‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 2)Chapitre 50 sur 65 · LENTILLES · texte numérisé non relu

LENTILLES

Eau .

Matière grasse. . . .

Légumine .

Amidon . .

Matière extractive. .

Tanin .

Fibre (cellulose) . . .

Potasse .

Soude .

Chaux .

Magnésie .

Acide phosphorique.

Acide sulfurique. . .

Chlore .

Silice .

3. — Plantes fourragères. — On sème le trèfle (Bersim) aussitôt après la crue du Nil en répandant la graine sur le sol encore détrempé, où elle s’attache au limon. Bientôt le champ se couvre de verdure sur laquelle on met paître le bétail en l’attachant par le pied de derrière avec une longue corde afin de l’empêcher de piétiner le champ tout entier. On fane les dernières coupes pour les conserver comme fourrage sec. La première coupe se nomme râs ou fol et a lieu un peu avant la floraison, quarante jours après les semailles. La seconde coupe se nomme ribbeh ou khelfeh (regain) et a lieu deux mois après. C’est cette coupe que l’on fait sécher pour garder et que l’on appelle « Driss ». Enfin, à la troisième coupe, le trèfle fleurit et donne des graines que l’on récolte pour les semailles de l’année suivante. Le trèfle est une culture améliorante par excellence et pratiquée sur une vaste échelle en Égypte dans l’assolement des cultures.

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Le fenugrec (Helbeh) est cultivé comme fourrage hâtif que l’on donne aux animaux en attendant la saison du trèfle. On le sème sur le sol détrempé après la crue du Nil et quelquefois dans le limon boueux. Il garnit bientôt le terrain de verdure au fur et à mesure que l’inondation se retire. Les Arabes mangent les jeunes pousses, qui ont l’odeur du mélilot avant de fleurir. On vend la graine germée dans l’eau avec le germe blanchâtre qu’elle a poussé et les Arabes sont friands de ce comestible. On récolte la graine soixante-dix jours après les semailles. On en fait une farine que l’on mélange avec le pain. On estime à trois cent mille ardebs la récolte des graines de helbeh en Égypte, presque entièrement consommés dans le pays.

Au Fayoum, on sème le fenugrec , la gesse et le pois-des-champs parmi les sorghos une quarantaine de jours avant la maturité de ceux-ci. Ces fourrages profitent ainsi des derniers arrosements donnés au sorgho et n’ont pas besoin d’autres arrosements.

La, luzerne (Bersim hegazi) est quelquefois cultivée en prairies artificielles vivaces qui durent une demi-douzaine d’années. On la cultive dans les terrains frais et elle donne quatre récoltes par an. A i’état frais, on en donne modérément aux animaux parce qu’elle a l’inconvénient de les gonfler.

La gesse (Gibbâne) se sème sur les terrains inondés par le Nil et soixante jours après les semailles on peut la donner aux animaux. Pour en retirer la graine, on la laisse en terre quarante jours de plus.

Le bardon (Géraôu), andropogon halepense ; cette graminée fourragère est cultivée dans la haute Égypte pour son foin abondant et excellent.

Le symphytum asperrimum , panicum altissimum et gymnotix latifolia sont des fourrages exotiques nouvellement acclimatés à Ghézireh, où ils ont donné jusqu’à présent d’excellents résultats.

2°. — Plantes industrielles.

4. — Textiles. — Anciennement, les prêtres seuls avaient le droit de se couvrir d’étoffes de gossipion. Pline dit qu’au commencement de l’ère chrétienne la culture du coton se propageait en Égypte sous le nom de Goatha, d’où lui vient peut-être le nom de coton qu’il porte aujourd’hui. Hérodote parle aussi d’un arbre produisant pour fruit une espèce de laine supérieure à celle que produisent les moutons, et qu’avec cette laine on fabriquait des vêtements.

Le lin était cultivé au temps pharaonique. L’inscription de Rosette dit que les temples égyptiens renfermaient des fabriques de byssus (lin) et que les Égyptiens étaient tenus chaque année à une redevance envers le fisc royal, et il est prouvé, bien que ces renseignements ne remontent qu’au temps des Ptolémées, que les étoffes de lin étaient connues en Égypte dès la plus haute antiquité. Les momies de toutes les époques sont enveloppées de bandelettes de lin.

Au temps des Croisés, la canne à sucre était cultivée. Albertus Agnesis raconte que les Croisés prirent onze chameaux chargés de sucre. Strabon , à qui l’on doit la première description de la canne, en parle comme d’un roseau qui donne du miel.

Le henné était anciennement employé dans les embaumements, puisqu’on en a retrouvé des rameaux fleuris dans les caisses des momies. Les femmes se servaient de la poudre des feuilles, nommée « Archenda », pour se teindre les ongles des mains, des pieds, etc., afin d'ajouter à l’agrément de leur beauté.

Hérodote dit que le ricin était cultivé en Égypte pour son huile employée par les Égyptiens pour s’oindre le corps. Le chevalier Dronetti en a retrouvé

des graines dans des caisses de momies, de plusieurs milliers d’années d’existence.

Le pavot, symbole de la fécondité et de l’abondance, servait à couronner Gybèle, représentée sur les monuments égyptiens.

Le ramie a dû être anciennement cultivé, puisque Lucain dit au sujet des tissus de cette urticée : « La blanche poitrine se voit à travers les tissus teints à Sidon, dont les fils moissonnés par le peigne de Cérès ont été dévidés |par les jeunes Égyptiennes et dont la trame a été étendue en un voile flottant, etc. » Hérodote a aussi parlé de cette plante.

Cotonnier (Kôtn des Égyptiens), Gossypinium Barbadense. — La culture du cotonnier n’a commencé à prendre une certaine extension en Égypte que sous le règne de Méhémet-Aly.

Pendant le premier quart de ce siècle, les exportations ont commencé à devenir considérables. De 1825 à 1850, elles se sont accrues à plus de 5 millions de quintauic, et de 1851 à 1878 elles se sont élevées au chiffre énorme de 35 millions de quintaux.

Les cotons Jumel Gallini Achmouni et autres variétés égyptiennes ont été, dans ces derniers temps, avantageusement cotés sur les marchés d’Europe et ils ont produit au trésor égyptien le plus important de ses revenus.

D’après un rapport publié par M. Gazay, consul de France à Alexandrie, la récolte de l’année 1876 a été estimée pour le coton à 170 millions de francs, à laquelle il faut ajouter 42 millions de francs pour les semences exportées pour servir de matière première à la fabrication de l’huile et des tourteaux : total 212 millions de francs, et cette évaluation serait de beaucoup dépassée si les cotons, qui étaient cotés en 1865 à 765 piastres le quintal de 44 kilogr. 1/2 n’étaient pas tombés aujourd’hui à 245 piastres.

On cultive maintenant près d’un million de feddans en cotonniers dans la basse Égypte, produisant annuellement deux millions et demi de quintaux de coton, presque entièrement exportés en Europe.

Autrefois, on ne cultivait en Égypte que le cotonnier herbacé (Gossypium herbaceum) ; mais, sous le règne de Méhémet-Aly, un agriculteur français, M. Jumel, indiqua au prince égyptien un cotonnier arbuste qu’il avait remarqué dans un jardin du Caire et appartenant au Gossypium barbadense. Le commerce désigne encore aujourd’hui ce cotonnier sous le nom de coton Jumel ou Mako, en souvenir des premiers propagateurs de ce cotonnier dans les cultures égyptiennes.

Ce cotonnier arbuste ainsi que les gallini achmouni et autres variétés que nous venons de citer ont été substitués au cotonnier herbacé et se sont rapidement propagés dans le pays, qui sut, pendant la dernière guerre d’Amérique, profiter de la disette de coton qui désolait l’Europe, pour se faire des rentrées importantes par la vente de ce textile, dont les prix étaient alors trois fois plus élevés qu’aujourd’hui. Bien que les cotons aient considérablement diminué de prix, ils constituent encore la principale culture de l’Égypte et offrent aux Fellahs des avantages qu’aucune autre culture ne saurait leur procurer.

Pour les semailles du cotonnier, on choisit toujours les graines des meilleures capsules que l’on récolte sur les pieds les plus précoces, les mieux constitués et les plus productifs, dont la soie est douce, égale et solide et qui présentent les caractères d’une bonne race. Le cultivateur récolte à part ce coton et en conserve soigneusement la graine pour la semer au printemps suivant, et afin d’aller en perfectionnant sa race.

Les meilleures terres à coton sont situées le long des canaux du Nil et dans le voisinage des marais et des lacs salins du littoral de la Méditerranée, dont

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le sous-sol n’est pas trop tenace ou pourrissant, mais conservant un peu de fraîcheur pendant les fortes chaleurs de l’été.

Le cotonnier aime une exposition chaude, abritée des grands vents; et comme les abris n’existent guère dans l’Égypte déboisée, on y supplée en plantant des abris brise-vent artificiels en sorghos, sesbanici ou ketmies-chanvre , etc., plantes qui se développent rapidement et qui protègent bientôt les jeunes cultures.

Le cotonnier, ayant les racines assez pivotantes, doit être semé dans les terres profondément labourées. Le champ destiné à la culture du cotonnier doit être labouré en février au moins, par deux labours profonds en sens contraire.

On sème ensuite les graines en lignes espacées de 90 centimèt. sur 70 centimèt. dans la longueur des lignes. Une rigole passe entre chaque ligne pour l’irrigation. Les arrosages sont donnés suivant la nature du sol. S’il est frais, trois ou quatre arrosages suffisent. S’il est léger et perméable, on doit donner plus d’arrosages et prolonger ceux-ci un mois plus tard et même jusqu’en août.

La récolte a lieu en août-septembre, quand les capsules s’ouvrent et laissent échapper le coton en flocon blanc. Le cueilleur entre dans les plantations quand le soleil a dissipé la rosée ; il cueille les cotons propres qu’il met dans un grand couffin sans le tasser et il l’expose ensuite au soleil pour le sécher, puis il le met dans des sacs pour le transporter à l’usine l’égréner.

On sème le cotonnier en Égypte, pendant la seconde quinzaine de mars, en mettant le double des graines nécessaires, quitte d’arracher le superflu. 15 kilogr. de graines sont employées pour l’ensemencement d’unfeddan. On ouvre pour les semailles de petites fossettes et on y met six à huit graines que l’on recouvre de terre fine. Douze à quinze jours après les semailles, le cotonnier est déjà sorti de terre et on remplace les graines qui ont manqué. Dès que les jeunes cotonniers ont quatre feuilles, on leur donne un premier binage afin de dégager le collet de son étreinte par la croûte de terre et on supprime les mauvaises herbes ainsi que le superflu du plant. Les premiers binages doivent être peu profonds, afin de ne pas déranger les racines latérales qui sont alors trèstendres. Les intervalles qui séparent les cotonniers sont toujours tenus trèspropres, bien ameublés, et débarrassés des mauvaises herbes. Quinze jours ou trois semaines après le premier binage, on en donne un second et on enlève encore le superflu des plantes qui feraient double emploi. Ces binages doivent être répétés aussi longtemps que l’on peut circuler entre les ligues, c’est-à-dire jusqu’au moment de la floraison; alors on les suspend, car on ferait tomber les capsules nouvellement formées.

La basse Égypte convient tout entière à la culture du cotonnier. Cet arbrisseau aime les terres profondes, riches, amendées avec des engrais consommés et limoneux, conditions que renferme particulièrement la basse Égypte, où les vases récentes provenant du curage des canaux, des fossés, ainsi que les engrais végétaux et salins, sont appliquées à la culture du cotonnier.

Les cotonniers égyptiens sont quelquefois atteints, au commencement de ’été, par des chenilles qui ravagent les jeunes cotonniers en dévorant les feuilles et surtout l’extrémité des jeunes bourgeons. Vers la fin de l’été apparaissent d’autres petites chenilles qui s’attaquent aux ovaires des fleurs des cotonniers. Les papillons déposent leurs œufs sur les fleurs oü ils éclosent , et les jeunes larves s’introduisent bientôt dans les jeunes capsules dont elles perforent l’épiderme pour aller manger le principe albuminoïde contenu dans les graines enveloppées dans le coton qu’elles salissent entièrement.

Ce petit ravageur, dont nous avons envoyé des échantillons au Dr Boisduval à Paris en 1871 , a été décrit par ce savant entomologiste en 1873 (sur d’autres échantillons mieux conservés que ce savant avait reçus du Caire) , sous le nom d’ « Eriopliaga Gossypiana » Boisd. « Le petit papillon est relativement robuste.

Le mâle a 20 millimèt. d’envergure et la femelle un peu plus. Les ailes supérieures du mâle sont d’un vert clair avec les ailes inférieures d’un blanc luisant. Chez la femelle, au contraire, les ailes supérieures sont constamment d’un gris rougeâtre et les inférieures d’un blanc un peu plus terne. On rencontre aussi des variétés femelles qui ont les ailes supérieures jaunâtres sans aucun dessin et d’autres avec quelques mouchetures brun mal défini. Chez l’un et l’autre sexe, le corselet est arrondi et participe de la couleur des premières ailes. Les pattes sont longues, assez fortes et pourvues d’éperons. Les palpes sont rougeâtres, appliquées sur le front divergent avec le dernier article saillant et un peu ponctué. La trompe est rudimentaire et impropre à la nutrition. Les antennes sont assez longues et filiformes. « Les femelles que nous avons ouvertes, dit M. Boisduval, après les avoir fait ramollir, contiennent plusieurs centaines d’œufs très-petits. D’après ce que je viens de dire sur l’organisation de ce petit lépidoptère, il est facile de comprendre que la vie est de courte durée et qu’aussitôt après l’accouplement le mâle périt et que la femelle ne lui survit que pendant le temps nécessaire à l’accouplement de sa ponte. » Ce petit lépidoptère causa, dans ces dernières années, d’assez graves dommages dans les cotonneîies égyptiennes. En 1871, S. E. Nubar-Pacha fit instituer une commission compétente au ministère de l’intérieur pour l’étude de cette grave question et afin d’indiquer aux délégués des provinces, au Caire, le moyen de se débarrasser de ce fléau qui tend aujourd’hui à diminuer de lui-même d’intensité.

Après l’égrenage, on presse le coton dans des balles, à l’aide de la presse hydraulique , et on les exporte ensuite sur les divers marchés d’Europe , notamment sur ceux de Liverpool et du Havre.

Cotonnier-bahmieh. — Une nouvelle forme de cotonnier s’est produite spontanément en Egypte , il y a trois ans , dans une cotonnerie de Birket-eLsab , près de Chibin-el-Kom , dans la basse Égypte.

Les indigènes la désignent aujourd’hui sous le nom de « cotonnier-bahmieh ».

Elle produit des tiges droites horizontales dont les principales atteignent jusqu’à 3 mètres de hauteur et dont les ramifications latérales sont remplacées par deux ou trois capsules en demi-verticilles directement implantées aux aisselles des feuilles , disposées alternativement sur les tiges principales ; tandis que le cotonnier ordinaire (Gossypium barbadense) présente tout naturellement une forme arbustive à une ou plusieurs tiges (1) principales portant de nombreux rameaux latéraux parfois très-étalés et produisant de part en part une capsule de coton en laissant souvent des intervalles de deux, trois ou quatre feuilles ne produisant pas de capsule à leur aisselle.

Les feuilles du cotonnier-bahmieh sont grandes , fortement ondulées et d’un vert plus foncé que celles du cotonnier ordinaire, tandis que les fleurs sont jaunes, maculées de pourpre à l’intérieur, à peu près comme celles du cotonnier arbuste cultivé en Égypte , mais elles ont le pédoncule plus allongé.

On ignore encore l’origine de ce cotonnier. On a pensé, en Égypte, que le contact de bahmiehs qui s’étaient trouvés dans la cotonnerie où on a remarqué pour la première fois ce nouveau type, avait influencé sur les graines des cotonniers ordinaires au moment de la floraison et que, par suite, l’origine de cette nouvelle race pouvait être attribuée à une hybridation entre le bahmieh (Hibiscus esculcntus) et le cotonnier arbuste (Gossypium barbadense), d’autant plus que , vues à distance , les plantations de ce nouveau cotonnier ressemblent

(1) Voir le dessin du cotonnier-bahmieh reproduit dans le Gardeners Chronicle du o mai 1877. Voir aussi les échantillons exposés dans le pavillon égyptien. Voir encore la gravure coloriée publiée par le professeur Todaro dans sa monographie du genre cotonnier.

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assez à des champs de bahmiehs, offrant comme ceux-ci une multitude de tiges droites sans ramifications au moins dans les trois quarts de la partie supérieure.

Si le nouveau cotonnier égyptien provenait d’une hybridation entre les deux genres que nous venons de citer, le fait serait d’une importance capitale pour la science, car des exemples aussi éloignés d’hybridation entre genres différents sont déjà rares dans les fastes de l’agriculture et ceux qui se sont produits jusqu’à présent sont pour la plupart stériles, tandis que nous avons à faire ici à un arbrisseau plus fertile que le père et la mère, dont il serait issu.

Nous avons , pendant l’été passé , en Égypte , à l’époque de la floraison des cotonniers, pratiqué l’entre-croisement artificiel entre le bahmieh et le cotonnier ordinaire, et les graines que nous avons ainsi obtenues ont été semées au Jardin d’acclimatation du Caire à la fin du mois de mars dernier. Nous espérons ainsi, à notre retour, pouvoir contrôler le fait et voir si les graines que nous avons artificiellement fécondées , produiront le même type que celui qui a été trouvé dans le Menoufyeh.

