rangs superposés en compartiments perçés et entrelacés par des filets en spirale, des boutons, des nœuds et d'autres ornements. Le plus grand mesure une dimension d’un mètre 18 à laquelle on n’était pas arrivé jusqu’à présent.

Parmi plusieurs verres de formes et couleurs différentes qui se distinguent par leur légèreté, je me borne à en citer quelques-uns où la légèreté est plus difficile à obtenir à cause de la forme compliquée ou de la grandeur de l’objet. Un grand vase en verre uni à forme romaine, qui, quoique de dimensions extraordinaires, est très-léger et d’une forme pure et gracieuse ; une carafe émaillée et dorée ; quelques autres carafes en verre uni et coloré de la même forme ; plu- , sieurs calices et coupes à tiges minutieusement travaillés d’après le style ancien, etc.

Il y a encore une collection de verres irisés de différentes formes et couleurs. •C’est la première fois que l’on a appliqué l’irisation aux verres de Murano. Cette belle découverte de l’irisation artificielle, qui est due à la France, a été appliquée avec succès aux verres de Venise par M. Salviati; enfin un vase cylindrique bleu roi soufflé, tout d’une pièce, en forme de reliquaire en argent, de l’époque byzantine dont la partie en métal représente une sorte de résille en argent, à travers les mailles de laquelle le verre ressort en gouttelettes saillantes. Celle-ci est une pièce d’un mérite hors ligne.

M. Salviati expose encore une collection assez importante de verres émaillés, collection qui est un véritable spécimen de tous les genres et styles depuis les types vraiment artistiques jusqu’aux objets décoratifs.

Parmi ces objets, voici les plus dignes d’attention : tasse en verre violet trèsfoncé, copie exacte de celle qui fait partie du trésor de Saint-Marc à Venise. — Un grand vase à piédestal et couvercle en style véneto-byzantin. — Le portrait émaillé du roi Humbert sur fond blanc. — Deux plats émaillés sur verre uni, représentant le Christ et la Madone qui existent en mosaïque dans l’église de Saint-Marc. — Une coupe Beroviero fac-similé de la célèbre coupe qui se trouve dans le musée Correr à Venise.

Les verres murrhins, anciens mille fleurs , sont tout à fait intéressants parce qu’ils ne sont pas faits à l’aide de la presse et se recommandent pour la modicité du prix. M. Salviati tient beaucoup à conserver la tradition, à perfectionner son système et à rendre ses verres accessibles à toutes les bourses.

Enfin les verres chrétiens, les lustres et les miroirs complètent cette magnifique exposition.

M. Salviati a un lustre oblong à 100 bougies en verre opale avec décoration en couleurs très-douces et variées, qui est vraiment splendide et qui est le couronnement complet de la belle collection qu’il a pu présenter dans l’espace plus que restreint de 10 mètres.

C’est un de ces miracles que le Dr Salviati seul peut faire.

La Compagnie dite de Venise et Murano expose de son côté des choses admi-

râbles. Elle semble au premier abord môme supérieure à celle de son créateur et de son directeur d’hier, mais l’emménagement y est pour quelque chose. La compagnie de Venise et Murano a fait les choses comme il faut ; elle a voulu tirer profit de tous les artifices possibles et elle a réussi à donner à ses vitrines un éclat particulier. Les objets ainsi conservés sont à l’abri de la poussière, ce qui n’est pas le cas de M. Salviati.

Certes, il y a dans cette exposition quelques objets qui sont plus perfectionnés que certains de M. Salviati, mais cela tient à ce que la compagnie de Venise et Murano se sert de la presse pour les verres soufflés, ce qui fait que la comparaison n’est plus possible. Le prix explique le reste.

Les mosaïques me semblent incontestablement inférieures; pourtant il y a certaines choses remarquables, entre autres : une grande lunette représentant la Descente de la Croix, d’après Planschmit, peintre allemand ; la copie d’une lunette représentant un des signes du zodiaque d’après Raphaël. Le portrait de Victor-Emmanuel qui se trouve dans le vestibule, est aussi bien saisi, mais la corniche est exécrable.

Parmi les verres émaillés, je remarque la coupe nuptiale Beroviero pareille à. celle de M. Salviati, et la copie de la fameuse tasse de Saint-Marc.

