DERNIÈRE VISITE AU CHAMP-DE-MARS
Cet instrument est non-seulement un instrument d’amateur des plus agréables, destiné à tenir une place honorable dans les concerts et la musique de chambre, il est comme la llûte-Baduel appelé à un avenir de succès, dès qu’il sera assez connu des artistes pour être pratiqué sérieusement. Cela ne saurait guère tarder, du reste, car des méthodes et des études sont déjà en préparation.
Dernière visite au Champ-de-Mars.
Pénétrons une dernière fois dans l’enceinte de ce qui fut la grande Exposition universelle de 1878.
Si nous voulions résumer d’un mot le compte rendu de notre promenade à travers les vastes galeries du Champ-de-Mars, nous ne serions pas loin de la vérité en disant que tout est fini, qu’il ne reste plus rien. La galerie du travail manuel est entièrement vide ; seule, la carte de France de l'état-major décore un pan de muraille. Tout le côté français, vide ; la galerie des machines, vide ; celle des beaux-arts, vide ; vides aussi les sections étrangères, si l’on en excepte Tltalie, encore encombrée de caisses, et la Chine et le Japon, dont les vitrines sont encore debout.
Les drapeaux des nations continuent à flotter sur leurs façades respectives. Mais ils ne tarderont pas à disparaître, comme du reste, ces charmantes constructions exotiques qui ont fait notre admiration. Déjà on a commencé la démolition de la façade suisse ; les autres subiront le même sort. La façade belge serait seule conservée, si, comme il en est question, le gouvernement de la Belgique en fait présent à la France ; on la transporterait dans un de nos parcs ou on l’utiliserait dans la construction d’un monument utile.
Dans le grand vestibule du bord de l’eau, on voit encore la statue de Charlemagne, couverte d’une épaisse couche de poussière, le bâtiment des manufactures nationales, le palais indien du prince de Galles, le squelette de la pyramide du Canada, le grillage de la vitrine des diamants de la couronne et l’horloge Farcot, marquant onze heures moins un quart. Les cloisons qui séparaient le vestibule des galeries françaises et étrangères sont entièrement abattues. Du côté français, dans un compartiment ouvrant sur le vestibule, on remarque une réduction d’un temple du Cambodge.
Sur le perron du palais apparaît encore la majestueuse statue de la République, et, au bord d’une allée du parc, se dresse, calme et fière, la gigantesque tête de l’Indépendance américaine. Les arbres du parc sont tristes, dépouillés ; mais les pelouses sont verdoyantes comme en avril.
En passant sur le pont d'Iéna nous nous penchons sur le fleuve jaunâtre, qui envahit les berges et bat le pied des dernières constructions qui subsistent.
Rien n’est changé au Trocadéro ; à part une maison norvégienne, veuve de sa toiture, et quelques kiosques algériens, dont les débris jonchent le sol, aucune des jolies constructions qui l’émaillaient n’a été touchée par la pioche des démolisseurs. Rien n’est changé au Trocadéro, si ce n’est que la solitude y a remplacé l’animation, une solitude lugubre, à peine troublée par le pas monotone d’un gardien de la paix rêveur.