Le nouveau cotonnier égyptien, comparé aux cotonniers ordinaires, présente une trop grande différence, ce nous semble, pour n’être qu’une simple variété.

Le professeur Todaro de Païenne , qui vient d’étudier la question , rapporte le nouveau cotonnier égyptien au cotonnier maritime et vient de lui donner le nom de Gossypium maritimum polycarpum. Quoi qu’il en soit de son origine , question intéressant plutôt la science que le cultivateur, l’essentiel, pour ce dernier, est l’avantage que présente ce nouveau type sur les anciennes espèces variétés cultivées, de produire des capsules à toutes les aisselles des feuilles, et qu’on peut, sur une surface égale, en planter un tiers en plus (1), soit neuf à dix mille pieds par feddan.

Une fois améliorée, comme il convient, par une culture rationnelle et un choix judicieux des graines destinées aux semailles, le produit du nouveau cotonnier, comme qualité et quantité, ira en augmentant, car cet arbrisseau ne développe pas parfaitement bien encore toutes ses capsules.

Nous avons remarqué l’été passé, en Égypte, surtout dans des plantations qui ont manqué d’air et de lumière par suite du trop grand rapprochement des plants , qu’une partie des capsules ont avorté , notamment celles occupant la partie inférieure des tiges, et qu’aussi celles de la partie supérieure sont arrivées un peu tardivement à leur maturité.

Les capsules qui se trouvent vers le milieu de l’arbrisseau étant ordinairement les mieux constituées et les plus parfaites , on ne doit adopter que les graines de celles-ci et les recueillir soigneusement à part pour les semailles de l’année suivante, tandis que les graines provenant des capsules mal constituées ou produisant un coton de qualité inférieure provenant de la base ou du sommet des tiges, ou bien encore celles qui ont été récoltées sur des sujets déjà dégénérés, ne sont bonnes qu’à faire de l'huile et des tourteaux. En procédant rigoureusement de cette façon, on marche constamment vers la perfection de la race.

Les premières plantations de cotonnier-bahmieh ont été assez bien soignées. Les graines en furent récoltées avec soin et plantées à part. L’année d’après , on en possédait déjà un assez grand nombre de plants, qui ont été également cultivés à part. Enfin, des plantations importantes en ont été faites l’année passée dans la basse Égypte. Les grands propriétaires l’ont cultivé sur plusieurs

(1) Le feddan superficiel de 4,200 mètres carrés reçoit ordinairement six à sept mille plants de cotonniers ordinaires et un plus grand" nombre de plants serait nuisible à toute bonne culture.

centaines de feddans , à Choubrah , Koubbek , Héliopolis , etc. , près le Caire. Quelques-unes de ces cotonneries ont produit huit quintaux de coton par feddan.

Les plantes spontanées , dont les tiges servent à faire des textiles grossiers , sont :

Le jonc des nattiers (S amâr), juncus acutus, spontané à Terraneh, près des lacs de Natron, est employé à la fabrication des nattes appelées « hosz-samar » dans un quartier du Caire appelé « El-hosaryeh ».

Le typha latifolia, spontané et abondant dans les canaux sans courant de la basse Égypte , est employé à la confection des nattes communes en usage chez les indigènes.

L'alfa d’Égypte (Poa Cynosuroïdes) produit une abondante matière quelque peu employée à la fabrication du papier, mais qui n’est pas d’une grande solidité.

Le ketmie-chanvre (Hibiscus cannabinus) , Tyl beledy des Égyptiens , tient lieu , en Égypte, du chanvre en Europe. La plante est annuelle et atteint en quelques mois 3 mètres de hauteur, sans ramifications et portant de très-petites feuilles. On le sème dru afin d’obtenir des tiges droites sans ramifications , ce qui n’arriverait pas si la plante était trop espacée. Cette malvacée produit une abondante quantité de filasse de son écorce imprégnée d’un mucilage abondant qu’il suffit de séparer des fibres pour avoir une filasse propre à être tissée. L’écorce des tiges est facile à détacher des plantes avant la maturité comme aussi après la complète dessiccation.

On sème la plante en ligne sur la lisière des cotonneries, du côté du sudouest, et il sert d’abri brise-vent aux cotonniers. On le sème aussi dans les basfonds des anciens canaux. On arrache les tiges à l’automne et on les laisse se rouir au soleil. Cette opération amène la désagrégation des couches qui forment l’écorce épaisse de la tige et une destruction, au moins partielle, du mucilage mélangé aux fibres. On fait ensuite subir le broyage aux écorces afin d’en détacher le mucilage séché qui tombe en poussière et on les peigne pour obtenir un brin divisé et fin employé à faire des tissus, etc.

Le lin (Kettân) est cultivé en grand dans la basse Égypte , où on le sème au solstice d’hiver à raison d’un ardeb de graines par feddan. Les champs ensemencés de lin ne demandent presque pas de soins jusqu’à la récolte qui a lieu à la fin de mars, trois mois et demi après les semailles. Le principal travail , dans la culture du lin, consiste dans une bonne préparation du terrain par de bons labours et bien purgé des mauvaises herbes. Arrivées à maturité, les plantes sont arrachées et mises en gerbes pour être portées sur l’aire où on en sépare la graine. Cette opération consiste à frapper l’extrémité des gerbes sur la face convexe d’une cruche en terre cuite (ballas). On vanne ensuite les graines avec le crible fin (gourbal). Dès que les gerbes ont été débarrassées de leurs graines, on les relie et on les porte dans des fosses où on les submerge pendant une quinzaine de jours pour les rouir, puis on les retire de l’eau pour les faire sécher au soleil. Après cette opération, les Arabes broient les tiges en les frappant avec une espèce de massue. Ils font ensuite le teillage sur le ventre, garanti par un tablier de cuir, et enfin ils les peignent pour les livrer au commerce.

On cultive , dans la basse Égypte , une quinzaine de mille feddans en lin, produisant une cinquantaine de mille quintaux de fibres et environ vingt-cinq mille ardebs de graines.

Le ramie (Bœlimeria tenacissima) produit une des plus belles et des meilleures filasses, dun blanc nacré, douce au toucher et les tissus dont elle forme la matière ont une durée supérieure à ceux du lin et du chanvre.

On plante les drageons, au printemps, dans des sillons ouverts à 1 mètre de

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distance. La plante donne une première récolte en juin et trois autres tous les quarante-cinq jours après. Cultivé à titre d’essai à Ghézireh et dans la propriété de S. E. Nubar-Pacha à Miniet-Sirrik.

Vochar (Calatropis procera) de même que le gomphocarpus abyssinicus produisent des fibres soyeuses de leurs capsules qui sont quelquefois employées comme duvet.

Les capsules du fromager du Soudan (Bombax pentandrum) produisent une soie abondante qui pourrait être employée à faire des matelas, traversins, etc. A l’époque de la maturité de ses grosses capsules , lorsque celles-ci s’entr’ouvrcnt, elles laissent échapper un duvet si abondant que les dessous des arbres en sont recouverts comme d’une couche de neige. C’est un des plus gros arbres de l’Égypte équatoriale.

Le lyf du dattier et du doumier sert à tresser des cordes pour attacher ' les pots (Gadous) pour monter l’eau sur les roues hydrauliques. On en fait aussi des filets pour le transport à dos de chameau des denrées agricoles, etc.

Le lyf du Hedjaz, plus blanc que celui d’Égypte, sert à faire des cordes de luxe. Vecca des Abyssins , espèce d’Asclépiadée , produit une fibre solide employée à faire des cordes et des tissus sur le littoral de la mer Rouge. Le calatropis gigantea produit aussi un liber qui constitue d’excellentes fibres employées à divers usages en Abyssinie et sur les bords de la mer Rouge. Les feuilles tendres nouvellement sorties du stipe du doumier servent à tresser toutes sortes d’ustensiles de sparterie.

Le mûrier (Doud des Égyptiens) a été introduit dans la moyenne et basse Égypte au temps d’Ibrahim-Pacha. Il existe encore aujourd’hui plus de cent cinquante mille de ces arbres parfaitement acclimatés depuis près d’un demisiècle qu’ils ont été plantés.

Des essais de sériciculture faits en Égypte par les soins de M. Marchetti, directeur du domaine de Bir-abou-Ballah dans l’isthme de Suez, ont donné de bons résultats. M. Drainet-Facha, à Kafr-Dciuar , a également obtenu d’excellents résultats sur la culture des vers à soie du mûrier. A Bir-abou-Ballah , M. Marchetti a imaginé un système de magnanerie à double mur, c’est-à-dire dont les murs sont construits de façon à laisser une circulation de l’air entre les deux, de façon à atténuer les effets de la chaleur à l’intérieur pendant la sason des Khamsins qui ont lieu précisément au moment de l’éclosion des vers à soie et ce vent chaud du désert est très-nuisible aux jeunes larves dans les magnaneries.

2. — Oléifères. — On cultive en Égypte plusieurs plantes pour leurs graines, desquelles on extrait l’huile employée dans le pays ; voici les principales :

Le -sésame (Semsem), sesamum oleiferum des botanistes, est cultivé dans la moyenne Égypte sur d’assez grandes étendues de terrains pendant l’été. On le sème en juin et la récolte a lieu en automne. On donne au sol un bon labour et on le divise ensuite par carrés (beyt) dans lesquels on sème les graines. On donne quelques arrosements pendant l’été et à l’automne on arrache les tiges pour les réunir sur un point donné, en ayant soin de les tenir debout. Aussitôt que les capsules sont sèches, elles s’ouvrent au soleil; on les secoue ensuite sur l’air en inclinant les plantes et la graine tombe facilement des capsules. L’huile, qui s’obtient par l’expression des graines, est jaune fluide et employée à faire des fritures. Épurée, elle est bonne pour l’éclairage.

Le ricin sanguin (Kharoûa ahmar) atteint ordinairement 3 mètres de hauteur dans les cultures, et, isolé, il atteint les proportions d’un petit arbre. On retire des graines Y huile de ricin employée dans la médecine. On apporte sur les marchés du Caire des graines de ricin du haut Nil. On le cultive également

au Fayoum et cette province conviendrait bien pour la culture en grand du ricin.

Le ricin inerme est cultivé au Jardin d’acclimatation de Gkézireh et dans quelques jardins des environs du Caire. Les graines qui sont plus grosses que celles du précédent renferment une huile analogue.

La laitue oléifère (Khass) est cultivé aux environs d’Edfou et dans la partie méridionale de la province de Thèbes pour ses graines, avec lesquelles on fait de l’huile. On la sème après la crue du Nil et la plante reste six mois en terre. Aussitôt la maturité arrivée, on coupe la plante et on la fait sécher; après quoi on la bat sur une aire pour en extraire la graine produisant une huile jaune pâle, très-douce, employée à l’économie domestique. Dans les terres qui ont été inondées par le Nil, la laitue oléifère n’a besoin d’aucun arrosement. Quelquefois on mêle un douzième d’ardeb de graines de laitue avec un sixième de lentilles ou d’orge et on sème le tout mélangé. Quelquefois aussi on sème un sixième d'ardeb de graines de laitue dans un champ labouré immédiatement après la récolte du sorgho.

Le radis oleifer (Symagâh) est cultivé en Égypte pour ses graines, qui produisent une huile employée dans les arts. On le sème à la volée après la crue du Nil et au printemps il monte en graines. 5 kilogrammes de graines sont employées pour l’ensemencement d’un feddan.

V arachide (Fûl sennari) est cultivé pour ses gousses ovales, oblongues, renfermant deux ou quatre graines oléagineuses épaisses. Cette plante demande un sol léger qui permette à ses gousses de s’enfoncer dans le sol pour y acquérir tout leur développement et [afin de leur faciliter cette singulière opération de la nature. L’huile que l’on retire des graines peut remplacer celle d’amande douce. Les graines rôties sont bonnes à manger et on s’en sert en guise de noisettes dans les pâtisseries.

Le cresso? i alenois (Richâd), plante annuelle jolie, est cultivée dans quelques localités de la haute Égypte pour, ses graines, avec lesquelles on fait de J’huile. Les jeunes plantes servent d’assaisonnement dans les salades.

La moutarde (Khardal) est cultivée pour ses graines, dont on extrait de l’huile et avec lesquelles on fait une farine de moutarde employée en médecine. On la sème au printemps dans la haute Égypte et la récolte des graines a lieu en été.

Le colza (Brassica campestris), selgâm, est cultivé dans la haute Égypte, où on le sème à l’automne après la crue du Nil. On en récolte la graine au printemps. La plante n’occupe le sol que pendant trois mois. On fait de l’huile avec ses graines dans la haute Égypte.

Les graines de carthame de lin et de coton servent également à faire de l’huile dans la basse Égypte.

Dans la. haute Égypte, on cultive aussi le pavot à œillette dont les graines servent à faire l’huile d’œillette. Le tournesol (Ayn-el-chems) sert aussi à faire de l’huile que l’on extrait de ses graines.

3. — Tinctoriales. — Le safranon (Kortom) se cultive mélangé avec le froment dans la moyenne Égypte. La culture de cette plante est l’objet de deux industries principales : d’abord la lleur est employée dans la teinture, puis la graine produit de l’huile. . «I

On sème un vingtième d’ardeb de graines par feddan aussitôt après la crue du Nil et la récolte des Heurs a lieu quatre mois après. Ce sont les femmes et les enfants qui en font la cueillette au lever du soleil. Sans couper les capitules, elles enlèvent les corolles dont l'épanouissement annonce que la fécondation a eu lieu et les placent ensuite à l’ombre pour les faire sécher; puis, on les

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réduit en poudre qu’on livre au commerce pour la teinture sous le nom de scifranon.

Après la récolte des fleurs, on laisse encore la plante sur pied et elle continue à mûrir ses graines, desquelles on extrait de l’huile propre à l’industrie et à l’éclairage.

Le carthame est une jolie plante, qui aime les terrains légers, un peu sablonneux et profonds. Les semis se font à la volée, mais de façon à ce que les plantes soient espacées entre elles d’un demi-mètre.

Le henné (Lawsonia alba) est un arbrisseau qui produit, de ses feuilles, une matière colorante très en usage dans le Levant. Il existe deux variétés de henné : celui à grandes feuilles (Lawsonia inermis) et celui à petites feuilles (Lawsonia spinosa). C’est la première variété que l’on cultive comme plante tinctoriale. On la propage par boutures et par rejetons que l’on plante sur de grandes surfaces à mi-ombre , le plus souvent sous les arbres dans des lieux frais et ombragés. On coupe les bourgeons plusieurs fois dans le courant de l’été et on fait sécher les feuilles au soleil, puis on les réduit en poudre, qui est livrée au commerce sous le nom de henné et produit cette belle couleur rouge orange avec laquelle les femmes se teignent la face palmaire des mains , les ongles , les pieds, etc. On teint aussi avec cette couleur la crinière des chevaux, des ânes, etc. Alexandrie exporte annuellement une vingtaine de mille quintaux de henné en poudre, d’une valeur officielle de six cent mille piastres.

Pour teindre les mains avec cette matière, on l’emploie en pâte que l’on applique pendant la nuit. Après ce laps de temps, on lave la partie teinte , puis on l’oint avec de l’huile pour lui donner de l’éclat. Si on veut obtenir la couleur brune, on y ajoute d’autres couleurs.

Le henné, lorsqu’on le laisse monter en arbrisseau, produit à la deuxième et troisième année de jolies fleurs odorantes, recherchées pour les bouquets. Le nombre de hennehs ainsi cultivés dans les jardins du Caire s'élève à trois mille arbrisseaux environ.

L 'indigotier argenté (Nyleh beledi) se sème au printemps dans un sol bien préparé et en lignes distantes de trois-quarts de mètre avec les plantes distancées d’un demi-mètre dans la longueur des lignes. La première récolte se fait au commencement de l’été. La seconde a lieu vers le milieu de l’été et la troisième à l’automne. Au moment de la récolte, on coupe la plante à quelques centimètres du sol et on transporte les rameaux herbacés sous un hangar pour procéder à l’extraction de l’indigo. L’indigo d’Égypte n’a pas grande valeur et les Fellahs n’apportent pas à cette culture tous les soins qu’elle comporte.

L 'indigotier tinctorial (Nyleh indy) que l’on commence à cultiver en Égypte pourra fournir au pays l’indigo qu’il est obligé d’importer de l’étranger. Des échantillons de cet indigo provenant de Matarieh et exposés au pavillon égyptien du Trocadéro par M. A. Daninos, nous démontrent tout l’avantage qu’il y aurait à cultiver en grand l’indigo de l’Inde dont l’Égypte importe plus de 10,000 quintaux par an (1).

4. — Plantes saccharines. — La canne à sucre (Qaçab-el-sukkar) est cultivée dans la moyenne Égypte où elle occupe une large bande de terre entre le Nil et le désert libyque de Beni-Souef à Rhodah, arrosé par le canal lbrahimieh qui descend parallèlement au Nil entre les cultures de cannes sur un parcours d’environ 200 kilomètres. Les labours profonds sont indispensables si on veut obte-

(1) Consulter le Manuel d'instructions sur la culture de Cindigo de Vlnde, par H. de Vecchi, Caire.

nir de belles cannes. On les plante en avril en les couchant dans de petites fosses pratiquées à l’avance où elles s’enracinent rapidement. Dès que la végétation se manifeste , on bine et on donne des engrais et des arrosements, etc.

