‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 2)Chapitre 49 sur 65 · II. — PRINCIPALES CULTURES DE LA VALLÉE DU NIL · texte numérisé non relu

II. — PRINCIPALES CULTURES DE LA VALLÉE DU NIL

1°. — Plantes alimentaires.

1. — Céréales. — Froment. — Le froment était déjà dans l’antiquité une des plantes alimentaires le plus en usage. Comme Homère, il n’a point de patrie avérée et les diverses parties de l’Orient se disputent l’honneur de lui avoir donné naissance. Les tombeaux de l’époque pharaonique renferment des épis de froments et d’orge qui sont arrivés jusqu’à nous, mais qui ont perdu, quoi qu’on en dise, depuis longtemps la faculté de germer.

Sous la domination romaine, l’Égypte fournissait les grains nécessaires à la consommation de Rome. Les Hottes d’Égypte leur transportaient « l’annona », provision de froment d’une année, d’Alexandrie au port d’Ostie et, lorsqu’elles n’arrivaient pas à temps, le peuple romain se trouvait à la merci des vents et des tempêtes pour ses principales subsistances.

L’Égypte cultive principalement les froments barbus, qameh saîdi pour ceux provenant de la haute Égypte, et qameh beheri pour ceux cultivés dans la basse Égypte. On cultive en Égypte près de 1 million de feddans en froments produisant 3 millions d’ardebs de grains, dont un tiers peut être exporté en Europe. On sème les froments en novembre à raison d’un demi-ardeb de grains dans les terres qui ont été labourées, et de deux tiers d’ardeb dans celles qui ont été inondées et ensemencées dans le limon boueux après la retraite des eaux de l’inondation. On moissonne le froment en avril dans la haute Égypte, et en mai dans la basse Égypte. Le froment que l’on sème dans les terres qui n’ont pas été labourées, dans le limon boueux, « el-bayaly », atteint à peine un demi-mètre de hauteur; et si on ne lui donne pas un ou deux arrosements artificiels dans le cours de la saison, il ne donne qu’une faible récolte. Dans les terres qui ont été labourées et dont le froment a reçu quelques arrosements artificiels , il acquiert facilement 1 mètre de hauteur et produit jusqu’à 4 et 5 ardebs et souvent davantage. Dans les sols argileux, on donne un ou deux arrosements, tandis que dans les terrains sablonneux on en donne trois ou quatre. On coupe le blé à la faucille et on l’arrache aussi le plus souvent. On le transporte ensuite aux alentours des villages pour le battre sous le noreg. L’usage du fléau n’est pas connu en Égypte et l’introduction des batteuses à vapeur rendrait des services aux Égyptiens qui battent encore leurs blés par les moyens les plus primitifs. Ceux-ci, étant remplis de poussière et salis par le piétinement des animaux, ne sont pas appréciés autant que ceux qui sont proprement battus et remués. La paille hachée se conserve en tas ou en grosses meules. On la transporte à domicile à dos de chameau ou de baudet, dans des filets, pour la nourriture du bétail, des chevaux, chameaux, etc.

Les froments de Xérès et de Médéali, nouvellement acclimatés à Ghézireh, ont produit des résultats satisfaisants et le rendement comme qualité et quantité nous a démontré l’avantage qu’il y aura à adopter ces nouveaux blés dans la grande culture en Égypte.

L'orge (Cha’yr des Égyptiens) est cultivée en Égypte pour son grain qui sert de nourriture aux chevaux, ânes, mulets, etc. On cultive l’orbe commune (Cha’yr), V orge escourgeon (Cha’yr beledi), Y orge distique (Cha’yr sabaïn), etc. On la

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sème dans le limon après la retraite des eaux de l’inondation en novembre, à raison de deux tiers d’ardeb par feddan. Si on sème en terre labourée, un demiardeb suffit.

L’orge arrive à maturité au commencement d’avril, un peu avant le froment. Dans les terres qui ont été inondées, on ne lui donne aucun arrosement jusqu’à la maturité. On la moissonne comme le blé. Le grain et la paille servent de nourriture aux animaux. On cultive en Égypte 1 demi-million de feddans en orge pouvant produire annuellement 2 millions d'ardebs de grains dont doux tiers dans la basse Égypte et un tiers dans la haute Égypte et dont un cinquième environ est exporté en Europe.