Parmi les verres romains il faut noter tout spécialement les pièces suivantes : grand plat en murrhine transparent d’après le musée national de Naples; vase Cantharos en murrhine à deux anses d’après la collection d’Alexandre Castellani ; gobelet en argent perçé à jour, fac-similé d’un gobelet du British muséum; une coupe entre deux couches de verre blanc et bleu, dont la couche extérieure gravée au burin porte des rinceaux en haut relief dans le style du xive siècle. Cette pièce est très-remarquable.

La coupe diatrète de Cologne en verre transparent, d’après la collection de Cari Disch de Cologne, est aussi une pièce rare.

Le grand lustre fac-similé du lustre à croix qui est suspendu au milieu de l’église de Saint-Marc, ne présente pas la difficulté d’exécution qu’on lui prête.

M. Davide Bedendo expose plusieurs tables et coffres en mosaïque qui sont de véritables chefs-d’œuvre.

La principale pièce de cet artiste est une table avec incrustations en mosaïque, émaux en verre, appartenant au style vénitien. Cette table au dessin byzantin d’une élégance hors ligne, qu’on doit à M. Cadorin, professeur à l’Aeamie des Beaux-Arts, mesure 1,25 cent, de longueur sur 90 de largeur et a demandé 18 mois de travail. 11 y a vingt qualités d’émaux, imitation de lapislazuli, aventurine, etc. Vient ensuite une autre table, style bizantin, ornée d’une grecque qui est très-remarquable pour ses teintes harmoniques et gracieuses.

Son coffre étrusque, style mauresque, est une merveille, mais ce qui mérite les honneurs de cette exposition c’est un coffre en mosaïque bizantine, en haut relief, qui représente un bouquet de fleurs et qui est le nec plus ultrà , de la finesse et de l’élégance.

Un autre objet qui mérite toute l’attention des riches visiteurs et des artistes, c’est une boîte d’un seul morceau d’aventurine en mosaïque.

M. Bedendo expose aussi de la bijouterie artistique, des lustres, des verres filés et tissus, des perles de Venise et une quantité d’autres petits objets. Gt EXPOSITION DE 1878. — TOME IX 12

UNE VISITE EN ITALIE

qu’il y a de plus remarquable dans les verres tissus c’est un chapeau d’une souplesse inouie.

1 Ce jeune artiste mérite vraiment d’être encouragé.

* L’ingénieur Olivotti s’occupe presqu’exclusivement de perles de Venise et il eh a presque toute une collection. La perle de Venise d’un excessif bon marché répon d admirablement aux besoins des nations civilisées ; ainsi on en fdit un usage énorme pour parures de bal, colliers, boucles d’oreilles, coiffures et autres objets de luxe.

A Venise, l’art du perlaire , ou fabricant de perles à la lampe, constitue une des principales branches de l’industrie verrière, et une spécialité unique de l'Italie : cette industrie donne du pain à plus de dix mille personnes des deux sexes.

M. Olivotti expose encore une quantité considérable d’objets en verre filé comme : des cravates, des panaches, sous lampes, paniers, et des corbeilles à fleurs, qu’on peut laver à l’eau fraiche sans leur faire perdre la forme.

Enfin il expose des lustres, des glaces, des miroirs et une foule de petits objets à la portée de toutes les bourses.

M. Macedonio Candiani expose toute une collection de vases de Corinthe qui sont très-appréciés par le public qui ne se lasse pas d’acheter, ainsi chaque qbjet porte-t'il 4 ou 5 étiquettes avec l’inscription : Vendu. M. Candiani s’occupe tout spécialement de ce genre, de façon qu’il est parvenu à y apporter des modifications tout à fait heureuses.

■ Meubles . — La salle des meubles est une des meilleures de la section italienne et c’est dommage qu’on ait disposé ces beautés avec un véritable sans gêne.

Dans la section française les meubles sont disposés avec un luxe et une élégance qui font honneur à la France, tandis que l’Italie, malgré tout l’argent qu’elle a dépensé, car il est certain que la dépense a été fort grande, se trouve à la queue de toutes les nations.

La place d’honneur est due aux meubles sculptés du professeur Frullini de Florence qui traite le bois comme on traiterait la cire et qui s’amuse, à reproduire des feuillages, des fleurs, des oiseaux avec une telle perfection et légèreté qu’on les croirait plutôt collés, que sculptés.

* Ses bas reliefs, en bois, sont de véritables chefs d’œuvre. Le plus remarqiiable est celui qui représente la charité.

Cet artiste aura certainement le premier prix.