La récolte a lieu à la lin de l’automne. On coupe les cannes par le pied en épluchant les feuilles et on les dirige sur des moulins pour les écraser et en extraire le jus qui est conduit par des rigoles dans les usines à sucre.

Les rendements en cannes sont ordinairement de 500 quintaux pour un feddan de 42 ares. Dans les cultures les mieux soignées, on a obtenu un peu plus de 600 quintaux par feddan, soit 26,727ks,600 de canne à sucre.

26,727k*,G00 de canne donnent . 17,640ke, 216 de jus,

— — — 9,087 384 de bagasse.

17,640 kilogrammes de jus, produit d’un feddan,

Donnent .

de sucre blanc.

Plus .

de sucre blond,

Plus .

de sucre roux.

Au total . ,

de sucre.

Plus . . .

de mélasse.

Total. .

de sucre et mélasse.

Des échantillons de sucre de premier, deuxième et troisième jets des principales sucreries de la moyenne Égypte, à’Abou-Gorgos , Mattaïe , Bibeh , Roda, Samalout , Minieh , Materna, Maghciga, Abouxci et à'Erment , etc., ont été exposés au pavillon égyptien du Trocadéro et la production des sucres d’Égypte a atteint aujourd’hui 1 million de quintaux.

3. — Plantes aromatiques. — Le thé du Hàrrar (Celastrus edulis) provient des feuilles de cet arbrisseau que l’on prend en infusion en guise de café. On sait que le café, avant la conquête de ces pays par les Égyptiens, était le monopole de l’émir, et que les gens du peuple, ne pouvant faire usage du café, prenaient le càth en décoction pour se procurer les mêmes etfets. ’

Café du Hàrrar. — L’échantillon du café exposé au pavillon égyptien provient du Hàrrar où l’arbrisseau est spontané et cultivé. Des essais de plantation de café ont été faits en Égypte par M. Nicolas Bové, ancien directeur des cultures d’ibrahim Pacha en 1830. Les arbres ont bien prospéré et il en existe encore quelques spécimens dans les jardins du Caire.

Cumin (Camoûn des Égyptiens). — Les graines de cette plante produisent une essence aromatique employée pour parfumer les liqueurs en Égypte.

Vernis (Yanisen) est cultivé dans la haute Égypte pour ses graines aromatiques employées en confiserie, etc. On mélange qnelquefois les graines avec le pain, etc.

La nigelle (Abesoûd) est cultivée dans la haute Égypte pour ses graines aromatiques, que les Égyptiens mélangent avec la pâte de leurs galettes et gâteaux pour les aromatiser.

La menthe (nânah) est cultivée dans les jardins. On extrait de ses feuilles , par la distillation, une huile essentielle de couleur vert jaunâtre, employée en parfumerie, en confiserie, etc. Les Arabes mangent les pousses tendres.

Le geranier odoremt (yt’r heledi) est cultivé dans les jardins pour ses feuilles dont on extrait, par la distillation, une eau de geranier qui a l’odeur de l’eau de rose et qui peut servir aux mêmes usages. On en extrait aussi une huile

L’ÉGYPTE

essentielle très-suave. Les jardiniers arabes enveloppent avec ses feuilles les petits bouquets de violettes et de jasmins d’Arabie.

Le coriandre (Kouzbarra) est cultivé dans la haute Égypte pour ses graines qui ont une forte odeur, que l’on emploie dans les mets et en médecine, etc.

Le laurier noble (Gliâr) est cultivé en avenue au jardin de Choubrali. On emploie ses feuilles pour les sauces. Les baies produisent une huile concrète de laurier.

Le lentisque (Pistacia lentiscus), cultivé dans l’ile de Chio, y produit la résine mastic. Celle que l’on recueille sur l’arbre va presque en entier au sérail de Constantinople. Le mastic mâle est sec et transparent et le mastic femelle qui est opaque et sèche difficilement est moins estimé que le premier. On fabrique avec cette résine l’arakis que l’on prend en Orient en guise d’absinthe.

Le tabac (D’okhân) est cultivé sur les berges du Nil et des canaux après la retraite des eaux de l’inondation. Il est de qualité inférieure et est consommé parles Fellahs.

Les tabacs que l’on fume dans les villes proviennent de la Turquie et de la Syrie.

3°. — Plantes médicinales.

Le pavot opium (Abounoum) est cultivé dans la haute Égypte pour l’opium que l’on extrait par incision de ses capsules et aussi pour l’huile d’œillette que l’on extrait de ses graines.

Le haschisch (Cannabis sativa) est cultivé en Égypte et n’est autre que le chanvre dégénéré, n’atteignant plus, à l’état de haschisch, que 30 centimè ;. de hauteur. Dans cet état, il ne produit plus de fibres de ses tiges et il produit alors de ses sommités le haschisch des Égyptiens , substance résineuse séeréiee entre les folioles de la plante à l’extrémité des tiges. Gastinel-Bey isole cette substance an moyen d’un traitement par l’alcool bouillant et en précipitant la racine au moyen de l’eau.

Cette substance jouit au plus haut degré des propriété? narcotiques de la plante et s’emploie dans la médecine.

Les Arabes préparent avec l’extrait du haschisch des électuaires avec le sucre , le miel et divers aromates. Ils le font aussi entrer dans un sirop qu’ils font concentrer jusqu’à ce qu’il se prenne en masse solide par le refroidissement. Ils ont fait un tel abus de ces préparations qui produisent des effets exaltiques ou une exhilaration extravagante sur les personnes impressionnables, que l’autorité a dû en prohiber la vente dans le pays.

La coloquinte (Hendal) est spontanée en Égypte et notamment dans la région du Sinaï. Les fruits à écorce jaune , mince , solide , presque ligneuse , à chair très-amère, sont purgatifs. La coloquinte en vieux français s’appelait « Chicotin » , par rapport à l’excessive amertume de ce fruit.

La réglisse , cultivée avec succès à Ghézireh , y produit des racines d’une saveur sucrée mucilagineuse , désignée sous le nom de bois de réglisse, qui fait la base de cette boisson populaire appelée « Coco » de ce qu'on servait autrefois cette boisson dans la moitié d’une noix de coco.

Le chardon à foulon est cultivé avec succès aux environs du Caire et pourrait y devenir une culture importante.

Le datura stramonium est spontané dans les jardins des environs du Caire; il en existe des variétés à fleurs jaunes, violettes et blanches.

Le cassier (Cassia fistula, khyar-chanbar) est un grand arbre très-répandu dans les jardins égyptiens. Il y fleurit abondamment au cpmmencement de l’été et à ses jolies fleurs jaunes en grappes succèdent de nombreuses gousses arrondies,

longues de trois quarts de mètre et pendantes, dont la pulpe est employée comme purgatif.

L'amomum cardamomum , malva officinalis , galega officinalis , carvi, etc., sont cultivés avec succès à Ghézireh.

Le pavot à œillette est cultivé dans la haute Égypte. (V. PL oléagineuses.)

Le séné gebely (Cassia acutifolia) et le séné saïdy (Cassia obovata) produisent les sénés employés en médecine comme purgatif.

Les sénés sont apportés au Caire par gros ballots de feuilles séchées, où ils arrivent parles barques du Nil et de là on les dirige sur Alexandrie pour l’exportation.

Les tamarins arrivent également sur le marché du Caire avec les barques qui descendent le Nil. Ceux du Sennâar sont en pâte pétrie enfermée dans des outres ou des sacs. Ceux du Darfour sont pétris en pains, de la forme des pains d’opium. Ceux du lledjaz et de Suakim sont enfermés dans des bourriches. Les feuilles d’eucalyptus globulus roulées en cigarettes sont employées contre les maux de gorge. Elles proviennent du Jardin d’acclimatation de Ghézireh.

Le gommier du Nil (Acacia nilotica), santh, est un des arbres les plus utiles de l’Égypte; outre que son bois sert dans l’industrie et à faire le charbon de bois usité dans le pays , il découle naturellement de son tronc, surtout lorsqu’il est vieux et maladif, la gomme arabique qui se présente à l’état de larmes arrondies, de grosseur variable, à cassures vitreuses. La gomme blanche est la plus estimée.

Viennent ensuite les blondes et les rouges. On estime à cent vingt mille quintaux l’exportation des gommes égyptiennes à Alexandrie dans les variétés suivantes: abyad, berberi, darfouri , khartoumi , gezira, fahmy , gedarif , litty , gumfiddi , kordçfani , talq , therki , yambaoui, suakim , etc.

Une nouvelle espèce de gomme, provenant de Yalbizzia lebbek, figure parmi les produits égyptiens au Trocadéro.

4°. — Plantes potagères.

Jardin potager. ' — Les jardins potagers proprement dits n’existent pas en Égypte. Les Égyptiens ne font usage que des légumes des champs, tels que : tomate , piment , colocase, gombo , roquette , concombre, courge, melon, pastèque , corète potagère , mauve potagère, radis long blanc, etc.

Dans les jardins des principaux Européens, on cultive les chicorées frisées , les asperges, les fraises, choux frisés , radis roses , scaroles, laitues, haricots verts, petits pois, etc., et qui viennent tout aussi bien en Égypte qu’en Europe en choisissant la saison qui convient à chacun d’eux. Les jardiniers arabes sont routinés et se contentent de leurs anciens légumes. Nous avons installé à Ghézireh un potager modèle où nous avons fait cultiver avec un plein succès toutes les espèces et variétés de légumes connues. Deux ou trois jardiniers maraîchers européens se sont établis aux environs du Caire et ont aussi bien réussi, mais leurs cultures n’ont pas pris un grand développement encore et nous leur souhaitons chance et prospérité, car ils sont appelés à rendre service à la colonie européenne.

Le système que nous avons adopté pour la culture des légumes, consiste à les semer ou à les planter en sillons au pied desquels passe une rigole pour les arrosements. Le repiquage ou mise en place des plants se fait à mi-côté de cette rigole au fond de laquelle passe l’eau d’arrosage. Ce système permet d’arroser régulièrement et permet d’obtenir de beaux légumes. Les semis se font sur des planches creusées à 15 centimètres au-dessous des sentiers de façon à pouvoir bassiner la planche quand le besoin l’exige.

Les engrais d’écurie que nous employons comme paillis pour atténuer les

L’EGYPTE

effets de la réverbération du soleil sur le sol nous permettent d’obtenir des légumes abondants et succulents. L’eau du Nil qui est également fertilisante contribue beaucoup au succès delà culture maraîchère en Égypte.

J. — Tubercules alimentaires. — Le coloccise (Koulkas), colocasia esculenta, remplace en Égypte la pomme de terre et son tubercule, féculent à l’état cuit et dépourvu de son principe âcre, est très-estimé des indigènes. On plante les œilletons au printemps et on en récolte les tubercules gros comme la tête à l’automne.

Le souchet sultan (Abd-el-aziz) est spontané aux environs de Rosette. On en récolte les bulbilles à l’automne que l’on conserve pendant longtemps et qui se mangent comme friandise.

La patate douce et le topinambour sont également cultivés dans quelques jardins aux environs du Caire et d’Alexandrie.

La pomme de terre n’est pas cultivée en Égypte. Les tubercules que les Européens mangent proviennent d’exportation européenne.

L 'igname de Chine est cultivée avec succès à Ghézireh.

2. — Légumes verts a cuire. — L'asperge (Koukh-almas) est cultivée avec succès dans quelques jardins, notamment à Ghézireh, et avec des soins spéciaux; on peut récolter des asperges depuis le printemps jusqu’à la fin de l’automne.

On cultive aussi quelquefois le smilax aspera , plante vivace dont on mange les jeunes pousses en guise d’asperge aux petits pois.

Le céléri (Kérafs) est cultivé dans les jardins des environs du Caire et d’Alexandrie pour ses tiges et ses racines que Ton met dans les potages , les salades, etc.

La mauve potagère (Kobbeseh) est cultivée pour ses feuilles, que les Égyptiens mangent comme les épinards.

La melokie (Meloukieh) est cultivée au printemps pour ses pousses tendres, que Ton mange cuites comme les épinards.

Le pourpier (Riglâh) est cultivé dans quelques jardins pour ses feuilles, que Ton met dans les potages aux herbes.

L’ oseille (Hoummed) est cultivée pour ses feuilles, que Ton met dans les potages et que Ton mange comme les épinards.

L* artichaut (Kharchouf) est cultivé pour les fruits, que Ton mange à la vinaigrette ou bouillis, à la sauce blanche.

Le cardon (Kharcliouf-roumy) est cultivé pour ses pétales blanchis, que Ton mange cuits en hiver.

La poirée (Selq) est cultivée pour ses feuilles, que Ton mange comme les épinards, six semaines à deux mois après les semailles. Pour les cardes, il faut attendre sept à huit mois.

La tètragone (Tetragonum) est cultivée pour ses feuilles, qui se mangent comme les épinards.

L'épinard (Sabânakh) est un des légumes les plus connus en Égypte et que Ton trouve pendant toute Tannée sur le marché du Caire.

Le gombo (Bahmieh) est cultivé en grand dans les villages pour ses capsules vertes, que Ton mange cuites avec le mouton. Il en existe deux variétés : la première, le gombo-beledi, à petits fruits; la seconde, le gombo-roung , à gros fruits. On enfile les capsules vertes, à moitié développées, en chapelets que Ton dessèche au soleil , et ce légume se conserve ainsi indéfiniment. On les suspend dans les étalages des bazars du Caire et d’Alexandrie. C’est un des bons légumes de l’Orient pour l’exportation.

Les choux pommés (Kouroumb), cultivés en Égypte surtout en automme et en

hiver, sont destinés à l’alimentation des marchés aux légumes et il s’en fait une assez grande consommation, notamment parmi les Européens.

Le chou-fleur (Arnabeith) réussit admirablement en Égypte et y acquiert des proportions qu’il ne saurait atteindre en Europe.

Le chou de Chine (Pet-sai), cultivé à Ghézireh, y donne les résultats les plus satisfaisants.

3. — Légumes-racines. — Le radis long blanc (Figleh) est cultivé dans tous les jardins. C’est un des légumes les plus populaires des Égyptiens dont il se fait une grande consommation.

Le radis rose hâtif est cultivé dans les jardins des environs des villes.

Les -poireaux (Korrât) sont cultivés pour leurs tiges et leurs feuillles, que mangent les indigènes.

Le navet (Lift) est également cultivé dans les jardins.

On cultive encore la carotte (Gézar) et la betterave potagère dans les jardins des environs du Caire et d’Alexandrie.

4. — Légumes a épices et d’assaisonnement. — L 'oignon d’Êgypte (Basal) est un des légumes les plus populaires. On estime à un demi-million de quintaux la récolte des oignons d’été secs et une quantité aussi importante d’oignons d’hiver se mange en vert pendant l’hiver. Chaque Égyptien le matin déjeûne avec un plat de fèves et une poignée de jeunes oignons avec leurs tiges. L’oignon d’été (Basal-seïfy) est cultivé en grand dans la campagne. On le sème au printemps après avoir préparé la terre par un bon labour et égalisé le sol que l’on divise ensuite par carrés appelés « beyt », dans lesquels on sème l’oignon à raison de 5 kilogram. de graines par feddan. Deux mois après l’ensemencement, on transplante l’oignon sur un champ bien labouré, en lignes, à une distance de 30 centimèt. en tout sens. Avec le semis d’un feddan, on peut planter une surface dix fois plus grande. Quand l’oignon a été ainsi transplanté et qu’il est suffisamment développé , on le récolte environ quatre-vingt dix jours après la plantation.

L 'oignon d’hiver (Basal-chitaouy) se sème en novembre après la crue du Nil, à la volée ou en rayons, et on éclaircit le plant s’il est trop dru et, quand ils sont un peu développés, on les arrache pour les manger en vert avec les fanes et les tiges.

Le cerfeuil (Kouzbarra, Kadra) est cultivé comme plante d’assaisonnement pour les salades dans les jardins du Caire.

Le persil (Bacdounis) est également cultivé pour ses feuilles, qui servent d’assaisonnement dans les mets, les viandes, les poissons, etc.

Le basilic (Ryhan) est cultivé pour ses feuilles, qu’on emploie comme condiment.

Le fenouil (Fenouguieh) est cultivé pour ses pétioles blanchis, que l’on mange à la poivrade.

Le fenouil odorant (Chabatte) est cultivé pour ses feuilles employées dans le court bouillon, pour assaisonner le poisson.

La capucine (Abou-changar) est cultivée pour ses fruits verts qui se confisent au vinaigre et remplacent les câpres.

L'ail (Tôm) produit des bulbes volumineux employés pour assaisonner les mets et surtout la viande de mouton.

Le raifort (Fougulah) est cultivé pour ses racines, que l’on râpe pour les manger en guise de moutarde.