Le sorgho (Dourah beledi des Égyptiens) est cultivé en grand dans la haute Égypte. On le sème à deux époques différentes : d'abord en mai et ensuite à la fin d’août. Le premier semis se nomme « el-seïfy » et le produit se récolte en août. Le second semis se nomme « nily » et la récolte a lieu en novembre. Le sorgho exige des arrosements artificiels. Les terres les plus propres à sa culture sont celles qui sont situées sur les bords du Nil et des canaux d’été (bahr-seïfy) qui conservent l’eau pendant toute l’année. Dans la haute Égypte , on prépare les terres destinées à la culture du sorgho, en commençantjpar mettre le feu aux alfas, puis on donne deux labours en sens contraire, après quoi on divise la terre en carrés appelés « beyt » par le moyen du massougah. On fait ensuite avec la houe de petites fosses de quatre doigts de profondeur de distance en distance, et on sème quelques grains de sorgho que l’on recouvre d’un peu de terre. Pendant la culture « el-seïfy », c’est-à-dire à l’époque des plus basses eaux du Nil, on arrose toutes les semaines. Pendant la culture « nily », on profite de la crue du Nil pour arroser les sorghos en faisant des saignées dans les digues des canaux.

Au Fayoum , on sème le sorgho dans des terres qui n’ont pas été labourées en y faisant des trous dans lesquels on sème les graines que l’on recouvre d’un peu de terre, puis on commence les arrosements.

Trois mois après les semailles, le sorgho arrive à maturité. Son grain, de la grosseur d’un « chennevi », est un peu pointu à la base et arrondi au sommet. Chaque tige est terminée par une panicule épaisse qui produit abondamment des graines. La fertilité du sorgho dépasse de beaucoup toutes les autres granimées en Égypte. Le grain n’est point caché dans sa balle, il paraît nu au sommet. Dès qu’il arrive à maturité, il faut veiller aux oiseaux qui viennent manger le grain dans la panicule. Pour cela, on forme des buttes de terre de distance * en distance sur lesquelles montent des enfants pour effaroucher les oiseaux par leurs cris.

Quand le sorgho est arrivé à maturité , on coupe les tiges avec la faucille à dents. On expose les têtes séparées des tiges pendant quelques jours au soleil, puis les épis sont passés sous le noreg. Avec la farine de sorgho, les habitants de la haute Égypte font des galettes qu’ils mangent journellement, cuites sur la cendre. Les sorghos safra, seify, nily sont les variétés cultivées en Égypte. On y cultive, dans quelques localités seulement, le sorgho sucré et le sorgho à balais.

Le mais (Dourah tourquy), qui a été introduit en Égypte par les Turcs, est cultivé dans les terres meubles et bien fumées assez fraîches, et demande des arrosements artificiels. On le sème en carrés appelés « beyt » pour la facilité des arrosements, et dans des sillons tracés à la charrue, et on recouvre la graine au moyen d’un coup de talon. On sème le maïs au solstice d’été et on l’arrose tous les quinze jours jusqu’à l’équinoxe d’automne.

Pour les semailles , on choisit les graines sur les plus beaux épis dont on ne prend que les graines du milieu comme étant les mieux formées et les mieux nourries. Le grain du maïs égyptien est arrondi, assez cornu, jaune ou blanc

en dehors et plus rarement brun, violacé et nacré. A l’époque de la récolte, on transporte le maïs à dos de chameau près des villages où les femmes et les enfants en séparent l’épi de sa tige et de ses gaines. Elles font de gros tas d’épis autour desquels on fait, avec les plantes dépouillées de leurs épis, des remparts de tiges qui servent ensuite de fourrage et de combustible.

Une fois séchés, on rentre les épis en magasin. On en détache ensuite les graines pour en faire de la farine au fur et à mesure du besoin. On fait griller les épis de maïs lorsqu’ils sont encore tendres et les enfants surtout sont friands de ce comestible. La farine de maïs, associée à celle du froment, donne un pain savoureux* La récolte du mais et du sorgho est évaluée à 2 millions et demi d’ardebs de graines pour la plupart consommées dans le pays.