'"Coffre Bernacchi. — Le coffre des frères Bernacchi de Forli, fig. G, n’est pas seulement remarquable, c’est un vrai chef d’œuvre.

Ce meuble en ébène avec incrustations en nacre et en ivoire, a demandé cinq ans de travail à son auteur, qui s’y est dédié avec la patience d’un bénédictin, et est arrivé à en faire un chef d’œuvre de perfection aussi bien à l’intérieur qii’à F extériéur. .

Les frères Bernacchi ont voulu s’éloigner du système du xvie siècle pour imiter le système Plinter qui est une coloration de la nacre. Ce que Plinter fait à l’aide de la peinture, les frères Bernacchi l’on fait par l’heureuse combirtaison de petits morceaux de nacre aux couleurs naturelles, et ont réussi à faïre’ün jolrnid. d’oiseaux aux plumes, fantastiques.

Fig. 6. — Coffre Bernacchi.

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L’intérieur représente un superbe salon en bois rose, nacre, ivoire avec galeries latérales ornées de glaces d'un dessin à la fois élégant et correct. En poussant un ressort ce salon vous ménage de véritables surprises.

Les paneaux latéraux extérieurs cachent aussi des secrets, entre autres un coffre fort d’une solidité indispensable.

Cette œuvre, dont vous pouvez constater la beauté par la gravure ci-contre, n’a pas été prise en considération par le Jury ; cela prouve une fois de plus que cette institution a besoin d’une réforme radicale. Nous qui sommes à notre façon un jury, donnons une palme à MM. Bernacchi en leur consacrant le> frais d’une gravure.

La bibliothèque du professeur Morini de Florence, quoique de proportions gigantesques, mérite d être signalée, ces sculptures sont d’une telle finesse et précision quelles résistent facilement à la critique la plus sévère.

La Fioriera de M. Ottajano de Naples représente un souvenir de Pompei. Dans ce travail il y a l’artiste antiquaire, et l’artiste sculpteur. Les bas reliefs sont très-remarquables et cet artiste est destiné à un grand avenir. C’est le seul qui pourra se mesurer, un jour, avec M. Frullini.

Viennent les travaux de F. Toso de Venise; c’est un artiste d’un véritable talent.

11 faut encore remarquer tout spécialemant le coffre historié de M. Joseph Bertolotti de Savone, qui présente un ensemble architectonique de premier ordre et qui est tout à fait remarquable pour ses tableaux et ses perspectives en mosaïque, en bois de couleur naturelle.

Au sommet du meuble s’élève la figure symbolique de X Amour de la patrie , tandis qu’au soubassement sont placées des statues qui représentent l'industrie navale, la mécanique , Xagricullure , le commerce, qui sont la principale source de la richesse des nations.

Les tableaux et les perspectives reproduites sur les panneaux de l’armoire représentent la mort de Virginie, la mort de Jules César, Coriolan, Camille, les temples de Vesta et de Jupiter, le tombeau des Scipions et le Colysée.

Cela prouve que cet artiste a fait de son meuble une espèce d’illustration en profond connaisseur des arts et de l’histoire.

Cette œuvre est d’une difficulté sans pareille, les moindres nuances étant dues ;\ différents morceaux de bois de couleur naturelle.

Le lit dans une armoire de M. Lodovico Elli de Milan est une invention à la fois commode et utile. On peut dire que M. Elli a voulu prémunir le public contre les restrictions toujours plus croissantes que les architectes apportent aux nouveaux bâtiments de Paris. Celte armoire à glace est une balte à surprise. Par un système fort spirituel elle se transforme en un lit avec tous les accessoires nécessaires, tels que table de toilette, siège, table de nuit, porte manteaux etc. Cette œuvre ingénieuse ne coûte que 450 francs.

Les frères Louis et Almerigo Gargiulo de Sorrento exposent un piano, deux buvards et un tableau en mosaïque d’une admirable finesse et d’un style très correct. Le piano est composé d’un million de morceaux. Dans la section française on trouve aussi des travaux de ce genre, mais les difficultés sont peintes, tandis que les frères Gargiulo surmontent toute difficulté à l’aide de la mosaïque.

La forme du piano est très élégante et marque un véritable progrès.

Je n’aime pas le coffre de M. Yung de Milan. Malgré la réclame qu’on lui fait, c’est un travail de troisième ordre.

Les sculptures en bois de M. Bésarel sont admirables ; très remarquable la chaise de M. Barbetti, très bien la corniche sculptée de M. Del Lotto et le meuble de M. Giovanni Domenico.