5. — Légumes a fruits comestibles. — Les légumes à fruits cohiestibles sont cultivés sur une très-vaste échelle en Égypte, notamment les cucurbitacées ,

L'EGYPTE

concombres, courges, melons et surtout les pastèques ou melons d’eau. Les Égyptiens attribuent à ce fruit providentiel la légende suivante :

Il y a bien longtemps, un cheik de derviches, nommé Hadji-Aboul-Aziz , marchait péniblement sous le soleil et dans la poussière d’un sentier difficile. Une soif ardente dévorait ses lèvres. La fatigue courbait ses membres , la sueur mouillait son front. Près de lui un champ verdoyant d’appétissantes pastèques, qu’un paysan entourait de paillassons pour les défendre des ardeurs du soleil. Hadji-Aboul-Aziz s’arrêta. « Oh! l’homme, cria-t-il, au nom de Dieu clément et miséricordieux, donne-moi une de tes pastèques en échange de mes prières. — Je ne me soucie pas de tes prières, répondit le jardinier qui était dur aux pauvres gens. Donne-moi une bonne pièce de monnaie et je te donnerai un de mes melons d’eau. — Je suis un derviche mendiant et je n’ai jamais possédé d’argent, mais j’ai soif, je suis fatigué et je sens qu’un de ces fruits me ferait grand bien. — Passe ton chemin et descends jusqu’au Nil, là tu pourras boire à ton aise. » Le derviche pria longtemps le jardinier, mais ce fut en vain, car ce méchant homme était sans pitié. Alors, levant les yeux au ciel, Hadji-Aboul-Aziz dit à haute voix : « Seigneur, toi qui au milieu des sables du désert as fait jaillir la source Zem-Zem pour abreuver Ismaïl , le père des vrais croyants , souffriras-tu qu’une de tes créatures périsse ainsi de soif et de fatigue ?» A peine le derviche avait-il parlé , qu’une rosée abondante descendit du ciel , le désaltéra et le rafraîchit jusqu’à la moelle des os. A la vue de ce miracle, le jardinier comprit qu’il avait devant lui un saint homme aimé de Dieu : il arracha vite une pastèque et la lui offrit. « Garde tes fruits, homme méchant, répondit Hadji-Aboul- Aziz, qu’ils deviennent aussi durs que ton cœur et que ton champ soit aussi stérile que ton âme. » Aussitôt les pastèques furent changées en blocs de granit et le sable envahit le champ qui depuis ne put jamais rien produire.

La pastèque (Battikh) est cultivée sur les bords du Nil pour ses fruits globuleux, très-gros, rafraîchissants et mûrissant pendant les fortes chaleurs de l’été. On les cultive sur les bords du Nil, au printemps, alors que les eaux sont rentrées dans leur lit. C’est ordinairement sur les berges, dont les talus sont inclinés et formés de sable fin dans lequel on fait des trous rectangulaires de 1 mètre de longueur sur 20 centimètr. de largeur, que l’on plante les graines ; ils doivent être assez profonds pour que l’eau de la terre et du fleuve puisse y entretenir l’humidité. Ces trous, disposés parallèlement au cours du Nil, sont distants de 1 mètre les uns des autres. Les vents qui pourraient transporter les sables et déraciner les pastèques sont arrêtés par de petites palissades en roseaux et les sables qui s’accumulent ordinairement contre ces palissades forment bientôt un abri derrière lequel le pied de la plante est abrité de l’ardeur du soleil. Chaque pied produit trois ou quatre pastèques. La colombine est l’engrais employé dans la culture de cette plante. La pastèque est l’un des fruits les plus rafraîchissants et les plus salubres, et il s’en fait une immense consommation dans le pays.

Le melon d’été (Chammam) est , comme la pastèque , cultivé sur les bords du Nil de la manière que nous venons d’indiquer. Les melons d’été sont ovales , oblongs , à côtes peu saillantes , à chair verdâtre , sucrée , fondante et très-parfumée. Les melons d’été sont cultivés en grand dans toute la vallée du Nil, notamment aux environs des villes principales.

On cultive encore les espèces suivantes :

Melon printanier (Ab-del-Aouy) précoce , mûrissant de bonne heure au printemps , mais qui est un peu farineux.

Les melons indigènes , faqous et adjoùr, sont également cultivés en grand dans la moyenne Égypte.

Le concombre (Khyar) est également un des fruits d’été les plus appréciés des

Égyptiens. On laisse beaucoup de fruits sur les concombres et on les récolte petits pour les porter sur les marchés qui en sont abondamment pourvus pendant l’été. Les indigènes les mangent crus et les Européens les mangent assaisonnés à l’huile et au vinaigre.

La courge (Kara) est cultivée également sur de grandes surfaces, surtout les variétés debbeh, maddaouy , taouyl et kousy. On en récolte les fruits immédiatement après la floraison sous le nom de courgettes, qui constituent un excellent légume. On les mange aussi à un certain degré de développement en introduisant à l’intérieur de la viande hachée mêlée avec du riz, etc. Quand la courge commence à mûrir et que la chair devient jaune vif, on peut l’employer dans les potages.

La chayote, cultivée à Ghézireh, a produit les résultats les plus satisfaisants. C’est une bonne culture qui commence à se propager en Égypte.

La tomate (Toumaten) est cultivée en grand, dans la vallée du Nil, pour ses fruits à côtes déprimées et succulents. C’est un des meilleurs légumes et qui abonde sur les marchés à toute époque de l’année en Égypte. On cultive surtout la grosse tomate rouge. On en exporte beaucoup en Europe pendant l’hiver.

L'aubergine (Bydingân) est cultivée en grand en Égypte pour ses fruits violets cylindriques, charnus, que l’on mange au gratin.

Les fraisiers , cultivés en Égypte et un peu abrités des fortes chaleurs de l’été, y produisent d’excellentes fraises.

Le piment rouge (Filfil-ahmar) est cultivé pour ses baies rouges, que l’on mange crues ou confites dans le vinaigre. Le piment tomate (Awata) est égale* ment cultivé pour ses fruits qui ressemblent à une tomate. Le piment enragé du Soudan (Chitita) produit des quantités considérables de petits fruits, que mangent les Soudaniens, mais qui sont trop piquants pour le palais des Européens.

6. — Salades. — Les laitues (Khass) sont cultivées à l’automne, pendant l’hiver et au printemps , et on les mange en salade.

Les chicorées (Chicoria) sont cultivées dans le même but, ainsi que la scarole qui réussit très-bien en hiver sous le climat d’Égypte.

La roquette (Gerghir) est cultivée dans tous les jardins. C’est la salade la plus commune et celle que les Égyptiens consomment le plus.

La mâche, le cresson de fontaine et 1 e pissenlit, cultivés à Ghézireh, ont donné les résultats les plus satisfaisants.

5°. — Arbres fruitiers.

Les dattiers étaient anciennement cultivés, et on croit que c’est sur cet arbre que la fécondation artificielle a été la plus anciennement observée.

Le heglig (Balanites) a été dédié à Isis et placé sous la protection de la religion. Le bois sert à faire des statuettes. Diodore [de Sicile dit que cet arbre a été introduit en Égypte par les Perses, au temps de Cambyse, et que c’est pour cette raison qu’on le nommait Persea. Théophraste dit qu’on a prétendu trouver de la ressemblance entre quelques-unes de ses parties et celle des êtres animés. Le fruit avait, dit-on, la forme du cœur et la feuille la forme de la langue. Cet arbre était cultivé en grand dans le nome Thébaïque , à plus de 300 stades du Nil , arrosé par les sources.

L 'olivier , par sa croissance lente, est un arbre d’une grande longévité. Il en existe au Fayoum dont le tronc mesure plusieurs mètres de circonférence et qui doivent remonter avant l’ère de Mahomet. Les chrétiens considèrent les oliviers qui existent encore au jardin des Oliviers, à Jérusalem, comme étant ceux qui existaient au temps de Jésus-Christ.

L’EGYPTE

La vigne figure sur les monuments égyptiens, notamment à Beni-Hassan et à Saqqarah. Dans le tombeau de Phtah Hotep , personnage qui existait il y a six mille ans, les vignes sont représentées sur un bas-relief qui décore la salle du tombeau de ce haut fonctionnaire public qui vivait à Memphis. Ce tableau représente le coupage* des grappes, le foulage du raisin avec les pieds afin de l’écraser, et le pressage pour en extraire le jus. Le tableau est terminé par un homme en état d’ivresse, ce qui indique que déjà à cette époque reculée on ne prenait pas toujours le vin avec modération.

Les anciens cultivaient la vigne en carrés ou au pied des arbres. D’après une ancienne tradition , ce fut une chèvre qui donna l’idée de tailler la vigne. Cet animal ayant brouté un cep, on remarqua, à la saison suivante, que ce cep donna plus de fruits que de coutume et on mit cette observation à profit pour étudier la meilleure manière de tailler la vigne.

La vallée de Gessen de la Bible (isthme de Suez) aurait été cultivée en vignes par Noé lui-même. On attribue au sauveur de ce précieux arbrisseau la légende suivante : Quand l’arche de Noé fut vidée de tout ce qu’elle renfermait pour être sauvé du déluge, hommes, animaux, végétaux, la vigne ne se retrouva plus et Noé s’adressa alors à l’ange Gabriel pour savoir ce qu’elle était devenue ; il apprit que le diable l’avait emportée. Noé la lui ayant réclamée, il refusa opiniâtrément de la lui rendre, sous prétexte qu’elle lui appartenait. « Eh bien, donc, leur dit Gabriel, partagez-la entre vous. — Je le veux bien, répondit Noé, je lui en laisse le quart. — Ce n’est pas assez, reprit Gabriel. — Ya pour la moitié, répartit Noé. — Ce n’est point encore assez, continua Gabriel, il faut qu’il en prenne deux tiers, le reste te suffit. » L’ange de Dieu voulait dire par là que le jus de la vigne ayant la propriété d’enivrer et de faire perdre à l’homme sa raison, il doit être pris modérément. Le diable et ses adhérents peuvent seuls en prendre à volonté.

Les principaux vins fournis par le sol égyptien étaient :

Le vin mar cotique , récolté sur les coteaux du Maryout, près d’Alexandrie. On l’appelait aussi vin alexandrin. Il provenait, dit Athénée, d’un excellent raisin doux, léger, parfumé et diurétique.

Le vin de la Thébaïde, auquel Athénée accordait beaucoup d’éloges.

Le vin de Coptos, si léger qu’on le donnait aux fiévreux.

Le vin tœniotique qui, délayé dans l’eau, prenait la couleur du miel de l’Hymète.

Le vin de Plintine où, selon Hellanicus, poussa la première vigne.

Le vin d’Anthylle, le meilleur, le plus aromatique, le plus doux aux lèvres et le plus généreux, provenait du territoire de cette ville. Les Pharaons et les rois de Perse en abandonnèrent le revenu comme apanage à leurs femmes légitimes.

Dans une fête célébrée à Alexandrie l’an 284 avant Jésus-Christ à l’occasion de l’association au trône de Ptolémée Philadelphe , il y avait, parmi les chars qui figuraient dans le cortège, celui du vin. Il était à quatre roues, long de 20 coudées, large de 16 et traîné par trois cents hommes. On y avait construit un pressoir plein de raisins que soixante Satyres foulaient en chantant au son de la flûte la chanson du pressoir. Silène y présidait et le vin doux coulait tout le long du chemin. De nombreux enfants portaient, pour le service du vin dans cette cérémonie, des vases dont vingt étaient d’or, cinquante d’argent et trois cents en émaux de diverses couleurs.

Les salles funéraires de Beni-Hassan (moyenne Égypte) nous montrent encore aujourd’hui des peintures murales représentant la culture de la vigne, la vendange, son transport, l’égrenage, le pressoir de deux espèces, l’un à force de bras, l’autre à la mécanique la mise en bouteilles, en jarres et le transport

à la cave; la fabrication du vin cuit, etc., avec légendes hiéroglyphiques explicatives.

La vigne continua d’être cultivée en grand en Égypte jusqu’à la conquête des Khalifes qui la firent cesser, sous prétexte que l’usage du vin était pernicieux, et le Koran , depuis lors , en interdit l’usage aux musulmans.

Pline cite un grand nombre d’espèces de vins que l’on mettait dans de grands vaisseaux en terre cuite, et plus il était vieux, plus il était estimé. On marquait sur ces vaisseaux l’année de la récolte pour connaître son âge, et on le conservait jusqu’à cent ans et plus. De l’Égypte, la vigne a dû être importée en Grèce, à Rome, en Italie, puis en France.

Au temps de Strabon, Bordeaux possédait déjà des vignobles et le vin de Marseille fut le premier en réputation. L’an 92 de notre ère, Domitien, à la suite d’une disette , prescrit d’arracher toutes les vignes et l’ordre fut exécuté avec rigueur. En 282, Probus anéantit l’inique arrêt de Domitien et les légions romaines furent employées à replanter la vigne qui fit bientôt des progrès rapides. Les Bretons obtinrent de cet empereur de replanter les vignes dans leur pays et cette culture s’étendit partout où la chaleur du climat permettait au raisin de mûrir. Dans le cinquième siècle de l’ère chrétienne, les barbares du Nord furent attirés dans les Gaules par la liqueur du raisin et il y avait déjà deux cents ans que dans les Cévennes on en connaissait la culture. Bientôt les plants furent communiqués et cette culture se propagea dans les provinces avec une rapidité inconcevable jusqu’aux portes de Paris. L’empereur Julien a donné des éloges aux vins que produisaient les cultivateurs des environs de la vieille Lutèce.

Jardins fruitiers. — Les jardins fruitiers sont assez nombreux en Égypte. Cependant ils ne suffisent pas encore à l’alimentation du pays et le port d’Alexandrie importe encore des îles de l’Archipel, de la Syrie, de l’Italie, Trieste et Marseille des quantités considérables de fruits, notamment des poires , pommes , raisins , oranges , citrons , etc.

Les jardins fruitiers sont ordinairement entourés de murailles et sont plantés d’orangers, citronniers , mandariniers , grenadiers et de vignes recouvrant les vérendahs ou montant dans les arbres, de pêchers dont la chair des fruits rouges adhère aux noyaux, d'abricotiers sauvages, de figuiers, etc. On y cultive aussi l 'anona (Kechta), le goyavier (Gouâfa), et quelquefois le manguier de l’Inde, dont les fruits arrivent à maturité vers le milieu de l’été en Égypte.

Les arbres fruitiers sont ordinairement plantés en lignes aux distances que comporte chaque espèce. Au pied de ces arbres passe une rigole qui distribue l’eau à tous les sujets. Entre les lignes on cultive des légumes et, quand les arbres deviennent gros et qu’ils recouvrent presque complètement le sol, on y cultive alors les violettes narcisses, jonquilles , etc., pour leurs fleurs printanières odoriférantes.

La taille des arbres n’est pas pratiquée en Égypte. Les arbres sont cultivés à basse tige et quelquefois à demi-tige, mais rarement à haute tige et ne subissent point de taille. Les murailles, qui sont presque toujours en briques crues, ne sont jamais complantées d’arbres fruitiers en espaliers. On les cache au moyen d’un rideau de bananiers que l’on plante au pied. Souvent aussi, le long des murailles, on construit des vérandahs que l’on recouvre de vignes. La vigne est le seul arbrisseau fruitier que les Égyptiens taillent un peu, mais d’une manière fort irrégulière. Us lui enlèvent le plus souvent une partie du bois lorsqu’elle s’épaissit trop, mais ils ne taillent pas comme en Europe à deux yeux. Le plus souvent ils font monter leurs vignes dans les arbres ou les laissent courir vagabondes sur les vérandahs. A l’époque de la maturité du raisin et des fruits en général, grenades , anones, figues, raisins, etc., les Égyp-

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tiens sont obligés de mettre leurs fruits dans des sacs finement tressés en folioles de dattier pour les soustraire aux oiseaux et aux insectes qui leur font unp guerre acharnée.

La saison de la plantation des arbres fruitiers est pour la plupart le mois de janvier et de février. Les bananiers, seulement doivent être plantés pendant les chaleurs de l’été à l’époque où ils sont en végétation.

Dattier. — Le dattier mâle (Nakleh-el-Dakar) et le dattier femelle (Nakleh-el- Entayeh) sont les arbres les plus élevés de la vallée du Nil et constituent le plus bel ornement de la campagne. La hauteur moyenne de ces arbres est de

10 mètres, mais il y en a de.beaucoup plus élevés et le plus grand qui a été cité mesurait 27m, 70 centimètres, près de Kasr-Nil au Caire. Il a été renversé par un ouragan en 1809.

A l’état sauvage , les dattiers ont le tronc moins régulier qu’à l’état cultivé, parce que les feuilles qui se rompent d’elles-mêmes avec le temps forment à leur base une écorce grossière et moins régulière que chez les dattiers cultivés.

Les racines du dattier forment un cône épais , formé d’un grand nombre de petites racines qui s’enfoncent dans les sols les plus arides et les plus infertiles. Mais dans les bonnes terres l’arbre y prospère plus vigoureusement et produit de meilleurs fruits.

Le dattier porte une tête composée d’un faisceau de feuilles de 3 à 4 mètres de longueur, embrassantes et en gouttière à leur base qui finit par se diviser en fibres croisées les unes par-dessus les autres, à pinnules lancéolées, linéaires, doubles , en gouttière et formant quatre rangs irréguliers. Le nombre des feuilles est très-variable. Sur un dattier en plein rapport, on compte une vingtaine de feuilles sans compter les naissantes qui sortent du chou ou stipe à l’extrémité. Autant ayant été coupées pendant le cours des trois années précédentes, il en résulte que si l’arbre était à l’état sauvage sans culture, il pourrait avoir une quarantaine de feuilles ou palmes. Les fleurs mâles et femelles apparaissent sur des pieds différents. Les spadices des dattiers mâles sont courts et forment une masse épaisse de grappes. Les spadices des dattiers femelles sont très-longs et portent environ deux cents longues grappes de fruits en baies, à chair molle, ellipsoïde, comestible, ayant un endocarpe membraneux. Les graines, qui se répandent d’elles-mêmes sur le sol y germent spontanément.