Le riz (Roûz) est cultivé aux embouchures du Nil de Rosette et de Damiette. C’est le riz barbu à balles jaunâtres que l’on cultive en Égypte , et dont le commerce distingue les variétés Fahl, En-el-bint, etc. On choisit pour les semailles, au printemps, les graines les plus belle.s que l’on met dans des paniers à demi plongés dans l’eau et quand elles sont suffisamment détrempées, on les sème dans un champ qui a été recouvert d’eau et sur lequel il en reste en- * core. Par suite, on met le champ plusieurs fois à sec et à courts intervalles pour forcer le riz à prendre racine et à ne' pas surnager. Après, on le débarrasse des mauvaises herbes et on l’éclaircit, s’il y a lieu. On récolte le riz à la fin de l’été. On le bat comme le blé et le grain séparé de sa paille conserve encore sa balle très-adhérente comme l’orge. On l’appelle « Roûz cha’yr » (riz en orge). On le pile dans des mortiers jusqu’à ce qu’il soit blanc en lui enlevant sa balle et sa pellicule qui ressemble au son du froment. On récolte près de 100,000 ardebs de riz dans la basse Égypte, dont un quart environ est exporté en Europe.

Le dokn (Penicellaria) du Soudan est cultivé dans le haut Nil pour son grain d’un beau blanc obové avec lequel les nègres font le pain.

Le coracan (Éleusine) est également cultivé dans le Soudan pour ses graines farineuses avec lesquelles les Nègres font leur pain.

Le teff (Poa abyssinica) est cultivé en Abyssinie et dans la province de Massaouah pour son grain qui produit une farine très-blanche avec laquelle on fait d’excellent pain. On en cultive plusieurs variétés qui sont teff vert (Échangar), teff rouge (Beneigue teff), teff blanc (Tsada teff), teff pourpre (Kqhaie telf). La paille est fine, feuillue et constitue un excellent foin pour le bétail et les chevaux. Le telf cultivé à Gbézireh a [donné d’excellents résultats. Semé en avril, la maturité des graines a eu lieu au milieu de l’été. Semé au milieu de l’été, la maturité a eu lieu à l’automne ; on peut en faire deux récoltes pendant l’été.

Le millet (Djaouress) produit un grain employé pour la nourriture des oiseaux en cage et de la volaille.

2. — Légumineuses alimentaires. — Fève (Foui des Égyptiens), vicia sativa equina. La fève d’Égypte, bien que ressemblant à la fèverole cultivée en Europe, lui est de beaucoup supérieure en qualité. Elles sont douces et se mangent cuites après avoir été saupoudrées d’un peu de sel et servent journellement à la nourriture du peuple. Celles de qualité inférieure ou qui ont été piquées se donnent aux animaux.

Les fèves se sèment en novembre aussitôt après la retraite des eaux de l’inondation et trois mois après a lieu la récolte.

On donne au sol un léger labour et on sème les graines à la volée que l’on recouvre en traînant sur le sol le zâafa ou un fagot d’épines.

Après la récolte qui a lieu à la faucille à la fin de l’hiver, on soumet les fèves

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au battage sous le noreg et ou les nettoie au moyen d’un tamis (gourbal). Les tiges se donnent ensuite comme fourrage aux chameaux.

Le feddan produit 3 ardebs de fèves ou 3 ardebs et demi et la récolte annuelle est évaluée à 2 millions d’ardebs, presque entièrement consommés dans le pays. Pour les donner aux animaux, l’on en sépare, avant, les lobes soiis une meule de granit.

La lentille (Addas) est une des légumineuses les plus anciennement cultivées de l’Égyple et l’histoire rapporte qu 'Esaü vendit son droit d’aînesse pour un plat de ce légume.

On sème ordinairement les lentilles sans labour sur les terres que le Nil a inondées, aussitôt après la retraite des eaux de l’inondation. Quelquefois aussi la terre reçoit un léger labour ; mais si l’inondation a été tardive , on sème dans le limon boueux à raison d’un demi-ardeb de graines par feddan que l’on recouvre en traînant sur le sol un fagot d’épines. Les lentilles restent quatre mois et demi en terre et se récoltent en mars. On coupe les tiges à la faucille et on les lie en bottes pour les porter sur l’aire où on les bat sous le noreg.