Les coffres en ébène, avec incrustations en ivoire, de M. Gatti de Rome sont les meilleurs de la section et peut-être de toute l’Exposition.

M. Antonio Catalano expose un système de reproduction de monuments sur des tables peintes avec incrustation de nacre. C’est une espèce de système Plinter avec la différence que la nacre, au lieu d’être peinte, se marie avec les couleurs et produit un effet surprenant. Ces tables sont bien supérieures, à celles du Japon et pour la résistance du vernis, inaltérable, et pour la variété des sujets. Il a reproduit le Colysée, le dôme de Milan et tant d’autres monuments d’un effet irrésistible et le public lui fait fête en achetant le même objet plusieurs fois.

La beauté des tables est la meilleure réclame du monde.

Enfin le Pantliecnicon du professeur Caponetti de Palerme complète cette intéressante exposition. Ce meuble est destiné à renfermer des manuscrits précieux et des autographes.

Ce meuble est toute une allégorie et la conception en est vraiment grandiose. Il y a là d'abord un lion qui serre dans ses griffes le symbole du temps, ce qui explique l’amélioration de l’homme par le bon usage du temps; des fragments d’alphabet qui représentent les littératures et les moyens de transmission de la pensée ; une allégorie qui regarde les hommes qui meurent ayant atteint leur but et ceux qui trépassent sans l’atteindre ; enfin une foule de choses qui ont trait à la civilisation ancienne et moderne.

C’est un travail d’un mérite réel et pour la conception et pour l’exécution.

Somme toute la Salle des meubles fait honneur à l’Italie.

Machine stênographique Michela. — La machine sténographique Michela suffit à elle seule pour faire honneur à l’Exposition italienne de 1878.

Le professeur Antoine Michela après avoir achevé ses études de philosophie se dédia à l’enseignement, afin d'analyser tous les éléments phoniques propres au langage humain.

Assisté dans la partie anatomique, par feu le Dr. CharlesMathieu Gozzano, il eut d’abord l’idée de faire une tête parlante pour se livrer à des expériences qui auraient dû aboutir à l’invention d’un alphabet universel ; mais il abandonna ce projet pour se dédier entièrement à la sténographie, chose à la fois plus pratique et plus utile.

Après 19 ans d’enseignement élémentaire et 11 ans d’enseignement du dessin à l’école technique d'Ivrée, il se retira pour se livrer tout entier à l’application des idées acquises. Le fruit de ses labeurs fut le seul auxiliaire de ses expériences.

. Après toute une série d’expériences et de sacrifices il est arrivé à perfectionner et à donner aux facultés humaines un auxiliaire de tous les instants et à doter le monde d’une découverte magnifique, qui n'a peut être pas encore la réputation du phonographe d’Edison, mais qui rendra certainement beaucoup plus de services.

UNE VISITE EN ITALIE

Rien de plus simple que cette machine, et cependant elle donne des résultats vraiment surprenants, dépassant ceux obtenus par les meilleurs systèmes connus jusqu'à ce jour, l’art de fixer instantanément la parole, au moyen de signes sténographiques.

Il s’agit simplement d’un double clavier composé d’une vingtaine de louches et dont le doigté est exactement le môme que pour le piano.

A mesure que l’on parle, le sténographe appuie le doigt sur telle ou telle touche et chaque mot, chaque syllabe sont instantanément reproduits phoniquement par des signes de convention sur une bande de papier tels que dans l’appareil télégraphique Morse.

Michela a classé tous les sons qui peuvent sortir du gosier humain. Pas un d’eux n’a échappé à sa recherche. Aussi toutes les langues et les idiomes de l’univers peuvent être reproduits par la machine Michela.

Elle a l’avantage d’être à la portée de tout le monde. Le prix est minime, le transport très commode car on peut la placer dans un sac de voyage* le moyen de s’en servir très facile.

En quinze jours, le premier venu peut écrire l’improvisation d’un orateur,, sans perdre un mot, sans oublier une syllable. L’homme parle, la machine écrit. Le sténographe le plus habile est forcé de s’incliner devant la machine Michela.

Que de sténographes ne connaissent que leur propre langue? La machine Michela les connaît toutes.

Voilà la véritable musique de V Avenir !

On peut ainsi, sans pratique ni tension d’esprit, reproduire de la manière la plus fidèle les discours parlementaires, les débats judiciaires, etc., et cela pendant plusieurs heures de suite et dans toutes les langues connues.