Il existe en Égypte de nombreuses forêts de dattiers et surtout dans la partie orientale de la basse Égypte, dans la province de Charkyeh , sur la route d 'El-Arisch, à Bourlos, à Rosette et aux environs du Caire, notamment à Saqqarah, sur l’emplacement où fut Memphis, un peu au-dessus de Gyzé, eikBirket-el-Haggi près d’Héliopolis et à Bilbeis. Tel-el-Kibir, dans l’Ouady, fournit également d’abondantes dattes, ainsi que les oasis de la haute Égypte.

La statistique accuse en Égypte environ quatre millions de dattiers payant un impôt d’environ 4 millions de francs. Un tiers de ces dattiers occupent la basse Égypte et deux tiers la moyenne et haute Égypte. La récolte annuelle est évaluée à 10 millions de quintaux de dattes, y compris les oasis qui fournissent les meilleures dattes.

Le tronc est couvert dans sa jeunesse et plus tard dans toute la partie supérieure par la base persistante des feuilles formant comme des écailles épaisses.

11 n’y a que les dattiers très-vieux qui se dépouillent de leurs écailles à la base du tronc, qui est composé de fibres longitudinales réunies par l’interposition de la moelle. Le tronc est dur en dehors par ses écailles et mou en dedans. Quand il est vert, il ploie facilement, mais à l’état sec il est résistant et on l’emploie comme poutre dans les constructions.

Dans les villes, il existe des dattiers séculaires cachés entre les constructions

et dans le voisinage des mosquées, balançant leurs silhouettes dans les airs, à côté des minarets les plus élevés, à 20 mètres de hauteur.

La présence des dattiers caractérise essentiellement les oasis du désert et rend seul possibles les autres cultures, qui n’ont qu’une importance secondaire à côté de la sienne.

Les dattiers sauvages, qui croissent près des sources d’eau saumâtre sur les bords du désert, ne forment, pendant longtemps, que des buissons sans pouvoir s’élever à cause du manque d’abri contre les vents. A la longue, ces troncs finissent par sortir au-dessus des roseaux qui les entourent. Dans la haute Égypte, les dattiers sont souvents réunis en un seul pied donnant quelquefois naissance à plusieurs tiges.

Les dattiers sauvages produisent des fruits insipides lorsqu’ils ont été fécondés naturellement par les Heurs des pieds mâles. Les dattiers cultivés ne donneraient point de fruits si on négligeait, au temps de la floraison, de les féconder artificiellement. Précisément, en 1800, ils ne furent pas fécondés artificiellement aux environs du Caire parce que , dit le savant Delile , « les troupes françaises et musulmanes avaient été en guerre au printemps et s’étaient répandues dans la campagne où les travaux agricoles avaient manqué. Les grappes de dattier ayant fleuri ne furent point artificiellement fécondées et restèrent sans fruits sur les arbres. La poussière des fleurs de quelques dattiers mâles épars çà et là, chassée par le vent et portée dans l’air, n’avait rendu fécondé aucune grappe. Cependant cette poussière légère, en volant fort loin, suffit pour féconder les dattiers sauvages dont les fruits petits et acerbes sont mauvais à manger. » Lorsque les dattiers commencent à fleurir à la fin de mars et en avril, les Arabes, pour augmenter la production des fruits, fécondent artificiellement les dattiers femelles, qui sans cela ne produiraient pas ou très-peu de dattes. Ils coupent les spadices des dattiers mâles conservés pour cet effet et en petit nombre dans les plantations, puisqu’un seul dattier mâle suffit pour féconder plusieurs centaines de dattiers femelles. On divise ensuite ces spadices, dont les fleurs commencent à s’ouvrir en petits fragments ayant chacun une vingtaine de fleurs.

L’Arabe monte ensuite sur l’arbre, secoue la poussière ou pollen de son rameau de fleurs mâles sur toutes les grappes du spadice femelle et plante ensuite ce rameau au milieu des grappes du spadice femelle en l’y attachant. Le pollen des fleurs mâles féconde les fleurs femelles dont les ovaires alors produisent des fruits. Pour aller féconder les fleurs des dattiers dont le tronc est toujours fort élevé, les Arabes mettent dans leurs robes qu’ils relèvent par devant les divisions du spadice mâle qu’ils secouent sur les fleurs femelles. Les écailles du tronc du dattier servent d’appui à leurs pieds et ils se passent autour des reins et du tronc de l’arbre une ceinture (Helzam), également tressée en lyf de dattier et large comme la main à l’endroit où ils s’appuient les reins. L’ouvrier, ainsi appuyé le dos contre sa ceinture, peut se tenir incliné en arrière au sommet du stipe, tandis qu’il s’appuie les pieds sur les écailles du tronc en faisant un léger effort pour remonter ou descendre sa ceinture de degré en degré. Il arrive ainsi bientôt au sommet de l’arbre et, soutenu par sa ceinture , il place chacune des divisions des spadices de fleurs mâles dans les spadices femelles après avoir secoué la poussière sur toutes les fleurs.

Lorsqu’on coupe les spadices mâles dont la poussière (pollen) doit servir à la fécondation des dattiers femelles, le cultivateur, afin de ne pas laisser en échapper la poussière, les descend avec une longue corde. Le dattier porte de six à douze spadices, portant souvent plusieurs quintaux de dattes chacun. Dans aucun pays, le dattier n’est aussi productif qu'en Égypte. Il ne produit pas

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Fécondation artificielle des dattiers ; récolte des dattes. i^Forêt de dattiers.)

d’abondantes récoltes tous les ans. Après une forte récolte, il n’en produit souvent qu’une moyenne ou faible.

Lorsque les grappes des spadices commencent à fléchir sous le poids des dattes, ce qui arrive ordinairement à la fin de juin, le cultivateur remonte sur l’arbre, coupe une palme, en fend en deux la nervure médiane et noue ensemble les deux extrémités pour en faire un grand cerceau à l’aide duquel il réunit et consolide tous les spadices en les attachant à ce cerceau afin qu’ils ne soient pas balancés par le vent. A la fin d’août, les dattes arrivent à maturité au Caire et un peu avant dans la haute Égypte. Depuis cette époque jusqu’en décembre, les marchés des villes sont abondamment pourvus de dattes fraîches et le reste de l’année ils abondent de dattes sèches et conservées.

Les dattes ne mûrissent pas sur l’arbre ; on les cueille donc un peu avant leur maturité lorsqu’elles sont encore vertes et acerbes et on les garde jusqu’à ce qu’elles soient complètement mûres en leur faisant subir une solde de fermentation qui les ramollit et permet à la peau de se détacher.

Les dattes qui ne sont pas utilisées dans leur état de fraîcheur sont pétries en pains que l’on consomme dans le courant de l’année. La datte est un des mets les plus économiques et par conséquent à la portée du pauvre. Ce fruit est un bienfait du ciel pour les habitants pauvres de l’Égypte. Les Arabes du Sinaï font une pâte de datte dans laquelle ils introduisent des amandes et qu’ils enveloppent ensuite d’une peau de gazelle de façon à en former des petits sacs de pâte d dattes qu’ils viennent vendre au Caire et à Alexandrie.

Les noyaux des dattes qui sont assez volumineux, comme ceux des dattes de Rosette et de Bourlos, sont tournés et percés pour faire des grains de chapelets et de colliers.

Un arbre d’une aussi grande utilité que le dattier n’est jamais coupé. On abat seulement des dattiers mâles quand ils sont trop nombreux pour retirer de l’extrémité le chou , estimé des Arabes, et pour employer le stipe dans les constructions et aux usages de l’agriculture.

Les palmes de dattier étaient le symbole de la victoire. Elles figuraient aussi dans les processions. Les Égyptiens, le jour du Courban Beïram, se rendent encore aux mosquées portant des palmes de dattier.

Le jour de Pâques, on tresse le rameau pascal avec les palmes naissantes de dattier; elles sont souvent tressées avec un art infini et se vendent parfois à des prix élevés. On en tresse aussi d’élégants chasse-mouches et toutes sortes de palmes de fantaisie; il en est qui ont la forme de poissons, de gros lézards, d’éventails de toutes sortes de modèles. La pointe est aiguë et la dernière foliole reste dressée; la poignée est également tressée. La coutume déporter des palmes le jour de Pâques ou des Rameaux est un souvenir commémoratif de l’entrée de Jésus-Christ à Jérusalem. Saint Jean raconte que Jésus-Christ en procession portait à la main des branches de palmier (Acceperunt ramos palmarum et processerunt obviam ei).

Les dattes les plus estimées sont molles, mielleuses, sucrées et très-nutritives; il en existe un grand nombre de variétés qui diffèrent par la forme, le volume et la qualité des fruits. Sous le rapport de la couleur, on les divise en trois catégories, les rouges y les blanches et les jaunes. Il ne serait pas difficile de faire une centaine de variétés de dattes en Égypte si on tenait un compte exact de la couleur, de la forme et de la qualité des fruits. Dans chaque région de l’Égypte, le dattier produit des fruits différents et cette variation n’est causée que par les divers milieux dans lesquels ces arbres vivent cultivés. Les variétés à fruits jaunes ont les pinnules des feuilles plus fines que celles à fruits rouges. Voici les noms des variétés les plus connues en Égypte : Balah (datte) aomry , hayany , adrahy, menaouaty, koreïn , chamyt amhat, bemt-oiche, okobashi, souab-

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el-arous , beyd-el-gamel , zib-el-abib, semany , sirguy , seypayeh , omar bakry, bourlosy, khadraouy, nogl-el-bacha, sakkouty, siouy, louhcik , yemeni, ibrimy, guérounel-gazel, mouz, leymoun , sivy, sopr-el-denyeh, ryg-el-benat, sultany , colma, daguana, chelebie, gandala , yambo, gcirgoda de Barbarie , etc.

Les fruits (Balah) ne constituent pas seulement la nourriture de tout le monde ; on en retire aussi par expression un sirop de mélasse et de dattes, qui est un objet de grande consommation.

A l’état sec, les dattes font partie, en raison du mucilage qu’elles contiennent, d’un mélange de fruits, tels que : jujubes, figues, raisins secs connus en pharmacie sous le nom de fruits béchiques ou pectoraux dont on fait des tisanes trèsutiles dans les irritations de poitrine.

La composition chimique des dattes est la même dans toutes les variétés; seules, les proportions des matériaux dont elles sont formées varient beaucoup. On y trouve du mucilage , gomme, albumine végétale, cellulose , sucre incristallisable et sucre cristallisable, parenchyme et des sels minéraux, etc.

Le dattier est l’arbre le plus utile de toute l’Égypte; toutes ses parties sont utilisées. La culture en a été perfectionnée par les Arabes qui en ont obtenu de nombreuses variétés produisant des fruits plus ou moins succulents.

Il existe au couronnement du stipe (Guisché) des dattiers une substance bonne à manger connue sous le nom de goumdr , d’environ 1 pied de long, formée de couches écailleuses superposées, tendres et de la consistance d’une amande fraîche dont elle a le goût. Les Arabes sont très-friands du chou du dattier, et ils se l’envoient en petits présents qui sont fort appréciés. Les feuilles (Khouss) servent à confectionner les couffins, corbeilles, paniers, nattes et une foule d’objets de sparterie.

Les branches (Djerid) ou tiges des feuilles servent à faire des cages pour la volaille et le gibier, ainsi que des lits, chaises, canapés, treillages, etc. ; avec les fibres des gaines membraneuses de la base des feuilles nommées « lyf », qui ressemblent à une filasse grossière, on fait également des cordages qu’on emploie communément dans l’industrie des indigènes.

Les grappes des spadices (Chamarik) fournissent aussi des cordes, après avoir été battues pour en diviser les fibres qui sont longues et tenaces. La base des palmes (Taraf-el-argoum), qui est très-filandreuse, étant battue avec une massue pour en écarter les fibres , sert à faire des brosses , des balais , etc.

A l’époque de la floraison des dattiers, les pistils produisent une espèce de filament crêpé ressemblant au crin de cheval et qu’on emploie dans les bains pour se frotter et savonner le corps.

Pour la plantation d’un terrain en' dattiers, on détache les rejetons du pied des meilleures variétés de dattes que l’on veut propager et on les plante en quinconce dans des fosses préparées à cet elfet , au fond desquelles on aura déposé de la bonne terre. La meilleure plantation se fait avec des rejetons de six à sept ans, qu’on plante assez profondément. On réunit toutes les feuilles en paquets et on les entoure d’une natte ou de paille longue, afin de les abriter du soleil jusqu’à la reprise. Les œilletons ainsi plantés donnent ordinairement du fruit trois ou quatre ans après et à huit ans ils sont en plein rapport. On plante ordinairement quatre cents dattiers par feddan. Delile rapporte dans sa flore d’Égypte « qu’il est possible, d’après ce que lui affirmèrent les cultivateurs des environs du Caire, de couper un dattier lorsqu’il a vieilli et que sa végétation commence à se ralentir, et de le replanter en descendant son sommet en terre. Une année avant cette opération, on enfonce deux coins de bois en croix à travers le tronc à 3 coudées environ au-dessous des feuilles. On recouvre ces coins, ainsi que les blessures, d’un bourrelet de limon soutenu avec un réseau de cordes. On tient ce limon toujours- humide. Chaque jour un homme monte en

été l’arroser, en tirant à lui, lorsqu’il est en haut de l’arbre, une cruche d’eau qu’il verse dans le limon. Il se trouve à la fin de l’hiver des radicules formées sous le bourrelet de limon. On coupe le sommet de l’arbre au-dessous de ce bourrelet et on le plante dans un trou près d’une rigole pour l’arroser ».

Cette méthode pratiquée pour conserver quelque espèce rare est parfaitement d’accord avec ce que racontent Pline et Théophraste, que les dattiers peuvent être plantés de boutures, après avoir été coupé à 2 coudées au-dessous de leur tête. Il est certain que les dattiers émettent facilement des racines sur leurs troncs, nous en avons fait l’essai, et lorsqu’on enterre ces arbres, ils produisent immédiatement des racines sur la partie du tronc qui est enterrée.

Le doum (Hyphæne Tliebaïca) , palmier de la haute Égypte , diffère essentiellement des autres genres de palmiers; il a le tronc ramifié par dichotomie ; annelé, divisé par deux, quatre, huit bifurcations successives portant, au sommet, des feuilles ramassées, palmées en éventail. Spadices mâles et feuilles sur des pieds différents. Fruits ovoïdes très-durs, à enveloppe ligneuse, de saveur aromatique dans le genre du pain d’épice.

On rencontre les premiers doumiers à Minieh, où il est encore très-rare, et il augmente de nombre au fur et à mesure que l’on remonte le Nil jusqu’à la première cataracte. Il n’est pas nécessaire, comme pour le dattier, de féconder artificiellement le doumier. Un mâle suffit pour féconder un grand nombre de pieds femelles, même à une grande distance. Le bois est solide, on en fait même des planches. Les anciens Égyptiens l’employaient à la construction de leur flotte. Les feuilles servent à tresser des couffins , des nattes , des paniers, etc.

Les figues (Tyn beledi) sont abondantes en Égypte et surtout aux environs du Caire et d’Alexandrie, où on cultive cet arbrisseau sur le pied d’un demi-million de sujets. Les figues se divisent en trois catégories : les blanches, les colorées et les noires; voici les principales variétés cultivées en Égypte : Tyn sultani, essoud , gorabi , abyad, smyrli, comitra, barsoumi, roumy , fayoumy, hegazi , politzani, etc. Les variétés précoces mûrissent leurs fruits au commencement de l’été, les variétés moyennes au milieu de l’été et enfin les tardives à la fin de l’été. Le figuier est cultivé ordinairement sur la lisière du désert d’Alexandrie dans des sols presque improductifs, en touffes et à basse tige et quelquefois tout près de la mer où ils produisent d’excellentes figues. Les arbres âgés ne produisent presque pas de fruits en Égypte.

Le sycomore (Gymmeyz-beledi), l’arbre le plus gros de l’Égypte, étalant ses branches et produisant une tête volumineuse, recouvert d’un épais feuillage. Ses fruits ou réceptacles pédonculés, recouverts d’un coton mou, sont très-abondants pendant l’été et surtout à l’automne. Pour arriver à leur complète maturité, les figues de sycomore (Sycomorus antiquorum) doivent être incisées à leur ombilic et fécondées artificiellement, car les fleurs des deux sexes sont réunies dans le même réceptacle. Cette opération permet au fruit de détendre ses tissus et d’acquérir sa complète maturité. Les jardiniers arabes sont donc obligés de monter à chaque instant sur les sycomores à la saison des fruits et de parcourir toutes les branches charpentières pour inciser les fruits, afin de prévenir leur chute et de les aider à acquérir leur complète maturité. Les branches charpentiôres de cet arbre sont entourées! pendant toute l’année de myriades de ligues, les unes grosses comme des noisettes, les autres plus avancées et enfin celles qui arrivent à maturité, toutes supportées sur des crochets ramifiés et serrés, comme implantés dans l’écorce de l’arbre. Le sycomore est feuillé pendant toute l’année ; il ne laisse tomber ses anciennes feuilles au commencement de l’été qu’au moment d’en repousser de nouvelles. C’est un des arbres les plus utiles de l’Égvpte , on le plante sur les routes et les avenues et dans les champs en compagnie du lebbakb, du dattier et du santh , pour abriter les animaux qui

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font tourner les sakies ou les roues hydrauliques. On le cultive aussi comme arbre fruitier dans les jardins pour ses jolies figues de couleur rose et qui sont estimées des indigènes. Le sycomore est assez répandu dans la basse Égypte et aussi dans la moyenne, mais il est rare dans la haute Égypte. Cet arbre croît dans tous les terrains, pourvu qu’ils aient un peu d’humidité dans le sous-sol. Il n’a besoin d’être taillé ni d’être arrosé. On le propage facilement de boutures au printemps. On évalue à quinze mille le nombre de sycomores isolés çà et là dans les jardins et les champs de l’Égypte.