Les lentilles d’Égypte sont petites, de couleur marron. Une fois leurs lobes séparés par leur passage sous une meule d’argile desséchée au soleil , elles deviennent jaune orangé. On les réduit aussi en farine et on en fait d’excellentes purées. La récolte des lentilles est évaluée à deux cent mille ardebs, dont environ le quart est exporté k l’étranger.

Le pois chiche (Malanêh) est cultivé pour ses graines (Hoummus) que les Arabes mangent fraîches et qui , une fois sèches , servent à faire une purée aux croûtons. On les fait aussi torréfier et ils deviennent friables et se mangent comme friandises.

On sème le pois chiches dans les terres qui ont été submergées en novembre, à raison de deux tiers d’ardeb de grains pour un feddan et la récolte a lieu en mars. En février, on en apporte des tiges fraîches au Caire des plaines de Saqqarah et de Kankali, pour en manger les fruits verts.

Les pois verts (besilli) se sèment après la crue du Nil et quand ils commencent à sécher sur pied, on en récolte les tiges pour les donner aux animaux. Les pois secs sont passés sous une meule pour être concassés et on en fait d’excellente s purées. La récolte des pois et pois chiches est estimée à 30,000 ardebs en Égypte.

Le lupin (Tirmés) est cultivé sur les bords du Nil pendant la saison des eaux basses.

On le sème au printemps sur le talus du fleuve et des canaux. Les tiges produisent, vers les deux tiers de leur hauteur, des gousses larges et velues renfermant des graines amères que l’on mange cuites après les avoir fait macérer dans de l’eau salée et après avoir enlevé leur écorce ou pellicule. On cultive une douzaine de mille de feddans de lupins et la récolte est évaluée à 2b, 000 ardebs, entièrement consommés dans le pays.

Le dolique (Loubya beledi), dolichos lubia des botanistes, est cultivé dans la moyenne Égypte pour ses graines comestibles, qui se mangent comme les lentilles et qui sont tendres et estimées.

Le cajan (Cajanus), loubya soudani des Égyptiens, est cultivé à Ghézireh et dans quelques jardins de la moyenne Égypte. Il est spontané dans le Soudan , où sa graine sert de nourriture à la population. Il existe les variétés suivantes : cajanus flavus D. C. et cajanus bicolor D. C, produisant des graines rouges , jaunes , blanches et mires.

La meilleure saison pour semer Y ernbrevade (Cajanus) est le commencement de l’été. On en récolte le double des fèves et des lentilles. Cet arbrisseau, occupant beaucoup de place, doit être planté à 2 mètres de distance en tous sens.

Ce légume, mangé à la manière des petits pois, est tendre et délicieux. On le mange aussi au sec comme les fèves et les lentilles, assaisonnés à l’huile et au vinaigre. Les graines acquièrent par la coction un volume double. La farine, d’une teinte jaune pâle, sert à faire d’excellentes purées.

Dans les propriétés de S. E. Nubar-Pacha, cette nouvelle légumineuse a été adoptée pour la nourriture du bétail.

Les haricots (Phasolia) sont cultivés en Égypte, où ils constituent un excellent légume sec. Les flageolets sont cultivés pour y être mangés en vert. Le plus étonnant est le haricot asperge (dolichos sesquipedale), espèce qui nous fut donnée il y a une dizaine d’années par M. Dussaud-Bey qui l’avait reçue d’un capitaine de vaisseau transitant le canal de Suez. C’est une espèce à rame, vigoureuse que l’on plante au commencement d’avril et qui produit une abondante profusion de gousses pendant tout l’été et l’automne. Elles naissent par deux, d’une longueur de trois quarts de mètre et de la grosseur d’un chalumeau que l’on casse en morceau lorsqu’elles sont tendres pour les manger en vert. Elles sont tendres et d’une cuisson rapide. Pour en avoir des graines, on laisse mûrir une partie des gousses qui arrivent à maturité à la fin de l’été.

Analyse de Vemhrevade des fèves et des lentilles.

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