La machine sténographique Michela est une des plus belles et plus utiles inventions du siècle. Elle commencera par prendre place dans les assemblées législatives et finira par être adoptée dans les écoles afin de faciliter la tâche à la fois des maîtres et des élèves.

Sans doute elle est destinée à faire le tour du monde.

Préparations anatomiques du Docteur Marini. — Les préparations anatomiques et les pièces conservées du Docteur Efisio Marini tiennent du prodige. Le Docteur Marini n’est pas un inconnu en France.

Arrivé en retard pour concourir à l’Exposition universelle de Paris en 1867. il fut reçu par l’Empereur qui lui remit une lettre pour le Docteur Nélaton avec prière d’examiner ses travaux d’anatomie et de pétrification et d’en faire l’objet d’un rapport particulier.

Le Docteur Nélaton demanda entre autre choses, à M. Marini de ramener à sa fraîcheur naturelle un pied déjà sec, puis pour en constater l’identité, il pratiqua un trou à travers les os et y passa un ruban dont il scella les extrémités par une carte de visite sur laquelle il écrivit les paroles suivantes : Pied à l'état sec, vu le 20 janvier 1868. Nélaton.

Après quelques jours de préparation, le pied présentait tous les caractères de fraîcheur et de coloris, et ce célèbre anatomiste put découvrir l’artère pedidea et l’artère tibiale avec tous leurs rapports, et susceptible d’être injectées, de façon que convaincu de l'excellence du procédé, le docteur Nélaton écrivit, sur la même carte sur laquelle il avait écrit le 29 janvier, la déclaration suivante c

Ce même pied examiné le 26 février , a repris sa souplesse assez complètement pour que fai pu disséquer assez facilement le muscle abducteur du cinquième orteil. Nélaton. -,

Le pied en question figure aujourd’hui à l’Eposition universelle et tout le monde peut l’observer.

Les pièces exposées par le Dr Marini sont au nombre de neuf et toutes ont une importance spéciale.

Le célèbre naturaliste et chirurgien nous fait voir la pétrification des tissus organiques, la momification transitoire des mêmes tissus et enfin leur conservation indéfinie à l’état frais.

En effet, nous pouvons constater la pétrification par un sein de femme qui a la solidité du marbre, tout en conservant la forme, la couleur et les proportions normales* On peut adopter la pétrification pour la conservation des cadavres entiers, comme M. Marini l’a fait pour la dépouille mortelle du professeur Martini et du marquis d’Aflitto, après l’avoir conservé pendant un an à l’état frais. Par le même moyen il a conservé le cadavre du célèbre pianiste Thalberg. Ceux de Settembrini et Villari se conservent toujours souples depuis 18 mois. ^

La pétrification peut avoir une application importante pour les préparations antropologiques.

La momification nous est démontrée par une main moitié à l’état frais, moitié à l’état sec qui peut être réduite à l’état frais moyennant un bain.

Mais ce qui est le nec plus ultra de l’invention et qui est destiné à rendre un grand service à l’humanité, c’est la conservation des tissus organiques à l’état frais.

Le docteur Marini nous fait voir un bras pris en 1864 à l'École pratique de Paris dans lequel existe encore le sceau et la signature du docteur Sapey avec cette inscription :

Paris, 14 novembre 1864. La main est à l’état sec. C. Sapey.

Et plus bas il écrivit :

Le 2 o novembre 1864, Cette main a repris sa flexibilité et tous les caractères qu’elle présente à l’état frais. C. Sapey.

Tous les organes qui entrent dans la composition de cette extrémité supérieure, c’est-à-dire : la peau, tissus adipeux, nerfs, muscles, ont conservé le volume, la couleur, la consistance et la flexibilité que présente un cadavre frais et pas encore rigide.

Il nous présente encore un pied à l’état frais permanent.

Ce systèmE est adopté pour la conservation des cadavres entiers, pour les études anatomiques, pour la préparation des modèles nécessaires aux écoles de dessin et pour l’administration de la Justice. Ce dernier fait mérite d’être pris en sérieuse considération, car on pourra conserver des cadavres à la morgue pendant un temps illimité, ce qui a une importance capitale. Que de cadavres ne sont-ils inhumés à cause de la putréfaction trop avancée et sans que la justice ait pu constater leur identité. Avec le système du docteur Marini, excessivement bon marché, — chaque préparation ne coûte qu’un franc de dépense — on peut conserver un cadavre à la morgue pendant un temps indéfini. N’y a-t-il pas là la solution d’un problème capital pour l’administration : de la justice et pour l’hygiène? Que de piqûres qui sont fatales par l’absorption du pus ! Les préparateurs d’anatomie doivent en savoir quelque chose et ils

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apprécieront extrêmement cette méthode qui les met dorénavant à l’abri de tout inconvénient, car la préparation du docteur Marini a la propriété de neutraliser l’action spécifique du pus ou de toute autre cause d’infection.