Le bananier (Moûz) est cultivé en grand en Égypte pour ses fruits dont la pulpe est sucrée et de saveur très-fine. C’est l’arbre le plus utile de l’Afrique équatoriale, où il existe de grandes forêts de bananiers.

En Égypte, on le plante contre les murailles à l’abri des vents et on cueille les régimes en été et à l’automne , lorsque les bananes sont encore vertes ; puis , on les met pendant quelques jours dans la paille sèche pour les faire mûrir. On cultive environ deux cent mille bananiers dans les jardins du Caire et des environs d’Alexandrie.

Le bananier de Chine (Moûz-siny), espèce naine introduite par nous il y aune dizaine d’années à Ghézireh, commence à se propager dans les jardins. Les fruits dont les régimes produisent un très-grand nombre de bananes , ont une saveur comparable à celle du melon et de l’ananas réunis.

L 'aegle marmelos , l’une des hespérides , joli petit arbre , cultivé dans quelques jardins du Caire1, y produit des fruits abondants bacciformes, à enveloppe ligneuse à douze loges , à pulpe odorante , nutritive et astringente. Il contient une quantité de gluten très-tenace, transparent, avec lequel on fait d’excellentes marmelades.

Le baobab (Adansonia), tabaldi des Soudaniens, est cultivé dans le jardin de Maniel près le Caire. Les barques du Nil en apportent des fruits , qui se vendent , au Caire , dans les bazars des Barbarins où se vendent spécialement les produits du Soudan.

Le grenadier (Roummân) est cultivé sur le pied de deux cent mille arbrisseaux, dans les jardins du Caire et d’Alexandrie, ainsi que dans les autres villes de l’Égypte. Le fruit, gros, sphérique, couronné par le limbe tubuleux du calice, mûrit à la fin de l’été et se conserve pendant tout l’hiver. Le suc des fruits est acidulé et astringent. On en prépare des boissons rafraîchissantes. On cultive les variétés badry , ahmar , abiad et hegazi, etc.

Le papayer (Tar-el-babas), cultivé à Ghézireh et dans quelques jardins, y produit des fruits gros comme de petits melons, posés sur les tiges comme les rosettes du chou de Bruxelles.

Uanone (Kechta), cultivé dans les jardins du Caire et d’Alexandrie, y produit des fruits cordiformes , écailleux à pulpe blanche et comestible qui mûrissent à la fin de l’été.

h' abricotier (Michmich), variétés beledy , roumy , chamy et amhœ, produisent une grande abondance de fruits , avec lesquels on fait d’excellentes confitures et une pâte d’abricot en soumettant la pulpe à une légère dessiccation et en l’étendant sous un rouleau pour la faire ensuite sécher jusqu’à consistance un peu molle en y incorporant des amandes. Cette pâte se conserve pendant longtemps et on en fait des compotes. On cultive environ cent cinquante mille abricotiers dans les jardins de l’Égypte.

Le pêcher (Khoukh) est cultivé sur le pied de quatre-vingt mille arbres dans les jardins; ses fruits, à chair rouge adhérente au noyau, sont excellents. On cultive aussi quelquefois les brugnons qui produisent de bons fruits. En Égypte, le pêcher végète presque toute l’année, il ne perd quelquefois ses anciennes feuilles au printemps que pour en repousser immédiatement de nouvelles.

L 'amandier (Louz) est cultivé pour ses fruits ovoïdes , comprimés , cotonneux, à noyau rugueux comme percé de trous renfermant une amande comestible. On les mange vertes et sèches. On ne cultive qu ’ime dizaine de mille amandiers dans les jardins d’Égypte.

L 'olivier (Zeytoun) est cultivé en Égypte où il en a été établi de grandes plantations par ordre d’Ibrahim-Pacha , aux environs du Caire et d’Alexandrie. Les olives sont conservées salées dans des tonneaux. On en extrait de l’huile en les soumettant à l’action d’une meule circulaire qui les réduit en pâte, que l’on enferme ensuite dans un pressoir pour en extraire l’huile. On cultive environ cent cinquante mille oliviers aux environs du Caire, d’Alexandrie et au Fayoum.

Le balanites Ægyptiaea (Heglig) est cultivé dans les jardins du Caire, notamment à l’Ezbekieh , où nous en avons planté un fort spécimen qui a déjà fructifié. Lippi trouva cet arbre dans l’oasis de Louhak , où s’assemblent les caravanes de l’Égypte avant de traverser la Nubie. Le heglig croît en abondance dans le Darfour; son fruit, de la grosseur d’une datte brun orangé et d’une qualité à la fois sèche et visqueuse, est bon à manger.

Le manguier (Mangah), cultivé dans les jardins du Caire, y mûrit ses fruits à la fin de l’été. Ils sont délicieux, charnus, renflés, presque réniformes et jaunâtres et renferment un noyau gros, plat, hérissé de filaments ligneux.

Le jujubier sauvage (Nabqah) est cultivé sur le pied de soixante mille arbres dans toute l’Égypte et produit une drupe ovale , globuleuse , de la grosseur d’une prunelle et de saveur assez agréable. Les enfants sont assez friands de ses fruits.

Le jujubier cultivé (Ennab) est assez rare dans les jardins du Caire. Il y produit des fruits rouges , de la grosseur et de la forme d’une olive , dont on fait la pâte de jujube.

Le zizyphus lotus , à gros fruits, dont quelques-uns ressemblent à de petites

pommes d’Api, est cultivé dans l’ancien jardin d’Ibrahim-Pacha à Maniel et

produit des fruits en abondance qui mûrissent au printemps.

Le mimusops elengi produit également dans les anciens jardins d’Ibrahim- Pacha des fruits ovoïdes , jaunâtres , à chair succulente et qui sont très-bons à manger.

L 'olivier de Bohême (Eleagnus angustifolia) mûrit également ses fruits dans les jardins des environs du Caire et d’Alexandrie, mais qui ne sont pas estimés.

Le noyer (Goûz), cultivé dans quelques jardins , notamment à Choubrah, y

produit des noix, à peu près aussi bonnes que celles que l’on récolte en

Europe.

Le tamarinier (Tamar indy) est cultivé dans les jardins du Caire où il atteint la hauteur des plus grands arbres et se charge de gousses stipitées, oblongues, comprimées à chair pulpeuse , avec lesquelles on fait la pulpe de Tamarin , produisant une boisson acidulée , très-agréable et que l’on donne aux malades.

Le caroubier (Kharroûb) est cultivé dans les jardins de Koubbé et de Choubrah, où ses grosses branches se chargent de gousses coriaces, épaisses, que l’on dessèche pour les conserver longtemps et qui se vendent dans les bazars du Caire.

Le vanillier (Yanillia), cultivé dans les serres de Ghézireh, y produit des fruits en abondance exhalant un parfum délicieux, que l’on emploie daus la confiserie, etc.

La vigne (E’neb) est cultivée en Égypte sur le pied de un quart de million de ceps, principalement en raisins de table, dans les espèces et variétés suivantes: beledi , sultani , mallaoui > sabbaoui , roumy , chamy , sandouk, abyad, benaty et tchaous. On cultive la vigne sur des vérandahs et on la fait aussi courir sur des treillages en roseaux cloisonnés en forme de caisses, « E’neb sandouk». On

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cultive aussi quelquefois la vigne à basse tige, qui produit de belles grappes de raisins. Les vignes sont quelquefois remontantes en Égypte et produisent plusieurs récoltes de raisin pendant la même année. Quelquefois aussi on fait monter la vigne dans les arbres et elle y produit du raisin en petites grappes sans taille ni culture.

Le coignassier de Portugal (Sefergal) est cultivé dans les jardins pour ses fruits très-gros employés à faire des compotes. Il fructifie abondamment sous le climat d’Égypte.

Le bibacier (Mouchmila) est cultivé sur le pied de quinze mille arbres , pour ses fruits charnus, en forme de petites poires , à la fin de l’hiver.

Le goyavier (Goûafa) est cultivé dans les jardins pour ses fruits en forme de poires, mais qui ne sont pas très-bons à manger.

L 'oranger (Bourtouane) est cultivé sur le pied d’un demi-million d’arbres en Égypte. On cultive principalement l’oranger doux (Bourtouane-helou) , dont les fruits mûrissent en novembre et se conservent jusqu’au printemps.

On cultive aussi T oranger à chair rouge (Bourtouane ahmar) ; c’est la plus délicate des oranges, cultivées aux environs du Caire et dont la maturité a lieu en janvier. On cultive encore la mandarine (Youssef-effendi), produisant des fruits arrondis, un peu déprimés, à écorce et pulpe rouge orangé, dont la maturité a lieu en décembre et janvier.

Les bigaradiers, bergamottiers , limettiers, pampulmouses, etc., sont également cultivés dans les jardins du Caire et y produisent des fruits en abondance.

Le citronnier sauvage (Leymoun-beledi), à fruits petits jaune clair, ovale, oblong, à surface lisse ou rugueuse et terminé par un mamelon, renferme une pulpe abondante, à suc acide et savoureux employé dans les sauces. Il existe de petiteforêts du citronnier sauvage aux environs du Caire, notamment aux environs du jardin de « l’arbre de la Vierge » à Matarieh. Le citronnier à gros fruit (Leymoun-adhalia) est également cultivé dans les jardins du Caire et des environs

Le cédratier (Cabbade) est cultivé pour ses fruits très-gros, verruqueux, à écorce épaisse, que l’on confit au sucre et dont le littoral de la Méditerranée alimente un commerce important. On cultive aussi le cédrat callebasse , dont la pulpe sert a faire d’excellente confitures.

Le jambosa vulgaris , syzygium jambolanum, Eugenia Mitcheli , arbustus unedo etc., produisent également d’excellents fruits dans quelques jardins des environ du Caire.

Le feronier (Feronia elephantum), grand arbre de la famille des Orangers dont les fruits à écorce ligneuse ne sont pas comestibles, est également cultivé dans quelques jardins.

Le cul de négresse (Astrocarium aureo pictum) est un fruit des Seychelles, mais très en usage chez les habitants des bords du Nil. Ils en font des paniers de derviches et il en est qui sont quelquefois fort bien sculptés et travaillés.

Les pistaches (Fustoq) proviennent de Syrie, mais il s’en fait une grande consommation en Égypte. On mange les pistaches bouillies dans l’eau salée et elles sont alors bien meilleures que mangées fraîches.

Les espèces suivantes provenant de plantes grimpantes sont employées à divers usages dans la vallée du Nil.

Les courges d’hiver s’y conservent pendant très-longtemps, étant en lieu sec à l’abri de l’humidité. La courge longue (Kara-taouyl) ressemble à une massue.

Les gourdes servent à faire des carafes pour le transport des liquides en voyage ou pour conserver les graines à l’abri de l’air, des insectes, etc.

Les loufs (Luffa Ægyptiaca) servent pour se frotter et savonner le corps. C’est le parenchyme filandreux dépourvu de son tissu cellulaire, qui ressemble à une éponge, que l’on emploie dans les bains.

Le canavalia gladiata, ou grand haricot sabre du Soudan, produisant des gousses longues en forme de sabre et renfermant de gros grains rouges, avec lesquels les Nègres se font des chapelets, etc.

Les grenadilles proviennent de passiflora edulis cultivée au jardin de Ghézireh.

6°. — État actuel de l’horticulture en Égypte.

Les promenades du Caire. — Les plantations du Caire et les principaux jardins de cette ville, quoique paraissant déjà anciens, ne datent pour la plupart que de dix ans. Nos premiers travaux de plantations au Caire ont été à Koubbeh et à UA bbasieh à l’est de la ville et ensuite les routes et les avenues de Ghézireh , Gyzé et des Pyramides à l’ouest de la ville. Une dizaine de mille gros albizzia lebbek ont été apportés des villages de la basse Égypte pour les plantations des routes et des avenues qui sillonnent les environs du Caire. Sur les boulevards de la ville et du nouveau quartier d’Ismaïlia, il a été planté pendant ces dix dernières années un nombre plus grand encore de jeunes albizzia lebbek, provenant des pépinières khédiviales.

Le nouveau quartier d’Ismaïlieh, qui naguère encore était abandonné et inculte et dont les terrains ont été donnés gratuitement à toute personne qui voulait s’engager à construire dans l’espace d’une année, est aujourd’hui recouvert de centaines de villas entourées de jardins verdoyants et sillonnés de boulevards ombragés. Tous ces travaux d’embellissement de la capitale en ont fait une résidence d’hiver des plus agréables. Le gaz d’éclairage et les eaux sont partout sur les routes et les avenues ombragées. Cette grande cité , que naguère encore tout le monde fuyait aux approches de l’été, est devenue, grâce à ces divers travaux d’édilité, habitable même pendant les fortes chaleurs de l’été.

Un pont monumental a été construit sur le Nil en 1872 et met en communicat on le nouveau quartier d’Ismaïlieh avec Ghézireh, Gyzé et les Pyramides où le promeneur peut aujourd’hui se rendre en voiture en l’espace d’une heure et demie par de belles avenues exhaussées et parfaitemeut à l’abri des inondations du Nil.

Jardin d’horticulture et d’acclimatation de Ghézireh. — Dès notre arrivée en Égypte, nos premiers soins se portèrent vers la création d’un jardin d’acclimatation renfermant aujourd’hui un demi-million de végétaux exotiques utiles et d’ornement en deux mille espèces et variétés et dont les premiers produits ont servi pour les plantations des squares , parcs, boulevards et des avenues qui ornent aujourd’hui la ville et ses environs. Ce jardin, situé à Ghézireh, a fourni dans ces dernières années plus de seize cent mille végétaux utiles et d’ornement qui ont été plantés dans les parcs et les promenades publiques, les jardins du Khédive , aux environs du Caire, à Alexandrie , à Bir-abou-Ballah, dans la haute Égypte, dans un grand nombre de jardins particuliers du Caire et dans plusieurs provinces de la basse et de la haute Égypte. Quelques envois ont été faits au Soudan et dans les provinces du littoral de la mer Rouge.

Les espèces à fruits comestibles et celles produisant du bois d’ébénisterie, de construction et de combustion que l’on pourrait planter sur les talus des canaux ou en forêts, sont propagées avec des soins tout spéciaux en vue de la complantation des canaux d’été (Bahr-seïfy), afin de subvenir aux besoins du pays qui importe annuellement pour des sommes considérables de fruits et de bois de construction.

Les serres de Ghézireh, au nombre de six, dont deux grandes, servent à l’entretien des plantes tropicales délicates, employées à l’ornementation des salons.

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Les camellias et les azalées sont cultivés dans des serres non vitrées et recouvertes seulement d’ombrières pour amoindrir l’effet des rayons solaires. Une collection d'orchidées y est cultivée dans une petite serre. Les ananas y fructifient également dans une petite serre dont les parties supérieures sont bordées de cordons de vanilliers, qui fleurissent et fructifient abondamment. Dans les parterres du fleuriste, on élève en pots de nombreuses collections de plantes, à feuilles ornementales, vivaces et annuelles, grimpantes, grasses, bulbeuses, aquatiques, gazonnantes, etc., pour servir à l’ornementation des parterres, des parcs et des jardins du Caire et des environs de la ville.

La pépinière renferme un grand nombre d’espèces d’arbres, arbrisseaux et arbustes exotiques, d’ornement propagés en vue des plantations des avenues, parcs , jardins, etc.

A côté de la pépinière, un potager modèle a été établi pour la culture des légumes de tous les pays du monde qui donnent pour la plupart les meilleurs résultats sous le climat du Caire. Depuis quelques années, la culture des légumes a pris une assez grande extension en Égypte, notamment aux environs du Caire et d’Alexandrie, et à ce sujet le potager modèle de Ghézireh a été un véritable enseignement. A côté du potager se trouve un verger d’arbres tels que jambosiers, goyaviers, manguier s, papayer s, bananiers, orangers, citronniers, cédratiers, pêchers, figuiers, abricotiers , poiriers, coignassiers, grenadiers, mûriers, anoniers , vignes, qui produisent des fruits savoureux et en abondance. Le jardin privé du palais de Ghézireh, créé depuis une dizaine d’années seulement, pourrait passer pour un parc de trente ans de création. Ce jardin, d’une quarantaine de feddans, est tracé à l’anglaise et garni d’épais massifs qui fournissent de l’ombre pendant les chaleurs de l’été. Des fontaines en marbre, kiosques, volières, faisanderies, des parcs entourés de treillages légers, des passerelles en marbre et en rustique traversant une rivière artificielle, etc. Au milieu se trouve le Salamlik en style mauresque, à colonnes élevées et gracieuses, formant un splendide palais d’été, Une belle avenue de Yébénier d’Orient (Albizzia lebbek) traverse le jardin de l’est à l’ouest. La végétation y est vigoureuse. De nombreux dattiers y balancent leurs silhouettes dans les airs. Les bambous gigantesques de l’Inde y développent des perches grosses comme des arbres et de 20 mètres de hauteur. Le ficus elastica bengalensis et tjela y acquièrent la hauteur des plus grands arbres. Le latania borbonica y fleurit et fructifie abondamment tous les ans; le sycomore s’y charge tellement de fruits que ses grosses branches en paraissent toutes rouges. Le tamarinier, le jambosier et le manguier y fructifient abondamment. Le cocos flexuosa y mûrit ses fruits abondants. L'eucalyptus globulus, haut de 20 mètres avec le tronc de lm,50 de circonférence, y fructifie également à l’automne. Le musa ensete d’Abyssinie y produit des graines fertiles en plein air. Le grevillea robusta isolé sur les pelouses y forme un arbre magnifique. Des vignes cannanéennes y grimpent dans les arbres et se couvrent de nombreuses grappes de raisins. Le pterosperinum platanifolium y produit des fleurs au printemps qui exhalent une odeur suave. Les agave americana salmiana, attcnuata et autres y acquièrent des proportions phénoménales et des hampes florales arborescentes dont les branches sont disposées en forme de grands candélabres. Enfin de nombreuses espèces de végétaux exotiques des diverses parties du monde fleurissent et prospèrent dans le parc de Ghézireh.