Le cœur blessé d’un coup de couteau conservé à l’état de fraîcheur et de coloris naturels est encore une préparation des plus importantes pour l’administration de la justice, c’est-à-dire pour établir les faits précis dans un procès criminel, où l’idéal a une si large part, faute de preuves incontestables. A l’aide de cette preuve indiscutable, MM. les Jurés pourront se convaincre aisément si un individu a pu blesser un autre pour simple défense ou si la trahison y est pour quelque chose. Dorénavant il ne sera plus nécessaire de s’en rapporter aux relations d’un expert plus ou moins passionné, plus ou moins fidèle, mais tout le monde pourra apprécier.

Tous les Jurés qui ont observé le bras avec les muscles, préparés anatomiquement, ont été frappés de la fraîcheur, couleur, souplesse et exactitude des rapports anatomiques.

Le Jury de la classe XIV (hygiène) propose à l’unanimité le docteur Marini pour un premier prix. C’est le moins qu’on pouvait faire.

Nous reviendrons encore sur l’Exposition de l’Italie, et nous nous proposons aussi de faire sur chaque pays une courte, mais suffisante analyse des produits représentés à l’Exposition.

Fig. 7. — Lo Pavillon do la Russie.

Le Frigorifique

Les visiteurs qui vont à l’exposition en suivant la rive droite de la Seine, ont certainement remarqué le long du quai de Billy, un magnifique navire construit pour résister aux fureurs de l’Océan et qu’on est fort étonné de trouver à l’ancre sur les paisibles eaux de la Seine. Ce navire c’est le Frigorifique , retour de la Plata. On se souvient de la magnifique cérémonie qui signala son départ de Bordeaux ; L’archevêque Mgr Donné alla lui-même appeler la bénédiction du ciel sur l’entreprise hardie dont le succès devait amener le bien être dans tant de ménages pauvres ou la viande est de jour en jour plus rare.

Par suite de circonstances dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer ici, et contrairement à ce qu’on était en droit de prévoir puisque le voyage avait réussi au delà de toute espérance, le retour du Frigorifique est passé presqu’inaperçu. Après une traversée de 115 jours dans les mers les plus chaudes du globe les viandes chargées à la Plata ont été débarquées à Rouen, transportées, dépecées, vendues et mangées à Paris sans que le public s’en soit presque douté. Ce silence fait autour des résultats d’une œuvre aussi éminement sociale était de nature à en compromettre gravement la réussite. Aussi M. Ch. Tellier n’a-t-il point hésité à venir montrer à Paris et au monde entier qui s’y donne en ce moment rendez-vous comment il a résolu ce problème si difficile de la conservation des matières putrescibles.

De tout temps on a su qu’à l’aide du froid on pouvait conserver la viande, mais la question était à la fois de produire ce froid à bon marché, de le produire dans des conditions qui permissent la conservation la plus longue possible.

Depuis quelques années et, si nous ne nous trompons point, postérieurement aux premiers travaux de M. Tellier, les Anglais ont construit des navires pour apporter à leur métropole les viandes du Canada Là le froid est simplement produit par un courant d’air passant sur de la glace et ce procédé élémentaire est suffisant pour dans l’espèce puisqu’on n’a à faire qu’une traversée de quelques jours dans les mers septentrionales ; mais on ne pourrait tenter un voyage plus long.

M. Tellier a prouvé, par de nombreuses expériences faites en 1874 et 1875 dans son usine à Auteuil que la conservation presqu 'indéfinie des viandes pouvait être obtenue en les plaçant dans une atmosphère à peu près sèche et variant de 5 à 6° autour de la température de la glace fondante ; en d’autres termes, la chaleur jointe à l’humidité déterminent la corruption de la viande et le trop grand froid la décompose d’une autre manière.

Pour obtenir ce résultat M. Tellier a commencé par établir au milieu de son navire un immense magasin où les viandes sont suspendues. Les parois de ce magasin, qui sont en grande partie celles du navire, sont formées de matières isolantes renfermées entre deux enveloppes; l’extérieur est calfaté avec tout le soin possible; l’intérieur est au contraire en plaques de tôle munies d’une grande quantité de fentes analogues à celles des persiennes économiques afin de faire participer la matière isolante à l’effet de dessication dont je vais parler.

La dessiccation et le refroidissement de l’air intérieur s’obtiennent en mêmetemps.

Dans les différentes parties du magasin on voit s’élever de gros cylindres verticaux ; ces cylindres renferment une série de petits tubes contenant une matière réfrigérante dont j’expliquerai tout à l’heure la nature; si on les regardait par un de leurs bouts ces cylindres ressembleraient aux chaudières tubulaires des machines à vapeur, et en effet ils ont une destination analogue. Au moyen d’une machine soufflante placée à l’avant du navire l’air du magasin est constamment aspiré, puis projeté dans l’extrémité supérieure des cylindres où il se refroidit jusqu’à une température voisine du zéro en même temps que son humidité se dépose, sous forme de givre, sur les parois métalliques des tubes, puis il ressort par l’extrémité inférieure pour rentrer de nouveau dans la chambre ou il est repris par la machine soufflante pour accomplir le même trajet indéfiniment. On conçoit que si un homme a eu soin d’essuyer le givre, au bout de deux ou trois voyages circulaires l’air doit être parfaitement sec ; cela serait vrai en effet sans la difficulté d’avoir des parois extérieures parfaitement étanches et surtout sans l’humidité dégagée par la viande, ce qui est positif c’est qu’elle ne se produit jamais en assez grande quantité dans l’intérieur des cylindres pour gêner le fonctionnement du système.

Voyons maintenant comment s’obtient la matière réfrigérante contenne dans les tubes.

La première condition à remplir c’était d’avoir une substance qui fut à la fois très froide et liquide afin de pouvoir circuler entre le magasin qu’il s’agissait de refroidir, magasin qui doit rester autant que possible privé de toute communication avec l’extérieur, et l’atelier de production du froid. M . Tellier a trouvé les conditions requises dans la solution de chlorure de calcium. Quand on abaisse jusqu'à 8 ou 10° au dessous de 0 cette substance elle ne se gèle pas, par suite elle ne risque pas de briser les tubes. Elle se cristallise en partie; les cristaux, très-aqueux, sont presque sans consistance et surnagent dans le liquide en excédant sans en détruire la mobilité.

Il s’agissait ensuite de produire du froid, et cela non point avec de la glace dont l’emploi entraîne des approvisionnements considérables, mais à l’aide d’une matière qui put, pour ainsi dire, servir indéfiniment sans avoir besoin d’autre régénérateur que les forces mécaniques dont on dispose sur un bateau à vapeur. M. Tellier a employé l’éther méthylique. Ce corps préparé pour la première fois en 1852 par MM. Dumas et Péligot s’obtient par la réaction de l’acide sulfurique sur l’esprit de bois ; il est gazeux à la température ordinaire et se liquéfie sous la pression atmosphérique à la température de — 30°. A la température ordinaire il se liquéfie sous une pression de 8 atmosphères. Il peut être respiré sans aucun danger et de plus son odeur, qui rappelle celle de la pomme, permet de constater facilement les fuites des appareils où il est renfermé.

Supposons maintenant des cylindres verticaux munis à l’intérieur de petits tubes, comme ceux que nous avons déjà trouvés dans le magasin, mais sous des dimensions plus petites. Mettons dans ces tubes du chlorure de calcium ; dans les cylindres et autour des tubes jusqu’au 1/3 de leur hauteur environ de l’éther méthylique liquide. L’évaporation de cet éther produira du froid et l’expérience prouve que la température du chlorure de calcium descend jusqu’à 8 à 10° audessous de zéro.

La vapeur d’étlier s’échappant par la partie supérieure des cylindres est amenée dans un réservoir en tôle enveloppé d’eau à la température ordinaire et constamment renouvelée ; là ces vapeurs sont soumises à une compression de 8 atmosphères, et c’est de ce réservoir même que part l’éther liquide pour se rendre dans les cylindres producteurs du froid. Supposons enfin les tubes de ce» cylindres qui contiennent du chlorure de calcium à 8° en communication avec les tubes des cylindres du magasin de manière à obtenir un courant d’aller et de retour et nous aurons toute l’économie du système.