Indépendamment des végétaux, le Jardin d’acclimatation de Ghézireh renferme aussi des animaux parmi lesquels nous citerons : le chat sauvage , lion du Soudan , panthère du Soudan, ours de Dalmatie, civette, chien lévrier du Soudan, etc., les cerfs d'Europe, de Java et du Bengale, les antilopes springbook, coudou, pasan-leucoryx (métis) et les gazelles, les daims blancs, bruns et ordinaires , la girafe, le lama, buffle à six pattes, kangourous, agoutis du Brésil, porc-épic.

tatou de la Plata, cynocéphale , guenon , autruches, flamants, grues, outardes, dindes, paons blancs et bleus , pintades-à-tiares et du Soudan, poule et coq de Padoue, de la Flèche, de Java, de Boutan, pénélopes du Brésil , hocco à barbillons et du prince Albert, faisan argenté, ordinaire, melanotte, houppifère, éperonnier , bernache de Magellan, canard blanc commun et blanc huppé , labrador, siffleur huppé, souchet, cygne blanc, à tête grise, pélican, oie de Toulouse, barrée de l’Inde, du Sénégal , du Danube , toulonne, etc., pigeons divers et colombes diverses, aigle royal, pigargue, bateleur, milan, secrétaire, vautour fauve, griffon, pénoptère, grand duc d’Abyssinie , pie d’Europe, cacatois et perruches et oiseaux divers, tortues grandes et jeunes, etc.

Jardin de l’Ezbekieh. — Le jardin de l’Ezbekieh, situé an centre de la ville du Caire, n’a plus aujourd’hui qu’une vingtaine de feddans de superficie. Il a été transformé en 1871 sur un périmètre de forme octogone au centre de l’ancien parc dont il a conservé le nom, et les terrains d’alentour ont été construits en de nouveaux quartiers presque complètement bâtis aujourd’hui.

Le jardin de l’Ezbekieh renferme toutes sortes d’agréments. La musique militaire s’y fait entendre tous les jours. Un restaurant, un café chantant européen et un café chantant arabe y sont ouverts tous les soirs en été ; on y trouve aussi des brasseries, des glaciers-limonadiers , des jeux pour les enfants, tir à la carabine, vélocipèdes nautiques, chevaux de bois, reposoirs, pont rustique, lac, kiosque chinois ; exèdre, grotte avec cascade, pâtisserie, tabac, buvette, et de grands arbres des pagodes (Ficus Bengalensis) et des conseils des Indiens, pour s’abriter du soleil.

Les principaux arbres exotiques, isolés sur les pelouses du jardin de l’Ezbekieh, sont : pomgamia glabra, ficus amazonica, chauvieri, ferruginea, japonica, etc., bambusa arundinacea, salix babylonica, sapindus senegalensis , poinciana regia, eriodendron anfractuosum, phytolacca dioïca, dalbergia melanoxylon, bauhinia purpurea , araucaria excelsa, combretum afzeli, botryodendron , macrophyllum, etc.

Parmi les arbres groupés, nous citerons les ficus elastica, eucalyptus globulus, casuarina stricta, phytolacca dioïca, kigelia africana, populus italica, sterculia platanifolia, etc.

Les massifs sont formés avec les essences suivantes : grewia membranacea, corylifolia et quadrangularis, populus macrophylla, jatropha curcas, moringa pterigosperma, solanum macranthum , sophora tomentosa, eleagnus angusti folia , cassia fistula, poinsettüc pulcherrima, psidium pyriferum, poinciana gilliesi et pulcherrima, pistacia therebinthus , nerium oleander , musa paradisiaca, bignonia capensis, althæa sinensis, acacia molilissima, buddleia madagascariensis, hibiscus mutabilis et rosa sinensis , melia azedaracht et sempervirens, etc.

Les bords des massifs sont ornés de plantes d’ornement et les corbeilles sont plantées de fleurs, dans le genre de celles. qui sont cultivées à Ghézireh.

Les pelouses sont exclusivement formées du zapania nodiflora, jolie petite verbénacée, spontanée aux environs d’Alexandrie, dont nous avons apporté les premières boutures au Caire, à Ghézireh, il y a une dizaine d’années, pour être employées à la formation des gazons, qui ont produit d’excellents résultats et ont donné lieu à la formation des pelouses du jardin de l’Ezbekieh et depuis de presque tous les jardins de l’Égypte (1).

(1) Nota. — Voir pour de plus amples renseignements sur les jardins égyptiens, notre mémoire publié en 1869 dans les bulletins de la Fédération des Sociétés d’horticulture de Belgiqué, page 1 à 175.

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Arbres et plantes d’ornement.

1. — Arbres forestiers. — Les seules petites forêts qui existent en Égypte et qui ne sont en réalité que des bouquets d’arbres, sont exclusivement composées du gommier (Santh), acacia nilotica des botanistes, dont le bois est employé dans la charronnerie des Arabes et les branches h faire le charbon de bois en usage dans le pays. Les gousses servent pour le tannage des cuirs. Dans le Soudan, il en existe de grandes forêts et c’est de là que provient la gomme arabique qui arrive au Caire par les barques du Nil.

Le tamarix nilotica (Tarfeh), cultivé sur la lisière des déserts, près du Caire et d’Alexandrie, résiste à la sécheresse et croît dans les plus mauvais sols. Le tronc produit un bon bois employé dans la charronnerie et aux usages de l’agriculture et les branches servent à faire du charbon de bois. Les galles de tamarix , que produit cet arbre, servent également comme tanin.

L’acacm sayal , plus épineux, croît dans les bas-fonds du désert, arrosé par les eaux saumâtres. Parmi les essences exotiques nouvellement acclimatées en Égypte et propagées dans les pépinières de Ghézireh, en vue de plantations forestières à faire dans le pays, nous recommandons : le casuarina stricta, le pinus halepensis , le dalbergia sissoo , le tectona grandis , etc., qui prospèrent parfaitement bien dans la vallée du Nil.

Le bois de Yalbizzia lebbek, cultivé sur les routes, est employé pour faire des affûts de canon et dans la charronnerie. Les troncs de dattiers servent comme poutres dans les constructions. Le bois du cordia myxa et du jujubier servent dans la sellerie. Le bois du dalbergia melanoxylon sert, dans le Soudan où il est spontané, à faire des massues , des poignées de sabre, des manches d'outils trèsdurs et très-résistants. Les Barbarins, qui gardent les portes des maisons du Caire, sont armés d’une massue en bois de cet ébénier du Soudan.

2. — Arbres d’alignement. — Presque toutes les routes et les avenues des environs du Caire et d’Alexandrie sont plantées de Y ébénier d’Orient (Albizzia lebbek) , joli arbre dont l’ombrage épais est fort agréable pendant les chaleurs de l’été contre l’ardeur du soleil tropical de l’Égypte. Il conserve ses feuilles pendant toute l’année et ne les perd au printemps que pour en repousser immédiatement de nouvelles. On le plante souvent en compagnie du sycomore, à côté des sakies et des roues hydrauliques pour ombrer, par son épais feuillage, les animaux qui les mettent en mouvement. On le trouve aussi auprès des villes arabes, où son ombre sert d’abri aux femmes fellahnes et aux enfants pendant l’été. Le bois, dont le cœur est noir comme l’ébène, ce qui lui a valu le nom d 'ébénier d’Orient , sert dans la charronnerie, les constructions, etc., dans le pays. On estime à cinquante mille le nombre de ces arbres déjà cultivés en Égypte. On le transplante à tout âge et il reprend toujours facilement, au printemps, surtout à l’époque de la chute des feuilles. Nous en avons emporté au Caire un grand nombre des villages de la basse Égypte pour les plantations de Ghézireh et de Gyzé, lesquels ombragent déjà complètement les routes et les avenues qui sillonnent ces parages et qui conduisent jusqu’aux Pyramides. On les arrache presque sans racines en coupant le tronc à 4 mètres du collet et ces arbres , ainsi amputés de la tête et des racines , réussissent parfaitement. Dans les bonnes terres, il acquiert un développement rapide et prodigieux. Sur la lisière du désert de l’Abbasieh et aux environs d’Alexandrie, il est planté jusque dans les sables saumâtres du désert, ne recevant pour tout arrosement qu’un peu d’eau douce. Malgré ces conditions défavorables, il prospère assez bien dans ces sols arides et stériles.

Un autre arbre des plus remarquables, introduit dans les jardins de Maniel il y a un demi-siècle où il a été planté en avenue, convient surtout pour les plantations pittoresques. C’est l’arbre des banians (Ficus Bengalensis) , espèce aujourd’hui parfaitement acclimatée en Égypte. Dans sa jeunesse , cet arbre a un seul tronc, comme tous les autres; mais au bout de quelques années, il émet de ses grosses branches des racines adventives qui descendent dans la terre où elles s’implantent et se transforment bientôt en de nouveaux troncs , tout à fait semblables aux premiers en apparence et dimensions. Chacun de ces nouveaux centres de végétation devient dès lors le point de départ d’un tronc nouveau , de sorte qu’un seul arbre peut couvrir un vaste espace de terrain étant supporté et alimenté par plusieurs troncs qui se soudent bientôt les uns aux autres. Les Indiens l’appellent arbre des pagodes ou des conseils. Il est célèbre par sa végétation puissante et curieuse et surtout par la vénération dont il est l’objet de la part des Hindous qui construisent, entre ses racines adventives dirigées à leur façon, leurs temples ou pagodes. Ils vénèrent ces arbres ainsi unis et voient un enseignement dans cette bizarrerie de la nature. Ils disent que ce sont là des unions saintes faites par la Providence. Il existe un assez grand nombre de beaux spécimens de cet arbre dans les jardins du Caire, à Choubrah, Koubbeli et au jardin de l’Ezbekieh. Mais le plus beau spécimen se trouve dans le jardin d’Ibrahim-Pacha , acquis par M. le duc d’Aumont, en face l’hôpital du Kasr-elain. Ce colosse végétal est remarquable par sa conformation pittoresque. Il a de nombreuses racines adventives transformées en un grand nombre de troncs , formant comme une gigantesque colonne cloisonnée , entourées d’un véritable fourré de racines pendantes.

Les autres arbres d’ornement, quelquefois employés comme arbres d’alignement, sont : le guazuma tomentosa, le bambusa arundinacea , le pentaptera glabra , le pomgamia glabra, le ficus elastica, poinciana regia, etc.

3. — Arbres isolés dans les jardins. — Le kigelia pinnata, grand arbre d’Abyssinie et du Soudan, est isolé dans les parcs et jardins du Caire où il produit des fleurs amples, rouges ou roses en panicules longuement pédonculées, pendantes, insérées sur le tronc ou les branches dénudées, auxquelles succèdent des fruits longs et pendants. Quartin Dillon dit que cet arbre nommé Maderdeur jouit, chez les Abyssins, de la propriété de déterminer une érection continue quand on s’en inocule au-dessus du poignet.

Voreodoxa regia est, parmi les palmiers exotiques cultivés dans l’ancien jardin d’Ibrahim-Pacha de l’île de Rhodah, le plus beau spécimen de ce genre. Planté depuis près d’un demi-siècle, le tronc a acquis aujourd’hui près de 12 mètres de hauteur, blanc comme la neige, annelé, sur près de 2 mètres de circonférence, terminé par une couronne volumineuse de belles palmes entre lesquelles sortent les spadices portant un grand nombre de graines grosses comme des petits pois, que nous récoltons et semons, au jardin de Ghézireh, afin de pouvoir planter cette belle espèce en alignement dans l’avenir. Nous possédons, dans les pépinières de Ghézireh, plus de vingt mille jeunes oreodoxa regia , en vue des plantations des routes, des avenues , des parcs et des jardins de l’Égypte.

Les autres palmiers exotiques qui fructifient déjà à Ghézireh sont : le latania borbonica, le cocos flexuosa et le chamœrops sinensis. Beaucoup d’autres genres de palmiers, tout récemment introduits à Ghézireh, promettent également de s’acclimater dans le pays.

L 'araucaria excelsa atteint déjà de belles dimensions dans quelques jardins du Caire et d’Alexandrie, de môme que les araucarias bidwilli et cunninghami , dont il existe de beaux spécimens à Ghézireh et à Maniel.

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Le bauhinia purpurea est également l’un des plus beaux arbres produisant de grandes et belles lleurs au jardin de l’Ezbekieh.

Enfin les solarium, macranthum, jacaranda miniosæ folia, diospyros ebenaster , combretum afzeli, feronia elephantum, bombax heptaphyllum, chorisia crispiflora, stillingia sebifera, erythrina corallodendron , terminalia mollis, magnolia grandiflora , spathodea lævis, sterculia hartmanniana et platanifolia, etc., isolés dans les jardins de Ghézireh et de l’Ezbekieh, contribuent beaucoup à leur ornementation.

4. — Arbres plantés en massifs. — Les arbres les plus généralement employés pour la composition des massifs sont : Tecoma stans , moringa pterigosperma , cassia fistula, melia azedaracht et sempervirens , phytolacca dioïca , eucalyptus globulus, gigantea, amygdalina, coriacea, etc.; ficus tjela , religiosa, japonica, chauvieri , rubiginosa, lauri folia, etc.; pterospermum platani folium ; pistacia therebinthus , schinus molle ; erythrina arborea , citharexylon quadrangulare ; broussonettia papyrifera , diospyros embryopteris ; taxodium distichum, salix babylonien i, populus pyramidalis et carolinensis, cupressus pyramidalis, casuarina equiseti folia, etc.

5. — Arbrisseaux d’ornement. — Les arbrisseaux d’ornement employés pour la composition des massifs sont : Acacia molilissima, farnesiana, lophanta, catechu, melanoxylon, etc. ; vitex agnus castus, duranta plu- Fig. 6.— Oreodoxa régla, palmier exotique de Maniel. mieri, cordia subopposita,

nerium oleander , cailliæa dichrostachys , hibiscus mutabilis , pittosporum undulc tum; dodonea angustifolia; poinciana pulcherrima, ligustrum japonicum , nico tiana glauca , jatropha curcas, cerbera manghas , buddleia madagascariensis

thevetia neerifolia, etc. , cultivés dans presque tous les jardins des environs du Caire et d’Alexandrie.

Espèces exotiques nouvellement introduites et acclimatées à Ghézireh : Pcichira alba , carolinea insignis, rhamnus alciternus , rhus trifoliatus, sophora tomentosa, 'guillandina bouduc, ccissia arborea ; bauhinia candida, hernandia sonora, inga pulcherrima, clethra arborea ; aralia papyrifera, gilibertia palmata , paratropia longifolia ; sciadophyllum pulchrum, botryodendron macrophyllum , montagnea heracleifolia , ligustrum ovalifolium , wigandia caracasana, solarium warcewiczii , paulownia imperialis, buddleia lindleyana , volkameria japonica, coccoloba excoriata, clerodendron ligustrinum , etc.

6. — Arbrisseaux pour abris brise-vent. — Le sesabâne (sesbania Ægyptiaca), sous-arbrisseau à végétation rapide formant en quelques mois des clôtures et des abris brise-yent autour des cultures, se sème au printemps au moment des semailles du cotonnier.

Le roseau du Nil (Bouss), ou arundo donax, est fréquemment employé aussi comme abri brise-vent et planté sur les bords des canaux pour en consolider les berges. Une fois sèches et dépouillées de leurs feuilles , les cannes servent à faire des clôtures, tuteurs, travelles, etc.

Parmi les espèces nouvellement acclimatées à Ghézireh en vue des plantations d’abris brise-vent, nous citerons les bambusa abyssinica, mitis, aurea , aurea-variegata , metake, thouarsi, etc.

7. — Arbrisseaux pour clôtures et haies vives. — Le citronnier sauvage, le lawsonia spinosa, le parkinsonia aculeata et Y acacia horrida sont employés pour les clôtures et haies vives dans quelques jardins et, parmi les espèces exotiques nouvellement acclimatées à Ghézireh dans le même but, nous citerons le cæsalpinia sepiaria (arrête-nègre), le pterolobium abyssinicum , le bambusa spinosa, etc.