Ainsi nous trouvons dans le Frigorifique trois courants circulaires continus qui; s'effectuent sans aucune déperdition de la matière circulante ; la seule matière dépensée c’est le combustible pour produire la force motrice, de telle sorte queie’est en allumant du charbon qu’on maintient le froid. Ces courants sont comme nous l’avons dit :

1° Le courant d’air dans l’intérienr du magasin destiné à entraîner l’humidité qui peut arriver par les parois ou se dégager des viandes.

2° Le courant du chlorure de calcium froid destiné à abaisser la tempéra-* ture de l’air ci-dessus jusque vers le zéro et à le débarasser de son humidité par la condensation.

3° Le courant d’étlier mithylique qui par sa vaporisation amène le courant del chlorure de calcium à une température voisine de 8°. !

Quels sont les résultats? voilà la grosse question qu’on peut envisager au. point de vue de qualité de la viande et à celui du prix de revient.

Comme je l’ai dit au commencement de cet article les viandes prises à la Plata ont subi 115 jours de traversée sans se corrompre : arrivées à Paris elles ont été détaillées sans soin et livrées à la dégustation. Je ne suis point de ceux qui ont pu juger par eux-mêmes; mais des renseignements que j’ai pu recueillir il résulte ceci. Les viandes de boucherie conservent toutes leurs qualités pendant les 40 à 45 premiers jours; elles deviennent même plus tendres: quand le séjour au magasin du Frigorifique se prolonge, cette dernière qualité s’exagère au point de devenir le sujet d’une sorte de répugnance mais seulement pour les gens qui sont prévenus. Au bout du premier mois les viandes ont généralement perdu, par suite de leur dessiccation, le 10 % de leur poids; passé ce délai, la perte causée par l’évaporation diminue, elle n’est plus que de 5 % pendant la période du 2e mois ; au delà la dessiccation continue toujours mais très lentement, car M. Tellier a pu constater dans ses expériences d’Auteuil qu’au bout de 8 mois, la chair extérieure avait encore assez de souplesse pour rester compressible sous l’action des doigts. Cette dessiccation progressive qui finirait par momifier complètement la chair n’a point d’inconvénients dans les limites ordinaires de la pratique ; elle crée au con traire à la surface des viandes une couche imputrescible qui préserve dit-on l’intérieur même après que la viande est retiirée du magasin conservateur, et il suffirait d’enlever cette couche au moment delà cuisson.

Il importe de mettre en garde ceux qui s’intéressent à la question contre une cause d’erreur qui s’est produite lors de la dégustation des viandes importées.

Ces viandes provenaient d’animaux sauvages abattus à la Plata et elles avaient un fumet tout particulier qui a dérouté bien des gens. M. Tellier a en ce moment dans ses magasins des viandes de Paris ; si elles résistent à nos chaleurs tropicales de juin et juillet je crois qu’on pourra être édifié.

Reste la question du prix de revient ; là est l’aléa. L’entreprise est encore dans la période des dépenses improductives; tout dépend de la sagesse avec laquelle l’alFaire sera menée. Il faut que les transactions soient assez importantes pour permettre de créer dans les pays producteurs des établissements fonctionnant dune manière continue; il faut que tous les déchets, peaux, cornes, os, soient utilisés et autant que possible mis en œuvre sur place ; il faut trouver un lest suffisamment rémunérateur pour utiliser le voyage d’aller; il faut surtout que l’argent des actionnaires ne serve pas, avant tout, à favoriser des spéculations de bourse.

Suivant toutes les probabilités, et d’après l’expérience déjà acquise, on peut dire ceci : un bœuf coûte 5 fois plus cher en France que dans les pays producteurs et on pourra donner la viande importée à moitié des taux actuels.

Que M. Tellier me permette de lui faire ici une observation qui, du reste, ne s’adresse pas spécialement à lui, mais à presque tous les exposants. Quand on expose une chose, c’est pour que tout le monde puisse se rendre compte des avantages qu’elle présente; il faut donc que le public trouve toujours sur les lieux un cicérone ou une notice qui lui fournisse les explications dont il a besoin; on doit donner le prix de vente quand il s’agit d’un objet de consommation et le fonctionnement de l’appareil quand il s’agit d’une machine. Or j’ai vu bien des gens qui, revenant de visiter le Frigorifique , se plaignaient d’avoir donné un franc pour n’y voir que quelques quartiers de viande suspendus dans la cale derrière un vitrage.

Visite à la classe 47

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