8. — Arbrisseaux volubiles. — Les arbrisseaux: volubiles les plus employés en Égypte sont :

Le Bougainvillea spectabilis , garnissant rapidement de grandes surfaces treillagées et produisant des fleurs accompagnées de grandes et belles bractées rose tendre et carminées, réticulées, d’un brillant effet au printemps. On cultive aussi le B. fastuosa à bractées lilacées réticulées.

Le cryptostegia grandiflora est employé pour recouvrir les grillages des jardins et ses rameaux s’entortillent rapidement après tout ce qu’ils rencontrent. Les fleurs blanc lilacé, à corolle , avec les lobes ovales arrondis , sont très-élégantes.

Les passiflora cœrulea , solandra grandiflora, tecoma capensis, lonicera sempervirens, boussaingaultia baselloîdes, jasminum grandifloreum, hiptage madablota, arauja albens, ampélopsis hederacea, glycine sinensis, bignonia radicans, etc., sont également cultivés dans les jardins.

Autres espèces nouvellement introduites et acclimatées à Ghézireh : Hoya carnosa, quisqualis indica, stephanotis floribunda, ficus repens, bignonia venusta, twedeana, lindleyi et chamberlyana ; lonicera aurea-variegata ; kenedya splendens, passiflora quadrangularis , edulis, amabilis, kermesina, trifasciata , hedera algeriensis, etc.

9. — Arbustes d’ornement. — Le poinsettia pulcherrima (Bint-el-consul) produit pendant l’hiver des fleurs jaune verdâtre nombreuses, entourées d’une couronne de grandes bractées rouge ponceau très-éclatant , variété alba.

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Le lantana camara se couvre d’une grande profusion de fleurs en capitules dorés argentés et vermillon d’un très-bel effet. On le cultive souvent en arbuste ciselé sous toutes les formes.

Le mogorium scmbac est cultivé en arbuste le long des sentiers dans les jardins pour ses fleurs blanches très-suaves en grappes terminales dont les jardiniers arabes enfilent les calices les uns sur les autres à l’aide d’une lanière de foliole de dattier divisée en autant de ramifications qu’ils veulent avoir de tiges montées en fleurs et ils en réunissent ensuite un certain nombre pour faire des bouquets plus volumineux; variété flore pleno à fleurs comme des petites roses pompons.

Autres espèces cultivées dans les jardins du Caire : Lantana delicatissima , cestrum nocturnum, hibiscus rosa sinensis , abutilon striatum , poinciana gilliesi , lippia citriodora , plumbago cœrulea, phlomis leonurus, clerodendron bungei, habrothamnus elegans , datura fastuosa , myrtus commuais, murraya exotica, cassia falcata , sparmannia af ricana, etc.

Autres espèces nouvellement acclimatées à Ghézireh : Meyenia erecta iochroma warcewiczii plumiera alba, tabernæmontana coronaria, jasminum triumphans, lagerstrœmia indica, linum trigynum , xylophylla latifolia , nyctanthes arbor tristis , coccolota platyclada, polygonum, chinense, solanum pyracanthum , amazonicum, japonicum, laciniatum, capsicastrum, crinitum, pseudo-capsicum , etc., gardénia florida viburnum tinus, aucuba japonica, melaleuca pinifolia, erythrina crista galli et ruberrima, grewia tomentosa, populifolia , corylifolia et guazumæfolia genista juncea , clusia alba , abroma-angusta, spiræa prunifolia, e te., etc., la plupart propagés dans les pépinières de Ghézireh.

Les roses sont l’objet d’une prédilection marquée dans les jardins égyptiens. On les cultive le long des plates-bandes et les fleurs de la rose de Damas servent à faire l’essence de rose. Cette essence aurait été découverte en 1612 dans l’empire de Moghol par la princesse Nour-Djihan qui reçut à cette occasion un collier de 30,000 roupies. L’eau de rose est d’autre part attribuée à Rhazès, médecin arabe au dixième siècle, qui aurait fait le premier la distillation des pétales de rose. Sous Auguste, la passion pour cette reine des fleurs fut portée jusqu’à la folie. Cléopâtre et Néron en emportèrent d’Asie pour des sommes considérables, dans le but d’en avoir un lit, épais de 1 coudée, dans leurs appartements.

La collection de roses cultivées à Ghézireh comprend plus de trois cents variétés dans les hybrides remontants , les roses noisettes , les roses îles Bourbon, du Bengale, de Portland, de Damas, à cent feuilles, mousseuses , blanches Banks et toujours vert, etc.

Les roses souvenirs de la Malmaison, gloire de Dijon, maréchal Niel, empereur du Maroc et la France sont les variétés remontantes qui réussissent le mieux sous le climat du Caire, où elles produisent une abondante profusion de roses pendant toute l’année et où elles sont déjà très-propagées.

La rose, l’une des plus belles productions du règne végétal, a été chantée par les poètes de l’Orient aussi bien que par ceux de l’Occident.

Le marquis de Chesnes raconte ainsi, d’après Gessner, l’origine mythologique de la rose :

« Je poursuivais, dit Bacchus, une jeune nymphe; la belle fugitive volait d’un pied léger sur les fleurs et regardait en arrière. Elle riait malignement en me voyant chanceler et la poursuivre d’un pas mal assuré. Par le Styx! je n’aurais jamais atteint cette belle nymphe si un buisson d’épines ne s’était embarrassé dans un pan voltigeant de sa robe. Enchanté , je m’approchai d’elle et lui dis Ne t’effarouche pas tant, je suis Bacchus, dieu du vin, éternellement jeune. » Alors, saisie de respect, elle baissa les yeux et rougit. Pour

montrer ma reconnaissance an buisson d’épines, je le touchai de ma baguette et j’ordonnai qu’il se couvrît de fleurs dont l’aimable rougeur imiterait les nuances que la pudeur étendait sur les joues de la nymphe. J’ordonnai, et la rose naquit. »

Voici maintenant un échantillon des poésies orientales sur les roses :

« J’aime et j’admire la rose comme la première des plantes; elle est la reine des fleurs et sa présence annonce le triomphe de la belle saison. Elle répand dans l’air le parfum du musc. Semblable à une vierge timide, elle cache sa tète en rougissant dans une enveloppe de verdure. Son aspect réjouit les cœurs. Elle renferme la quintessence des plus suaves odeurs. Son bouton qui s’entr’ouvre ressemble aux lèvres d’une jeune beauté qui s’apprête à donner un baiser à son ami. La rose dans la main de celle que j’aime, à l’exclusion de toute autre beauté, est comme l’incarnat de ses joues et le jaune que l’on voit au milieu de cette fleur est la couleur de mon visage lorsque je rencontre mon bien-aimé. Jouis de la rose, son existence est de peu de durée ; ne t’afflige que de sa disparition. Quitte-la avec des caresses, des baisers et des larmes comme on quitte un ami qu’on ne doit revoir qu’au bout d’un an. Le printemps et la rose sont arrivés et les nuits et les jours sont égaux en longueurs. Ne cesse point de cueillir la rose. Jouis-en et souviens-toi que la saison de cette fleur n’est qu’un prêt. Au matin, lorsque je vois la rose présenter en s’entr’ouvrant une bouche vermeille, elle me fait souvenir des baisers que se donnent les amants à l’heure des plus tendres caresses. Le matin passé , je trouve la rose changée en une joue au milieu de laquelle le soleil a fait impression.

« Echanson! apporte le vin, caria saison des roses est arrivée. Rompons encore nos vœux de pénitence dans les jardins. Comme le rossignol, descendons dans un lit de roses. »

10. — Plantes vivaces d’ornement. — Les plantes vivaces d’ornement isolées dans les parcs et les jardins d’Égypte sont : le gynérium argenteum , 'phormium tenax, clivia nobilis, saccharum Ægyptiacum , heliconia brasiliensis, globba nutans, musa ensete, etc. Ce dernier, cultivé isolé sur les pelouses, y produit un feuillage élégant, très-grand et ornemental au plus haut degré. Bruce a découvert le premier le musa ensete en Abyssinie et M. Plowden, consul anglais à Massaouah, en envoya des graines à Kew en 4853. Depuis cette époque, que l’on connaît la source, il s’est beaucoup répandu dans les jardins et les serres en Europe.

En Abyssinie, on mange la tige préparée au lait et au beurre. « Quand vous voulez manger l’ensète, dit Bruce, vous le coupez immédiatement au-dessus des petites racines détachées et peut-être un ou dèux pieds plus haut. Si la plante est âgée, vous écorcez l’extérieur vert de sa partie supérieure jusqu’à ce que les parties blanches apparaissent. Quand il est tendre comme un navet bien cuit , il a le goût du meilleur pain blanc frais imparfaitement cuit et il est la meilleure des nourritures, saine , nutritive et de facile digestion. »

Les plantes d’ornement cultivées en massifs sont : les canna nigricans , indica, discolor , aurantiaca, zebrina, metallica, etc.

Cucurbigo plicata , hedychium coronarium , verbesina pinnatifida , etc.

Les plantes d’ornement cultivées en bordures autour des corbeilles sont .* les alternanthera paronychioïdes et amæna , cineraria maritima , centaurea candidissima, coleus verschaffelti , guaphalium lanatum, iresine lindeni, achyranthes verschaffelti, etc.

Les plantes vivaces cultivées en corbeilles ou dans les plates-bandes des parterres, etc., sont : les pelargoniums zonales à fleurs simples et à fleurs doubles, les pclargoniums grandiflorum , les œillets remontants et à floraison perpétuelle, les asters , pervenches , chrysanthèmes , cuphea , salvia splendens , russelia juncea ,

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udhatoda vasica , heliotropium peruvianum , gazania splendens , siphocampylus discolor , gaurci lindhemeiri et les violettes (Benafsedje des Égyptiens). Les mythologues supposent que la violette a tiré son nom de la vache « Io » dont elle aurait été la première pâture. Les Athéniens descendant des Ioniens qui trouvaient dans le nom de cette fleur une allusion à leur origine témoignaient une grande admiration pour cette modeste fleur qui semble toujours chercher à se cacher, mais pour mieux se faire rechercher.

Autres espèces nouvellement introduites à Ghézireh : linum perenne , lotus jacobeus , goldfussia amygdalæ folia , justicia coccinea , pentstemon gentianoïdes , nierembergia frutescens , stachytarpheta aristata , lavendula spica , alstrœmeria versicolor , veronica speciosa, phlox drummundi, anchusci italica , androsace lanu ginosa, campanula pyramidalis , pyrethrum roseum, achillea filipendulina , matricaria inodora, valeriana rubra , hydrangea hortensis, asperula odorata, crucianella stylosa, melianthus major , lychnis grandîflora aeonitum nopallus , gypsophila paniculata aquilegia vulgaris, aubrietia deltoïdea , cleome pungens, arabis alpina hesperis matronalis , diclytra spectabilis , stipa plumosa , panicum plicatum , oplismenus japonicus variegatus , etc., etc.

11. — Plantes annuelles d’ornement. — Les plantes annuelles d’ornement employées pour fleurir les parterres dans les jardins, en Égypte, sont : les zinnias, gomphrena globosa, coreopsis , pieds d’alouette , giroflée quarantaine , reines-marguerites , chrysanthèmes à carène , les immortelles , mufliers , réséda odorant , œillets de Chine , pensées , phlox drummundi , pétunias, verveines, etc.

Espèces nouvellement acclimatées à Ghézireh : trachelium cœruleum , celosia cristata, lobelia erinus, amaranthus bicolor, chrysanthemum coronarium, gaillardia picta, agératum cœruleum , œnothera grandiflora , ipomopsis elegans , nemophila insignis, whitlavia grandiflora, campanula spéculum, isotoma axillaris, emilia sagittata, calendula grandiflora , tagetes patula, clarkia pulchella, geum monta mtm, sutherlandia frutescens , impatiens balsamina, tropæolum variés, callirhoe involucrata, linum grandiflorum , silène compacta, gypsophila elegans, dianthus barbatus , alyssum maritimum, eschscholtia californica, etc., etc.

Les plantes grimpantes d’ornement sont : l’ipomea digitata, tuberosa , palmata, etc., volubilis à fleurs variées, belle de jour, les luffa ægyptiaca, lagenaria ægyptiaca, lablab vulgaris , etc.; et parmi les espèces récemment acclimatées à Ghézireh : le quamoclit coccinea, canavalia gladiata, clitoria ternata, momordica balsamea , cobæa scandens, cardiospermum halicacabum, pelangonium hederaceum, argyreia nervosa, smilax mauritanien, maurandia barkleyana, lophospermum scandens, trichosanthes colubrina, bryonia dioica et lacrymosa, tropæolum majus, antigonum leptopus, etc.

12. — Plantes bulbeuses. — Les plantes bulbeuses employées à l’ornementation des parterres, en Égypte, sont : les narcisses à bouquets, les jonquilles, la narcisse toute blanche, la narcisse des poètes, etc., les tubéreuses, les belles de nuit de diverses couleurs, le crinum amabile , paner atium maritimum, amaryllis vittata, lilium candidum , etc.

13. — Plantes grasses. — Les plantes grasses les plus répandues dans les jardins du Caire sont Y agave vivipara, Y agave americana et le fourcroya gigantea. La collection d’agave du jardin de Ghézireh, acquise de la maison Cels de Paris, est aujourd’hui l’une des plus belles qui existe au monde. La plupart des espèces y ont fleuri et produit des hampes colossales grosses comme des arbres et portant leurs brauches en forme de grands candélabres. L’agave salmiana, filifera, xytly , laxa, taxa angustifolia, macrantha, attenuata univittata, xylina -

cantha, geminiflora, st?'iata, densiflora,verschaffelti, celsiana, micrantha sobolifera, etc., y sont propagés et constituent l’un des plus beaux ornements isolés sur les pelouses, près des lieux rocailleux. Les yucca, opuntias , aloes, epipihyllum, mesembrianthemum , crassula, bryophyllum, echeveria, seclum, mamillaria, melocactus, echinocactus , pilocereus , euphorbia, pereskia, cereus, etc., forment à Ghézireh l’une des plus belles collections de plantes grasses de l’Orient.

Quelques-unes, comme Y agave vivipara et Y agave americana, y sont plantées en clôtures épaisses et infranchissables.

li. — Plantes aquatiques. — Les plantes aquatiques que l’on rencontre encore aujourd’hui, en Égypte, sont : le lotus sacré (Bachnyn-el-arays) , nymphæa lotus des botanistes , fleurissant au moment de la crue du Nil.

Leurs fruits ont été mêlés aux épis du blé comme emblème d’Isis ou de l’abondance. Hérodote le décrit comme suit : « Il paraît, dans le Nil, lorsque les campagnes sont inondées, une quantité prodigieuse de lis que les Égyptiens appellent lotus. Ils les pilent et en font du pain qu’ils cuisent au four. On mange aussi la racine qui est d’un goût agréable et doux. »

Le lotus bleu (Bachnyn-el-araby) , également spontané dans la basse Égypte , a été peint et sculpté sur les monuments plus fréquemment qu’aucune autre plante. Leurs faisceaux de feuilles et de fleurs ornent les offrandes des fruits sculptés et colorés sur les monuments.

Le nelumbo speciosum dont les fleurs blanches sont très-grandes en forme de tulipe et les fruits évasés en forme de pomme d’arrosoir avec la surface supérieure percée de petites fossettes contenant chacune une graine de la grosseur d’une fève.

Les Égyptiens ont dû emprunter aux Indiens le culte religieux de cette fleur naturelle à leurs climats. Ils représentent le culte de leurs divinités comme aussi les Égyptiens représentent Horus sur des médailles, posé sur la fleur et le fruit du nelumbo, et les tiges réunies en faisceaux décorent les côtés des dés en pierre servant de siège aux statues colossales des anciens Égyptiens.

Le papyrus antiquorum , jolie plante vivace réintroduite par nous dans les jardins du Caire, avait disparu et ne se trouvait plus nulle part en Égypte. Il est spontané dans la région des lacs équatoriaux, où le colonel Long*Bey raconte avoir eu à soutenir, dans son récent voyage au pays des Uganda, près de Mrooli, un combat contre des Nègres embusqués dans d’épais fourrés de papyrus.

Le papyrus était une des plantes les plus précieuses de l’antiquité , en ce que ses tiges servaient exclusivement à faire le papier. Son usage était si général , que Gassiodore félicita, par une épître bien connue, le genre humain tout entier sur la diminution opérée par Théodoric dans le tarif de l’impôt existant sur une production aussi utile.

Champollion dit que le papyrus croissait sur les lacs, en Égypte, et que ses tiges s’y élevaient à 10 pieds au-dessus de l’eau, portant chacune une chevelure à leur sommet. Pour faire du papyrus avec cette plante, on retranchait les deux extrémités de la tige , que l’on coupait en deux parties égales , et on en Séparait successivement avec une pointe les tuniques, au nombre de vingt environ, qui forment cette tige dont le diamètre est de 2 ou 3 pouces. On les étalait Séparément, chacune d’elles formant une feuille et, après diverses préparations, oh collait deux feuilles l’une sur l’autre, mais placées de manière que les fibres se croisassent. La feuille prenait par là une suffisante consistance. On battait, pressait et polissait chaque feuille et, avec plusieurs collées à la suite l’une de l’autre, on faisait des pièces de papier de toutes longueurs. On enduisait ensuite ce papier d’huile de cèdre, comme très-propre à le préserver de la corrup-

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tion. On a retrouvé, écrits sur papyrus, des rituels, des registres de comptabilité, des dossiers de procès, des contrats, de simples lettres, etc., en caractères égyptiens, qui remontent aux temps antérieurs à Moïse.

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